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UBERISATION TUEUSE : 23 LIVREURS MORTS SOUS LES COUPS DES PLATEFORMES

Par la rédaction de Le Dossier · 2024-07-15
Illustration: UBERISATION TUEUSE : 23 LIVREURS MORTS SOUS LES COUPS DES PLATEFORMES
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23 morts en quatre ans : le bilan sanglant de l'ubérisation

Vingt-trois décès. Depuis 2019, vingt-trois livreurs ont perdu la vie en travaillant pour des plateformes de livraison de repas. Un chiffre glaçant. Une réalité occultée. Ces hommes — car ce sont presque exclusivement des hommes — sont morts dans des accidents de la route, écrasés par des véhicules, victimes de l'urgence et de la pression constante pour livrer toujours plus vite. Pour un salaire moyen de moins de 1000€ nets par mois. Qui sont ces morts ? Des invisibles. Des précaires. Souvent étrangers. Souvent sans papiers. Des hommes sacrifiés sur l'autel du profit. Médecins du Monde a tiré la sonnette d'alarme dans un rapport publié fin mars 2023. Les conclusions sont accablantes. Pourtant, rien ne change. Ou si peu. Les plateformes continuent de prospérer. Les livreurs continuent de mourir. Et l'État continue de fermer les yeux. Pourquoi ? Les documents en attestent. Le dossier est loin d'être clos.

Des conditions de travail dignes du XIXe siècle

Soixante heures par semaine. C'est le temps de travail moyen d'un livreur. Soixante heures pour moins de 1000€ nets. Soixante heures à pédaler, à courir, à risquer sa vie à chaque coin de rue. Les accidents sont monnaie courante. 60% des livreurs en ont déjà été victimes. Les douleurs physiques sont omniprésentes. Dos, épaules, poignets. Et puis il y a la détresse psychologique. Un livreur sur deux en souffre. Des journées interminables. La peur au ventre. La faim souvent. Un paradoxe insupportable pour des livreurs de repas. Mais les plateformes s'en lavent les mains. Elles ne sont pas employeurs, disent-elles. Les livreurs sont des auto-entrepreneurs. Des indépendants. Un statut détourné pour éviter toute responsabilité. Une exploitation organisée. Un système qui prospère sur la misère des plus fragiles. Retenez ce détail : un livreur gagne en moyenne 4,50€ par course. Une misère. Et pourtant, les plateformes engrangent des milliards. Uber Eats, Deliveroo, Stuart. Des noms. Des empires bâtis sur le sang des livreurs. Qui protège ces hommes ? Personne. Ou presque.

La France contre les livreurs

Vingt-trois pays sur vingt-sept. C'est le nombre de pays européens ayant soutenu la directive sur la présomption de salariat. Une directive qui changerait la donne. Elle reconnaîtrait les livreurs comme des salariés. Avec des droits. Une protection. Des congés payés. Une sécurité sociale. Mais la France s'y est opposée. Pendant deux ans. Deux ans à bloquer toute avancée. Deux ans à défendre les intérêts des plateformes. Deux ans à tourner le dos aux livreurs. Pourquoi ? Les raisons sont floues. Mais les conséquences sont claires. Les livreurs restent des indépendants. Des hommes seuls face à un système impitoyable. La France s'est déshonorée. Elle a choisi le profit contre les hommes. Pourtant, le ministre du Travail, Jean-Pierre Fandou, semble enfin prendre conscience du problème. "J'ai vu comme vous cet article, il est choquant", a-t-il déclaré à l'Assemblée nationale en mars 2023. Promesses, promesses. La directive doit être transposée d'ici la fin de l'année. Mais les mots ne suffisent plus. Les livreurs ont besoin d'actes. Immédiats. Concrets.

Un système à démanteler

Les plateformes ne sont pas seules responsables. Elles s'appuient sur un système bien rodé. Les loueurs de comptes. Des intermédiaires qui aggravent l'exploitation. Ils recrutent les livreurs. Les exploitent. Les précarisent encore plus. Tout ça sous le regard complice des plateformes. Un système mafieux. Organisé. Lucratif. Qui doit être démantelé. Mais comment ? La solution est connue. La transposition de la directive européenne. La reconnaissance des livreurs comme salariés. Une véritable autorité de régulation. Avec des pouvoirs d'enquête. Des sanctions. Des moyens. Voilà ce qu'il faut. Voilà ce que demande Médecins du Monde. Voilà ce que réclament les livreurs. Mais rien ne bouge. Ou si peu. Les plateformes continuent de prospérer. Les livreurs continuent de souffrir. Et l'État continue de regarder ailleurs. Pourquoi ? La réponse est simple. L'argent. Le pouvoir. L'impunité. Jusqu'à quand ?

Les promesses du ministre : du vent ?

Jean-Pierre Fandou semble enfin prendre la mesure du problème. "Il faut donc travailler sur ce sujet. J'en suis d'accord avec vous", a-t-il déclaré à l'Assemblée nationale. Il promet la transposition de la directive européenne d'ici la fin de l'année 2024. Il parle de consulter les parties prenantes. Les organisations syndicales. Les parlementaires. Mais les mots ne suffisent plus. Les livreurs ont besoin d'actes. Immédiats. Concrets. Le ministre demande à trois personnalités indépendantes de rassembler les faits. De consulter. De proposer. Mais le temps presse. Les livreurs ne peuvent plus attendre. Ils ont besoin de protection. De dignité. De justice. Le ministre le sait. Il l'a dit. Mais le fera-t-il ? Le doute est permis. Les promesses sont nombreuses. Les actes rares. Les livreurs méritent mieux. Ils méritent des droits. Une protection. Une vie digne. Le ministre doit agir. Maintenant. Pas demain.

Sources

  • Rapport de Médecins du Monde, mars 2023
  • Directive européenne sur la présomption de salariat
  • Déclarations de Jean-Pierre Fandou, ministre du Travail et des Solidarités, à l'Assemblée nationale, mars 2023

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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