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PolitiqueÉpisode 7/5

Trump et l'UFC : l'octogone politique s'invite à la Maison Blanche

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-15
Illustration: Trump et l'UFC : l'octogone politique s'invite à la Maison Blanche
© YouTube

Un combat de MMA sur la pelouse de la Maison Blanche. Il y a encore quelques années, cette phrase aurait ressemblé à une blague. Le 14 juin, pour son 80e anniversaire, Donald Trump réunit plusieurs des plus grandes figures du sport de combat. 4500 invités sur la pelouse présidentielle, 100000 spectateurs attendus à l’extérieur avec des écrans géants. L’ardoise ? Près de 60 millions de dollars. À première vue, un nouveau coup de communication signé Trump. Mais derrière le spectacle, une histoire qui dure depuis 20 ans.

Car si Donald Trump adore le MMA, ce n’est pas seulement parce qu’il aime les sports de combat. Derrière cette relation se tient un homme : Dana White, président de l’UFC, l’organisation la plus puissante du MMA mondial. Il est devenu l’un des plus fidèles soutiens du président — au point d’apparaître à ses côtés pendant ses campagnes, de prendre la parole le soir de sa victoire, et surtout d’installer une cage de combat au cœur même de la Maison Blanche. Depuis vingt ans, l’UFC est devenue bien plus qu’une ligue sportive. Pour une partie de l’Amérique conservatrice, elle incarne une certaine idée de la force, de la réussite, de la masculinité. Alors, comment Trump a-t-il fait du MMA un symbole du trumpisme ?

Une alliance née dans les années 2000

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter au début des années 2000. À l’époque, l’UFC est loin d’être le géant mondial qu’elle est devenue. Le MMA souffre d’une réputation désastreuse. Jugé trop violent, le sport est interdit dans plusieurs États. L’ancien sénateur républicain John McCain ne mâchait pas ses mots. Résultat : le MMA est banni dans 36 États sur 50. Des salles refusent d’accueillir les combats. L’organisation survit à peine.

C’est là qu’intervient Donald Trump. Propriétaire de casinos à Atlantic City, il accepte d’organiser des affrontements dans son Trump Taj Mahal. Un geste anodin en apparence — mais pas du tout. À l’époque, peu d’hommes d’affaires veulent être associés à un sport aussi controversé. Dana White ne l’oubliera jamais.

Pendant que l’UFC grandit, la relation entre les deux hommes se renforce. Puis les rôles s’inversent. Le MMA explose. L’UFC devient une machine mondiale qui génère des milliards. Et Donald Trump entre en politique.

« Ce qu’il avait offert à l’UFC — de l’argent, de la visibilité, de la légitimité — l’UFC allait le lui rendre au centuple », explique Johann Mouchon, journaliste sportif à Ouest-France et spécialiste du MMA, dans une interview citée par la vidéo.

Le lien est puissant. Dana White l’a soutenu en 2016, en 2020, en 2024. C’est l’un des seuls présidents de fédération sportive à épouser à ce point la cause Trump. Pourquoi ? Parce que Trump, il faut le dire, est assez isolé sportivement. Une alliance gagnant-gagnant, pour White comme pour Trump.

Mais elle dépasse l’amitié entre les deux hommes. Le MMA offre à Trump ce que peu d’autres sports peuvent offrir : une adhésion quasi totale de son public.

Le MMA comme outil de soft power

Trump s’est fâché avec la NBA, la ligue de baseball, et d’autres. Il a besoin de sport — le sport est un outil de soft power crucial. Alors il utilise le MMA pour faire passer des messages politiques.

Comparez ses apparitions publiques : la différence saute aux yeux. Mais l’intérêt de l’UFC ne s’arrête pas là. L’organisation lui permet aussi de toucher un public stratégique : des hommes jeunes, très présents sur YouTube, TikTok, et dans l’univers des podcasts qui cartonnent aux États-Unis.

Au fil des années, les soirées de l’UFC sont devenues bien plus que des événements sportifs. Elles se sont transformées en véritables rassemblements pour le mouvement MAGA. On y croise des élus républicains, des influenceurs trumpistes, et des figures comme Elon Musk.

Et cette proximité ne se limite pas aux projecteurs ou aux combats. Elle s’installe dans les plus hautes sphères du pouvoir. En mars 2026, Trump nomme un ancien pratiquant de MMA — nom non confirmé par les sources — à la tête du département de la sécurité intérieure. Autre exemple : un ancien porte-parole de l’UFC dirige aujourd’hui la communication de la Maison Blanche. Des coïncidences ? Difficile d’y croire.

Plus qu’un simple sport, le MMA est devenu un symbole culturel et politique. Et c’est précisément ce qui rend l’événement du 14 juin si particulier.

L’UFC Freedom 250 : un anniversaire à 60 millions

Dans ce contexte, le président semble animé par une obsession : célébrer son anniversaire en grande pompe. Même si officiellement, l’événement est lié aux 250 ans de l’indépendance américaine. Baptisé UFC Freedom 250, il commence déjà à faire polémique.

Selon des documents obtenus par le Washington Post, le Pentagone aurait été sollicité pour mobiliser plusieurs centaines de militaires — histoire de remplir les gradins. Mais ces soldats ne sont pas choisis au hasard. Les notes de service consultées par le journal imposent des critères physiques très stricts. Pour les hommes, un tour de taille maximal de 94 cm. Pour les femmes, 89 cm. En clair : pas de surpoids, pas de gros. Une consigne qui a immédiatement suscité des critiques — beaucoup y voient la mise en scène d’un idéal physique et viril assumé.

Et dans ce climat déjà tendu, d’autres questions émergent sur les liens entre le président et l’organisation. La Maison Blanche assure que les 60 millions de dollars de la compétision seront financés par l’UFC. Mais selon le HuffPost, Trump aurait acheté environ 50000 dollars d’actions de TKO Group Holding — la société qui détient l’UFC. L’exposition médiatique générée par l’événement pourrait donc lui bénéficier directement. Des intérêts financiers personnels qui posent une question plus large : jusqu’où va l’influence du président sur cet univers ?

Des voix s’élèvent dans la cage

Car pour certains combattants, la proximité avec Trump ne serait pas sans conséquence. Sean Strickland, ancien champion des poids moyens de l’UFC, affirme avoir été écarté de cette compétition après avoir critiqué Donald Trump et Benjamin Netanyahu sur la guerre en Iran. « So maybe we go — I’ll bring the bell and we’ll just stand outside the gate and we just let them know what we really think about Trump and Israel », a-t-il déclaré, selon la vidéo.

Et ces tensions ne viennent pas seulement de l’intérieur de la cage. Même parmi les proches de Trump, des voix se font entendre. Joe Rogan — podcaster, conservateur, fervent amateur de MMA — a reconnu fin mai trouver l’idée d’un combat en plein été à Washington « franchement étrange ». Une prise de position remarquée, puisque Rogan gravite habituellement dans l’orbite culturelle et politique de Trump. Quelques semaines plus tard, il a toutefois dû nuancer ses critiques.

Ces critiques — des combattants, des commentateurs, de ses propres alliés — n’ébranlent pourtant pas le projet. Et c’est peut-être ça qui dit le mieux jusqu’où cette relation est allée. Derrière ces combats à la Maison Blanche, il ne s’agit plus seulement de sport. Cette alliance construite sur vingt ans a transformé quelque chose de profond. Aujourd’hui, l’octogone n’est plus une simple cage de combat. Pour une partie de l’Amérique conservatrice, il est devenu une scène politique à part entière.

À l’approche de l’événement, Trump a même comparé la cage à la tour Eiffel. Une comparaison excessive ? Peut-être. Mais elle dit beaucoup de l’importance qu’il accorde à cet octogone de 6 mètres de haut. Après avoir aidé l’UFC à se faire une place dans le paysage sportif américain, c’est désormais l’UFC qui s’invite au cœur du pouvoir américain.

Sources

  • Washington Post (documents sur les critères physiques des soldats)
  • HuffPost (achat d’actions TKO Group Holding par Trump)
  • Ouest-France (interview de Johann Mouchon)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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