Wauquiez : perquisitions sans juge — Fesneau alerte sur l'arbitraire et les divisions du bloc central

Laurent Wauquiez propose de perquisitionner sans juge — Fesneau : "Ça ouvre la porte à l'arbitraire"
La Tribune du Dimanche publie ses mots. "On pourrait envisager des perquisitions dès lors qu'on soupçonne une infraction." Le ministre de l'Intérieur détaille son idée : un état d'urgence ciblé sur le narcotrafic. Objectif ? Objectif : perquisitionner sans passer par un juge au préalable. Il ajoute un garde-fou — mince — "Tout cela doit finir à un moment ou à un autre a posteriori devant un juge."
Marc Fesneau ne mâche pas ses mots. "L'état d'urgence a été fait dans le cas du terrorisme. On peut s'affranchir provisoirement d'un certain nombre de procédures. Mais à la fin, comme le dit Laurent Wauquiez, on finit chez un juge. Pas au début." Nuance de taille.
Le système actuel exige une autorisation judiciaire préalable. Pourquoi ? Parce que c'est une liberté fondamentale. Perquisitionner sans juge, c'est ouvrir la porte à l'arbitraire. Fesneau le résume : "Ça ouvre la porte à des perquisitions arbitraires si on ne passe pas devant le juge."
Six morts en une semaine. Des règlements de compte ? Non. "Ce ne sont pas des règlements de compte. C'est une guerre de territoire. On tire à l'aveugle. On fait des actes d'intimidation poussés à leur paroxysme." Des gens qui entrent dans un hall, qui tirent, et qui disent : "Ici c'est chez moi."
Le narcotrafic n'a jamais été aussi violent. Les réseaux sont puissants, ils se réorganisent. Fesneau voit là le produit de l'action de l'État. "C'est une réaction de gens qui s'étaient organisés, qui avaient laissé se développer leur trafic. Collectivement, nous n'avions pas vu à quel point le trafic était en train de se développer depuis 5, 10, 15, 20 ans."
Faut-il sacrifier l'état de droit ? Fesneau répond par une question : "Une fois qu'on s'est habitué à aller perquisitionner chez les gens sans avoir la bénédiction d'un juge, on risque de le refaire pour d'autres." Le précédent est dangereux. L'état d'urgence antiterroriste a été prolongé indéfiniment. Pourquoi le narcotrafic ferait-il exception ? Il demande des précisions : "On n'a pas de texte de loi. On ne sait pas comment ça peut se passer. Est-ce que c'est le petit trafiquant ou le gros ? Est-ce que quelqu'un soupçonné d'avoir agi avec violence ou pas ?" Pourquoi pas, mais à préciser. Position en équilibre instable.
Car la pression est forte. Les Français voient la situation empirer chaque jour. Près de 2 milliards d'euros consacrés à la répression par an. Et le sentiment que l'État est dépassé. Fesneau reconnaît le combat difficile. "Personne n'a de solution miracle sur les questions de trafic de drogue, ni la France, ni les États-Unis, ni les États européens."
Il ajoute un élément rarement évoqué : la demande. "Quand on est consommateur, on alimente quelque chose. On alimente des gens qui, au bout, font les actes qu'on a vus cette semaine à Nantes ou ailleurs." Les amendes pour consommation passent de 200 à 500 euros. Un geste. Pas une solution.
Diplomatie algérienne : Retailleau en échec, Fesneau enfonce le clou
Le ton change. Brutalement. La visite du ministre de l'Intérieur algérien à Paris est imminente. Gérald Darmanin, garde des Sceaux, prépare le terrain. Un réchauffement diplomatique assumé. Une rupture totale avec la ligne dure de Bruno Retailleau.
Marc Fesneau est clair : "La seule chose qui compte, c'est l'efficacité." Il constate que les relations avec l'Algérie étaient rompues depuis des mois, des années. Et que la ligne Retailleau a échoué. "150 laissez-passer consulaires délivrés en 2025. C'est un échec."
La frontalité sans moyens de coercition réelle, c'est une erreur. Il cite même Donald Trump en contre-exemple. "Il œuvre en toute frontalité, en permanence. Il est quand même aller faire des génuflexions en Chine. Parce que la frontalité dans les rapports internationaux, ça n'existe pas si vous avez besoin de l'autre."
Besoin de l'Algérie ? Oui, sur l'immigration, la lutte contre le terrorisme, l'énergie. "Et nous avons une histoire, Dieu sait si elle est compliquée." Croire qu'en faisant les gros bras on va régler un conflit de long terme, c'est une illusion.
Laurent Jacobelli (RN) voit les choses différemment. Il accuse le président Macron de "faire le plat-ventrisme" et de "mettre un genou à terre". Il réclame une "diplomatie de la fermeté". Fesneau lui répond avec ironie : "J'ai quelques images et quelques souvenirs de responsables du Rassemblement national allant soumettre à Poutine ou à Trump."
Contre-attaque cinglante. "Madame Le Pen, j'ai vu des responsables RN aller chez les puissants, les ultrapuissants, chez les Russes et chez les Américains, donner le sentiment qu'on venait faire de l'applaudissement." La diplomatie de la courbette, le RN connaît. Pas la France.
Pédocriminalité : Darmanin propose l'imprescriptibilité, Fesneau dit oui… mais
Gérald Darmanin, garde des Sceaux, publie une tribune choc titrée "Honte nationale". Un chiffre terrible : "Un enfant est victime de viol ou d'agression sexuelle toutes les 3 minutes." Il propose l'imprescriptibilité des crimes commis sur mineurs. Et un "principe de précaution" pour mettre les enfants à l'abri avant même la fin de l'enquête.
Marc Fesneau est favorable à'imprescriptibilité. Mais il met en garde. "Il faudrait d'abord qu'on essaie de limiter le nombre de crimes. L'imprescriptibilité, c'est une fois que les faits ont eu lieu." Nuance importante.
Il rappelle que l'imprescriptibilité n'existe que pour les crimes contre l'humanité. "Les crimes de terrorisme, 30 ans plus tard, on dit aux victimes : c'est terminé, on ne peut plus poursuivre." Faut-il introduire une hiérarchie des crimes ? Fesneau hésite. "Qui suis-je pour juger de la valeur d'un crime ?"
Mais il reconnaît que le crime contre un enfant est "un crime contre l'avenir". Et que cela mérite des mesures exceptionnelles. Le principe de précaution, il y est favorable. "Mettre à l'abri les plus vulnérables avant d'enquêter, avant même d'avoir la conclusion." Pour lui, un crime sexuel sur un enfant, c'est "un crime sur toute son histoire, sur toute sa vie".
Le chiffre de Darmanin est confirmé par les faits. À Paris, 84 écoles maternelles concernées par des enquêtes pour crimes sexuels. Plus d'une centaine d'établissements. "C'est lunaire pour pas dire dingue", s'exclame Fesneau.
Il appelle à un "sursaut national". "Il faut toujours avoir l'œil. Ce n'est pas seulement l'affaire de la justice. C'est l'affaire des parents, des encadrants, des fonctionnaires." Mais il refuse de charger les institutions. "Ces gens-là œuvrent à visage découvert ? Non. Les faits se passent souvent dans la famille. L'essentiel des faits sont intrafamiliaux."
Position nuancée. Trop peut-être. Il dit oui à l'imprescriptibilité. Oui au principe de précaution. Mais il rappelle que le système judiciaire doit rester équilibré. "Il ne faut pas introduire pas trop de hiérarchie entre les crimes." Un crime est un crime. Même si certains sont plus atroces.
Présidentielle 2027 : trente candidats, zéro projet, une catastrophe annoncée
Le bloc central explose. Édouard Philippe, Gabriel Attal, Laurent Wauquiez — trente candidats potentiels selon les derniers décomptes. Multiplication des ambitions qui inquiète Marc Fesneau. "On finit par ne parler que des personnes, pas des projets."
Le président du Modem ne mâche pas ses mots. "Le risque, face à des populistes très puissants, c'est de se concentrer sur des affaires de personnalité. Pas sur les réponses à apporter aux Français." Il accuse les médias de participer à ce cirque. "Vous serez les premiers à reprocher le casting. Et quand on vous parle de programme, vous dites : 'Le programme, c'est pas passionnant.'"
Fesneau refuse l'idée d'une primaire pour départager les candidats du bloc central. "La primaire, ça a fonctionné une fois avec François Hollande, parce que Dominique Strauss-Kahn a été éliminé. Les autres fois, ça n'a pas marché." Il préfère faire confiance à "la raison".
Mais la raison a-t-elle sa place dans une campagne présidentielle ? Jordan Bardella pour le RN, Jean-Luc Mélenchon pour LI. Deux extrêmes qui verrouillent le jeu. Au centre, une nuée de candidats qui se disputent les mêmes électeurs. "Sur les deux bords, il y a des lièvres qui dorment au milieu", ironise-t-il.
Il espère que le bloc central sera la tortue qui gagne à la fin. "Je préférerais qu'on soit les tortues et que les autres soient les lièvres." Métaphore qui cache mal l'inquiétude. "Je suis inquiet parce qu'en multipliant les candidatures, on finit par ne parler que des personnes."
Le problème n'est pas le nombre. C'est l'absence de projet. "Le Pen et Mélenchon disent des choses. Qu'est-ce qu'on dit nous ?" La question reste sans réponse. Sans réponse, pour l'instant.
Fesneau appelle à travailler sur le fond. "Essayons de travailler sur un projet. Chacun de ces candidats pourrait dire comment il voit la situation de la France, quel bilan on peut faire de ce qu'on a fait." Un appel à la lucidité. À l'unité.
Mais l'unité, dans un bloc central déchiré par les ambitions personnelles — un vœu pieux. Philippe prépare sa campagne depuis des mois. Attal soutenu par les jeunes macronistes. Wauquiez mise sur son ministère. Et Bayrou, patron du Modem, n'a pas dit son dernier mot.
"Je fais confiance à la raison, conclut Fesneau. Nous ne laisserons pas aboutir à un débat entre les extrêmes au premier et au deuxième tour. Ce serait une catastrophe pour le pays." Comment ? Il ne le dit pas. Les questions restent en suspens.
Six morts, un juge contourné, un bloc central en miettes
Six morts en une semaine. Violences liées au narcotrafic à Nantes et près de Lyon. Guerres de territoire. Actes d'intimidation poussés à leur paroxysme. Face à cela, un ministre de l'Intérieur propose de contourner le juge.
Laurent Wauquiez ouvre une brèche dangereuse. Perquisitionner sans autorisation préalable, c'est affaiblir l'état de droit. Marc Fesneau le dit clairement : "Il faut respecter l'état de droit." Mais il ne dit pas non. Il demande des précisions. Position trop prudente pour un enjeu fondamental.
Sur l'Algérie, le constat est implacable. La ligne dure de Retailleau a échoué. 150 laissez-passer en 2025. Un échec. Le réchauffement diplomatique est en marche. Fesneau l'approuve, mais rappelle qu'il faut un rapport de force. Pas des menaces vides.
Sur la pédocriminalité, Darmanin frappe fort. L'imprescriptibilité des crimes sur mineurs. Le principe de précaution. Fesneau dit oui, avec des réserves. Il ne veut pas hiérarchiser les crimes. Position délicate face à l'horreur des faits.
Et sur la présidentielle, c'est le chaos. Trente candidats, zéro projet. Le bloc central se déchire pendant que le RN et LFI verrouillent le jeu. Fesneau appelle à la raison. Mais la raison, dans une élection présidentielle, c'est souvent la première victime.
Le Dossier pose la question : qui est prêt à sacrifier l'état de droit pour gagner des voix ? Qui est prêt à laisser les extrêmes s'affronter au second tour ? Les réponses sont dans les actes. Pas dans les discours.
Sources
- La Tribune du Dimanche — Déclarations de Laurent Wauquiez sur l'état d'urgence pour le narcotrafic
- Interview de Marc Fesneau (président des députés Modem) sur la chaîne — 17 mai 2026
- Tribune de Gérald Darmanin "Honte nationale" — Propositions sur la pédocriminalité
- Interview de Laurent Jacobelli (RN) sur la chaîne — 17 mai 2026
- Données chiffrées : 6 morts en une semaine à Nantes et près de Lyon (violences narcotrafic)
- Données chiffrées : 84 écoles maternelles à Paris concernées par des enquêtes pour crimes sexuels
- Données chiffrées : 150 laissez-passer consulaires délivrés par l'Algérie en 2025
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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