TikTok accusé de pousser les jeunes au suicide

Une descente aux enfers
Classe de 4e. La fille de Morgan installe TikTok. Une amie lui conseille. "C'est là que tout a commencé", raconte Morgan. Au départ, un mal-être adolescent. Rien d'alarmant. Puis, la descente aux enfers. En classe de 3e, phobie scolaire. La jeune fille refuse de retourner au collège. La cause ? Inconnue. La seconde marque un tournant. Hospitalisations répétées. Scarifications. Tentatives de suicide.
"Je retrouve une lettre d'adieu dans sa chambre", explique Morgan. Son ton est grave. Elle emmène sa fille à l'hôpital. Une semaine plus tard, les médecins minimisent. "C'est un mal-être fluctuant", disent-ils. Les traitements médicamenteux aggravent la situation. Nouvelle hospitalisation. La jeune fille termine sa seconde tant bien que mal.
L'année dernière, le point de non-retour. "Elle avait décidé de mettre fin à ses jours de façon très poussée", confie Morgan. Sa fille est hospitalisée pendant 15 semaines. Une épreuve cruelle pour cette mère désemparée.
L'algorithme de la mort
Mars 2026. Morgan entend l'avocate du collectif Algos Victima à la radio. Elle explique la création du collectif et les types de contenus auxquels les jeunes sont exposés sur TikTok. Sa fille est à côté d'elle. "Ça te parle ?", demande Morgan. "Oui, j'ai vu tout ça", répond l'adolescente.
Comment est-ce possible ? Des contenus qui prônent la mort. Des techniques pour se suicider. Des méthodes pour se scarifier. "Elle était submergée", témoigne Morgan. Sa fille ne cherchait pas ces vidéos. Mais les algorithmes de TikTok les lui ont proposées. Un système vicieux.
"Quand elle likait des contenus de gens qui allaient mal, elle envoyait ses likes pour dire 'Ça va aller, je te soutiens, courage'", explique Morgan. Mais la personne en face pouvait interpréter ça comme une validation. "Ah oui, j'ai raison d'aller mal, j'ai raison de vouloir en finir", pensait-elle. Et l'algorithme, lui, continuait d'alimenter le flux. "Elle adore ce genre de contenu, alors on va encore lui en donner plein."
Une plainte historique
Morgan porte plainte contre TikTok avec le collectif Algos Victima. Une première en Europe. Le collectif accuse la plateforme de mettre en danger la vie des jeunes. "On reproche à TikTok de proposer des contenus totalement mortifères", déclare Morgan.
Les demandes sont claires. Changer les algorithmes. Cesser d'abreuver le fil "Pour toi" de contenus nocifs. Instaurer une censure efficace. "Si vous cherchez des contenus sur TikTok avec des mots-clés comme suicide, clarification, évidemment, vous ne tomberez pas dessus", reconnaît Morgan. Mais les utilisateurs contournent la censure avec des codes. Par exemple, le drapeau suisse pour parler de suicide.
Le collectif veut aussi une réparation pour les familles touchées. "Personne ne dit que TikTok est à l'origine du mal, mais il a accéléré le mal-être et enfoncé nos enfants dans leur souffrance", martèle Morgan.
Une prise de conscience nécessaire
Morgan appelle à une prise de conscience générale. "Toutes les personnes à qui on parle de ça, elles tombent du cocotier", explique-t-elle. Le public est effaré. Comment une plateforme peut-elle diffuser de telles horreurs aux jeunes ?
Son conseil aux parents ? Le dialogue. "Si vous voyez que ça ne va pas, il faut se faire accompagner par un professionnel", insiste Morgan. Elle encourage aussi les jeunes à se tourner vers les ressources disponibles. Infirmiers scolaires. Conseillers d'éducation. Maisons des ados. Lignes de prévention du suicide.
"Ma fille est extrêmement fragile aujourd'hui", confie Morgan. Le chemin thérapeutique est encore long. Mais elle est bien soutenue. Bien encadrée. Elle prend du recul. "Elle a l'impression de trouver une mini place dans la société", ajoute sa mère.
Un système à démanteler
Les algorithmes de TikTok sont au cœur du problème. Ils créent une bulle mortifère. Les utilisateurs sont piégés dans un flux de contenus nocifs. "Ça banalise la mort, ça banalise les scarifications", dénonce Morgan. Plus d'échelle de graduation entre le bien et le mal. Plus de capacité à faire le tri.
Morgan propose une solution simple. Un contrôle parental avec une durée limitée à 30 minutes par jour sur TikTok. Sa fille s'est autorégulée. Elle s'est désintoxiquée. Mais le combat est loin d'être gagné.
La plainte contre TikTok est une première étape. Le collectif Algos Victima veut faire bouger les lignes. Changer les algorithmes. Protéger les jeunes. Offrir une réparation aux familles touchées. Et surtout, provoquer une prise de conscience collective.
"Le dossier est loin d'être clos", prévient Morgan. Les révélations sont graves. Les preuves, accablantes. TikTok doit rendre des comptes. Les familles méritent justice. Et les jeunes, protection. La suite est édifiante.
Par la rédaction de Le Dossier
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