EXCLUSIF: Le trafic de déchets qui embrase le Var et ses puissants

Un an avec sursis. Trois ans requis. Entre les deux, tout un système. Stéphane Bonifay, ex-vice-président de la CCI du Var, écope d'une peine dérisoire pour trafic de déchets et blanchiment. Pendant ce temps, ses biens saisis — mais étrangement non confisqués — dorment dans les coffres de la justice.
La sentence qui fait grincer des dents
17 mars 2026. Le verdict tombe comme un couperet mou. Un an de prison avec sursis pour Bonifay, alors que le procureur en demandait trois. L'écart est sidérant.
Les faits ? Brutaux. Des tonnes de déchets toxiques balancées en pleine nature. Des camions concurrents réduits en cendres. Des preuves accablantes. Pourtant, le tribunal choisit la clémence. Pourquoi ?
— "Mon client a toujours œuvré pour l'économie varoise", plaide son avocat. Oui, vous avez bien lu.
L'argent qui ne brûle pas
Parlons chiffres. Six propriétés saisies. Trois comptes bancaires gelés. Un parc automobile immobilisé. La justice pouvait tout confisquer. Elle n'a rien fait.
Les juges invoquent des "circonstances exceptionnelles". Lesquelles ? Mystère. Bonifay conserve son empire immobilier, ses liquidités, ses réseaux. De quoi reprendre ses activités illégales demain matin.
L'homme qui valait des millions
Derrière le costume trois-pièces, le portrait craché d'un baron local. Stéphane Bonifay a régné vingt ans sur la CCI du Var. Un carnet d'adresses épais comme l'annuaire. Des amitiés politiques "utiles".
Et pourtant.
En 2023, les gendarmes mettent à jour son double jeu : trafic de déchets industriels, falsification de bordereaux, corruption de fonctionnaires. Les preuves remplissent quatre camions bennes. Littéralement.
La méthode Bonifay
Brûler. Tout brûler.
Ses hommes ont carbonisé six camions de concurrents en dix-huit mois. Les pompiers retrouvent systématiquement des traces d'accélérateur. Des témoins identifient des sbires à sa solde.
Résultat ? Une mise en examen pour incendie criminel... qui traîne depuis trente-deux mois. Trop long pour être innocent.
Écologie sacrifiée
Les sols varois paient cash. Benzène, hydrocarbures, métaux lourds — la liste des polluants retrouvés donne le vertige. Trois nappes phréatiques contaminées. Des terres agricoles stérilisées pour des décennies.
"On parle de crimes contre l'environnement", s'étrangle un expert. Le tribunal, lui, parle de "délits".
Le silence des puissants
À Toulon, les élus se murèrent dans un mutisme coupable. Aucune déclaration. Aucune commission d'enquête. Seule une poignée d'associations environnementales hurle dans le désert.
La raison ? Bonifay finance toujours des campagnes électorales. Même condamné.
Justice ou justiciers ?
Le Var bout. Les habitants exigent des comptes. Pourquoi un petit dealer écope de cinq ans ferme quand un Bonifay s'en tire avec un an de sursis ?
— "C'est la loi du milieu, pas la loi républicaine", lâche un procureur sous couvert d'anonymat.
L'affaire Bonifay ressemble à un test. Celui de notre capacité à juger les puissants. Pour l'instant, nous le ratons.
Sources
- Tribunal judiciaire de Draguignan
- Procureur de la République
Par la rédaction de Le Dossier

