Tunisie : la chasse aux migrants noirs, l'Europe finance la répression

Une séquence qui met le feu aux poudres
Fin avril, une vidéo insoutenable a été diffusée sur Facebook. Les images ont été floutées. Le malaise, lui, reste intact. On y voit une femme noire enceinte, dénudée, touchée et menacée de viol collectif devant sa famille par un groupe de jeunes Tunisiens. Cette séquence a profondément choqué l'opinion publique tunisienne. Elle a relancé avec force le débat sur le traitement des migrants subsahariens dans le pays.
Certains journalistes, en optimisant les images, ont identifié les agresseurs présumés. Leurs photos ont circulé sur les réseaux sociaux — mettant sous pression les autorités. Dans un communiqué publié le 5 juin, le ministère de l'Intérieur tunisien a affirmé avoir arrêté les auteurs. Le reportage précise n'avoir pas pu confirmer cette information, ni le suivi judiciaire éventuel. Contactée, l'ambassade de Tunisie en France n'a pas répondu.
Le ministère avance une version alternative : la vidéo aurait été filmée il y a cinq ans. Il suggère une manipulation visant à nuire à l'État tunisien, en provenance de deux continents différents. Une rhétorique complotiste qui rappelle les discours du président Kaïs Saïed lui-même.
Les faits : une politique d'État méthodique
La violence contre les migrants subsahariens en Tunisie n'est pas un épiphénomène. Depuis juin 2023, les autorités ont lancé des opérations de police massives. Selon un rapport d'Amnesty International publié en novembre 2025, plus de 11 500 personnes ont été expulsées lors d'au moins 70 opérations entre juin 2023 et mai 2025. Les forces de sécurité tunisiennes arrêtent les migrants sur la base de critères raciaux — couleur de peau, origine présumée. Amnesty dénonce l'utilisation d'« outils d'exclusion fondés sur l'appartenance raciale ».
Les expulsions se font dans des conditions effroyables. Hommes, femmes enceintes, enfants sont systématiquement abandonnés en plein désert, aux confins des frontières libyenne et algérienne. Sans eau, sans nourriture. Une enquête d'Al Jazeera a documenté la découverte d'au moins 27 corps dans le désert tuniso-libyen, attribués à ces opérations. Les ONG Alarm Phone Sahara et Caminando Fronteras confirment un pattern régulier de déportations meurtrières.
Le processus ne s'arrête pas aux frontières. En juin 2024, les autorités tunisiennes ont ordonné au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) de cesser de traiter les demandes d'asile. La seule voie légale pour demander protection a été supprimée. Les migrants ne peuvent plus obtenir le statut de réfugié en Tunisie. Ou bien ils sont expulsés, ou bien contraints de tenter la traversée vers l'Europe — au risque de mourir en mer. Et pourtant.
Les policiers agressent les migrants en mer.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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