Trump : le complot, l'Iran et les millions d'Epstein

Le complot permanent
Donald Trump n'aime pas perdre. Quand il perd, il réécrit l'histoire. C'est ce qu'il fait depuis 2020 — et il prépare déjà le terrain pour 2026. Le 23 mars dernier, il s'adresse à la nation. Pas pour annoncer une politique. Pour dénoncer un complot. Selon lui, Joe Biden lui aurait volé l'élection de 2020. La Chine aurait piraté 220 millions de fichiers d'électeurs. Barack Obama et « l'État profond » auraient manigancé dans l'ombre. Les médias ? Tous complices.
Problème : aucune de ces accusations n'a été prouvée. Les tribunaux américains, y compris ceux nommés par Trump, ont rejeté ses recours. Pékin dément — et pour cause : les fichiers d'électeurs sont publics. « Les accusations avancées par la partie américaine ne sont que pures inventions et calomnies malveillantes », a répondu la Chine. Les experts jugent les allégations infondées.
Mais Trump s'en moque. Son objectif est ailleurs. « Il veut pousser au Congrès une loi restreignant l'accès aux urnes », explique la politologue N. Bacharan. Le « SAVE America Act » imposerait des contrôles d'identité stricts et des conditions de vote plus dures. Il n'a pas la majorité pour le faire passer — alors il sème le doute. Selon une étude, seulement 28 % des républicains ont confiance dans l'exactitude des résultats électoraux. C'est exactement ce qu'il cherche.
Et ça marche. Dans le 32e district du Texas, une démocrate risque de perdre son siège à cause d'un redécoupage électoral en plein mandat. En Virginie, un référendum pourrait offrir 10 sièges sur 11 aux démocrates — sans la moindre indignation morale. « Si votre enfant rentre à la maison en disant que son copain a triché, vous ne lui dites pas de tricher aussi », ironise la journaliste A. Toulouse. Mais aux États-Unis, la triche est devenue un sport national.
Trump ne reconnaîtra jamais une défaite. Il l'a prouvé le 6 janvier 2021. « Nous allons marcher en direction du Capitole », avait-il lancé. Ses partisans ont envahi le Congrès. Aujourd'hui, il prépare la même chose pour les midterms de 2026. « Soit il gagne, soit il triche », résume N. Bacharan. Une constante.
La cible dans le dos
Pendant que Trump joue au martyr politique, une menace bien réelle pèse sur lui. Le régime iranien a publié une vidéo — « Où tuer D. Trump ? ». Elle détaille le cortège présidentiel, véhicule par véhicule, et explique comment l'éliminer. « Ce sont des informations publiques », précise le grand reporter L. Menget. « Mais la pression psychologique est énorme. »
Les Gardiens de la révolution iraniens ne s'arrêtent pas là. L'un d'eux a déclaré : « C'est extrêmement facile pour nous de tuer Trump, y compris à la Maison-Blanche, y compris à Mar-a-Lago. Il suffit d'une décision. » Une menace à prendre au sérieux : Trump s'est déjà fait tirer dessus en Pennsylvanie — la balle est passée à un centimètre de sa tête. Une seconde tentative a eu lieu sur un golf de Mar-a-Lago.
La semaine dernière, la panique a gagné le tarmac de l'aéroport d'Ankara. Trump devait rentrer aux États-Unis à bord d'un nouvel Air Force One offert par le Qatar — un avion de 450 millions de dollars, équipé à la hâte. Les services israéliens ont prévenu leurs homologues américains : l'appareil était pisté. Le Secret Service a fait descendre Trump, fait revenir l'ancien avion, et l'a rapatrié sans encombre.
« Le Secret Service est sous pression », note V. Jolly, grand reporter au Figaro. « Ils s'occupent de tout, même des matchs de foot. » Lors du dîner des correspondants à Washington, un intrus a réussi à passer le cordon de sécurité — une policière de la ville a dû tirer pour l'arrêter. Le New York Times a révélé que les journalistes qui ont enquêté sur les alertes israéliennes ont été convoqués devant un jury fédéral. La transparence n'est pas à l'ordre du jour.
Les Iraniens jouent aux échecs. « Ils ont montré qu'ils sont des joueurs d'échecs professionnels », analyse un expert cité par La Tribune. Leur vidéo est aussi destinée à leur propre population : montrer que le régime des mollahs est offensif. Mais pour Trump, cette menace pourrait paradoxalement renforcer sa base. Rien ne soude plus un électorat qu'un ennemi extérieur.
L'argent roi
Pendant que les balles sifflent, les comptes en banque gonflent. Trump a multiplié sa fortune par trois depuis son arrivée au pouvoir — 6 milliards de dollars, selon le Wall Street Journal. Depuis 2024, il a reçu 800 millions de dollars de dons. « Les gens s'en fichent », dit V. Jolly. « Dans le Montana, ils ont d'autres problèmes. »
Mais les chiffres donnent le vertige. Au premier trimestre 2026, Trump a réalisé près de 40 transactions boursières par jour. Truth Social, son réseau social, prévoit de monétiser l'accès à ses publications : les banques et les traders pourront payer pour voir ses messages en priorité. Un délit d'initié légalisé ? Pas tout à fait — mais la frontière est mince.
Le président a signé un décret interdisant tout contrôle fiscal sur lui-même, ses fils et ses entreprises Trump. « Il ne cherche pas à se protéger de quelque chose ? » demande une membre de la commission d'enquête du Nouveau-Mexique. La question est rhétorique. La Cour suprême, pourtant majoritairement républicaine, a rendu très difficile la poursuite d'un ancien président. Les juges font leur travail, mais le verrou est solide.
« Tout se monnaye », observe A. Toulouse. « La moindre apparition du président ou de sa conjointe vaut un demi-million de dollars. » Les mémoires, les conférences, les accès privilégiés — l'argent coule à flots. Aux États-Unis, être riche n'est pas un péché. Être riche de façon malhonnête, si. Mais qui enquête ?
L'ombre d'Epstein
L'affaire Jeffrey Epstein n'en finit pas de resurgir. En 2026, le département de la justice du Nouveau-Mexique a rouvert l'enquête sur le Zorro Ranch, une propriété d'Epstein achetée en 1993. Des témoignages de femmes victimes. Une vidéo tronquée. Un e-mail anonyme dénonçant des corps enterrés. Les éléments s'accumulent. « Il est effrayant de constater que rien n'a jamais fait l'objet d'une enquête », déclare Andrea Romero, membre de la commission d'enquête de la Chambre des représentants du Nouveau-Mexique.
Trump avait promis la transparence sur les dossiers Epstein. Promesse envolée. Son administration a bloqué la publication des documents. « S'il ne cherche pas à se protéger de quelque chose, que fait-il ? » interroge Romero.
Le vice-président J.D. Vance est au cœur de la tempête. Interrogé par le podcasteur J. Rogan, il admet : « En toute franchise, on a complètement raté la gestion de la communication autour des dossiers Epstein. » Puis il se reprend : « Si je pense qu'on a raté la communication, c'est parce qu'on a essayé de cacher quelque chose ? Non. » Une déclaration qui en dit long. « Il blâme la ministre de la Justice, pas lui-même », note N. Bacharan. « Mais il a piloté les réunions. »
Vance joue sa carte personnelle. Il s'émancipe de Trump, fait campagne pour sa propre succession, et accuse Israël de faire échouer les négociations avec l'Iran. « Sa haine de l'Europe suintait par tous les pores », rappelle Bacharan à propos de sa visite de 2025 où il soutenait l'AfD allemande. Un vice-président qui flirte avec l'extrême droite, pendant que son patron est menacé de mort et que des corps可能 sont enterrés dans un ranch.
Et maintenant ?
Les midterms de 2026 approchent. Les démocrates lèvent deux à trois fois plus de fonds que les républicains dans les circonscriptions compétitives. Mais Trump a déjà préparé sa réponse : il contestera les résultats. « Il ne perd pas. Ce n'est pas dans sa nature », résume un analyste.
La menace iranienne, elle, ne faiblit pas. Le détroit d'Ormuz est sous tension, les pétroliers se font tirer dessus, le prix du pétrole monte. L'inflation, le coût de la vie — les électeurs jugeront sur le portefeuille. Mais Trump mise sur la peur. « Les Iraniens veulent me tuer », dit-il. « Votez pour moi. »
L'affaire Epstein, enfin, pourrait exploser à tout moment. Si la commission d'enquête du Nouveau-Mexique trouve des preuves, la base MAGA elle-même pourrait se retourner contre Trump. « Le jour où la base va conspirer et dire que Trump a fait quelque chose, il est foutu », prévient L. Menget.
Trois scandales. Un seul homme. Trump défie les lois de la gravité politique depuis 2015. Mais la gravité finit toujours par rattraper ceux qui volent trop haut. La question n'est pas de savoir s'il tombera — mais quand, et sur quoi.
Le Dossier continuera de suivre ces affaires.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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