Les fonds Bolloré en Afrique : empire médiatique et réseaux d'influence
Résumé
Vincent Bolloré a bâti en Afrique de l'Ouest un empire qui mêle ports, chemins de fer, médias et politique. Cette enquête de Blast documente comment le groupe a utilisé ses activités africaines comme levier d'influence politique, notamment au Togo et en Guinée, en échange de contrats portuaires extrêmement lucratifs.
Le mécanisme révélé est simple mais redoutable : le groupe Bolloré propose ses services de conseil en communication politique aux dirigeants africains pendant les campagnes électorales, puis obtient ou conserve des concessions portuaires une fois ces dirigeants élus. La justice française a ouvert une information judiciaire pour corruption d'agents publics étrangers.
Parallèlement, le rachat de médias français par les entités liées à Bolloré — CNews, Europe 1, Le JDD — pose la question de l'indépendance éditoriale et de la concentration des médias. Plusieurs journalistes témoignent de pressions directes sur la ligne éditoriale.
Points clés
- ✓Concessions portuaires dans 15 pays africains obtenues dans des conditions opaques
- ✓Conseil politique fourni gratuitement à des présidents africains en échange de contrats
- ✓Information judiciaire ouverte pour corruption d'agents publics étrangers en France
- ✓CNews, Europe 1 et Le JDD : trois médias majeurs sous influence directe
- ✓Journalistes licenciés ou mis au placard après des enquêtes sur Bolloré
- ✓Le groupe nie tout lien entre activités politiques et attribution de contrats
- ✓Yannick Bolloré a succédé à son père mais les pratiques semblent inchangées
Conclusion
L'empire Bolloré illustre la fusion entre capital privé, pouvoir médiatique et influence politique — en France comme en Afrique. Ce qui est documenté : les coïncidences troublantes entre services politiques rendus et contrats obtenus. Ce qui reste à prouver judiciairement : l'existence d'accords explicites de corruption.
🔍Analyse de la rédaction
Le cas Bolloré pose une question fondamentale pour la démocratie française : peut-on laisser un seul homme contrôler simultanément des infrastructures stratégiques en Afrique, des chaînes d'information et des journaux de référence ? La réponse évidente est non. Pourtant, c'est précisément ce qui s'est passé, sous le regard passif des autorités de régulation.
L'ARCOM a certes ouvert quelques enquêtes, mais ses pouvoirs sont limités et sa volonté politique l'est davantage encore. La concentration médiatique en France a atteint un niveau qui n'a plus rien à envier aux régimes qu'on ose encore appeler autoritaires.
Quant à l'Afrique, l'attitude de Bolloré est le reflet d'un néocolonialisme économique qui ne dit pas son nom. Utiliser des pays pauvres comme terrain de jeu pour des intérêts privés français, avec la complicité tacite de l'État, c'est la Françafrique version XXIe siècle — en costume trois pièces, mais avec les mêmes arrière-pensées.