Trump et les pétromonarchies : la bombe à retardement iranienne

Le détroit d’Ormuz : un passage stratégique en surchauffe
Vingt milliards de barils de pétrole par an. Une artère vitale pour l’économie mondiale, aujourd’hui transformée en champ de bataille.
Trump a repoussé son ultimatum de cinq jours. Objectif : forcer l’ouverture du détroit. Mais l’Iran campe sur ses positions. "Les gardiens de la révolution rejettent toute négociation", clament les déclarations officielles. Et pourtant, les frappes continuent.
Israël, le Koweït, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis subissent des bombardements. Des missiles, des drones. Les images de lancement font le tour du monde. Pourquoi cette escalade ? Le détroit d’Ormuz est un enjeu économique et stratégique majeur. L’Iran veut y imposer une taxe sur chaque navire — une manière de légitimer son contrôle.
Donald Trump : un président imprévisible
"Nous avons eu de très bonnes discussions avec l’Iran." Cette déclaration de Trump, datée du 23 mars 2026, a fait le tour des médias. Problème : Téhéran la qualifie de "fake news".
Trump joue-t-il un double jeu ? Ou est-il simplement dépassé par les événements ? L’homme qui se présente comme le "maître de la négociation" semble aujourd’hui perdre pied. Il évoque un contrôle conjoint du détroit d’Ormuz. "Avec n’importe quel ayatollah", précise-t-il. Une déclaration qui fait sourire les experts. "C’est de la pensée magique", commente David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orient Stratégique.
Dans le même temps, un corps d’élite américain de la 82e division se prépare à partir en Iran. Trois mille soldats mobilisables en dix-huit heures. Une manœuvre qui n’a rien d’une excursion touristique.
Les pétromonarchies sur le fil
L’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar. Ces pays du Golfe sont les premiers concernés par les tensions. Leur stabilité économique dépend du flux ininterrompu de pétrole.
"Les pétromonarchies craignent une guerre régionale", analyse Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris. Et pour cause : l’Iran a déjà étendu le conflit au Liban, ouvrant un nouveau front.
Le Qatar joue un rôle ambigu. Allié des États-Unis, il héberge aussi une base militaire turque. Une stratégie de diversification. Mais l’enjeu dépasse les frontières du Golfe. La Chine, premier client de l’Arabie Saoudite, surveille de près les développements. Un accord entre Pékin et Téhéran sur le détroit d’Ormuz serait un affront majeur pour Washington.
Le nucléaire iranien : l’autre bombe à retardement
440 kg d’uranium enrichi à 60 %. Une quantité suffisante pour fabriquer plusieurs bombes atomiques. Voilà ce que possède aujourd’hui l’Iran.
Trump affirme que l’Iran serait prêt à renoncer à son programme nucléaire. En échange de quoi ? Un contrôle partagé du détroit d’Ormuz et des compensations financières. Mais les experts doutent. "Les Iraniens veulent monter les enchères", explique Karim Bitar. Ils se sentent en position de force, grâce à leur capacité de nuisance régionale.
Le Pakistan, allié historique de la Chine, pourrait jouer un rôle de médiateur. Une rencontre entre Jared Kushner et des représentants iraniens est évoquée. Les détails restent flous.
Une guerre sans fin ?
Le 25e jour de conflit. Plus de 16 000 bombardements sur l’Iran. Des dizaines de milliers de victimes. Et aucune issue en vue.
Les Américains semblent perdus. "Les objectifs ont changé plusieurs fois", note un observateur. Trump lui-même paraît hésitant. Ses déclarations contradictoires en témoignent.
L’Iran, de son côté, joue la montre. "Ils pensent le temps long", remarque David Rigoulet-Roze. Leur opinion publique est endurcie par des décennies de conflits. Les États-Unis, au contraire, craignent l’usure. Chaque cadavre rapatrié affaiblit encore un peu plus leur position.
Le contrôle du détroit d’Ormuz. Le programme nucléaire iranien. Les alliances régionales. Tout est lié. Alors, vers où allons-nous ? Vers une désescalade ? Ou vers une guerre totale ? Les signaux sont contradictoires. Mais une chose est sûre : le Moyen-Orient est au bord du gouffre.
Par la rédaction de Le Dossier


