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Derrière les palmiers : le film qui déchire le Maroc

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-01
Illustration: Derrière les palmiers : le film qui déchire le Maroc
© YouTube

Une bombe sociale et culturelle

Derrière les palmiers. Ce titre semble évoquer une romance exotique. Il cache en réalité une critique acerbe de la société marocaine. Merriem Ben Bar, réalisatrice primée à Cannes en 2018, revient avec un film qui fait trembler les tabous.

Medy, un jeune Marocain issu d’un milieu modeste de Tanger. Marie, une riche Française expatriée. Selma, une Marocaine désireuse d’une vie traditionnelle. Le triangle amoureux est explosif. Mais ce n’est qu’un prétexte. Ben Bar vise plus haut. Elle dépeint les fractures sociales, économiques et culturelles du Maroc contemporain.

"L'amour transforme notre façon de voir le monde", confie-t-elle. Et ce regard est sans concession. Les scènes de sexe entre Medy et Marie ont fait scandale au Festival de Marrakech. Trop crues, trop explicites pour une société marocaine encore très pudique. Mais ces critiques passent à côté de l’essentiel. Le film est un miroir tendu à une nation qui lutte avec son passé colonial et ses inégalités criantes.

L’héritage français : une question brûlante

"Qu'est-ce qu'on emmène avec nous de notre grande histoire coloniale dans l'intimité ?" La question est posée par Ben Bar elle-même. Depuis 1956, le Maroc est indépendant. Mais l’héritage français reste omniprésent. Langue, éducation, mode de vie : la bourgeoisie marocaine calque souvent ses codes sur ceux de l’Occident.

Medy incarne cette tension. Tiré entre deux femmes, il est aussi tiraillé entre deux mondes. Marie représente la France, ses privilèges économiques, son statut social. Selma incarne le Maroc traditionnel, avec ses attentes et ses contraintes. Le choix est impossible. Et c’est là que le film frappe fort.

"La présence française est encore aujourd’hui une vraie question", explique Ben Bar. Cette question, elle la pose sans détour. Les rapports de classe, les privilèges économiques, le mépris ordinaire : tout est passé au crible. Et le résultat est sans appel. L’héritage colonial continue de hanter le Maroc.

Scandale à Marrakech : les scènes qui ont choqué

Avant-première au Festival de Marrakech. La projection de Derrière les palmiers fait l’effet d’une bombe. Les scènes de sexe entre Medy et Marie sont jugées trop explicites. La société marocaine, encore très conservatrice, est heurtée. Mais Ben Bar reste sereine.

"Je m'étais posé la question mais sans m'en inquiéter énormément", confie-t-elle. Elle rappelle que d’autres films marocains ont déjà abordé des sujets intimes. Pourtant, Derrière les palmiers va plus loin. Les scènes sont crues, débridées. Elles contrastent fortement avec les moments plus discrets avec Selma. Ce décalage est intentionnel. Il montre les clivages sociaux et culturels qui déchirent le pays.

Le scandale n’est pas qu’esthétique. Il est politique. En montrant ces tensions, Ben Bar révèle des fractures profondes. Et elle le fait avec le soutien du Centre de la Cinématographie Marocain. Une ironie qui n’échappera à personne.

Tanger : une ville-monde au cœur du film

Tanger n’est pas qu’un décor. C’est un personnage à part entière. La ville, située à quelques kilomètres de l’Espagne, incarne les contradictions du Maroc. Proche de l’Europe, elle reste inaccessible pour beaucoup de ses habitants. Cette tension géographique renforce le propos du film.

Ben Bar connaît bien Tanger. Elle y a vécu et en garde des souvenirs intimes. "Le film reflète mes propres images mentales", explique-t-elle. Ces images, elle les partage avec son public. Elles montrent une ville à la fois belle et cruelle, ouverte et fermée. Un microcosme du Maroc contemporain.

Tanger est aussi un symbole. Elle représente les rêves d’évasion, les espoirs déçus, les frontières invisibles. Medy y est coincé, tiraillé entre deux femmes, deux mondes. La ville devient alors une métaphore de son dilemme.

Financements publics : un soutien controversé

Le Centre de la Cinématographie Marocain a soutenu Derrière les palmiers. Une décision qui n’est pas anodine. Le film, malgré ses critiques sociales, bénéficie de fonds publics. Une contradiction qui interroge.

Pourquoi financer un film qui met en lumière les inégalités et les tensions sociales ? La réponse est peut-être dans le succès de Ben Bar. Après Sophia, primé à Cannes en 2018, elle est revenue avec un film encore plus percutant. Derrière les palmiers est une œuvre audacieuse, qui ne laisse pas indifférent.

Mais ce soutien soulève des questions. Jusqu’où peut-on aller dans la critique sociale avec des fonds publics ? Le cas de Derrière les palmiers montre que les limites sont encore floues. Et cela, Ben Bar le sait. Elle joue avec les codes, les tabous, les attentes. Et elle gagne.

Un film actuel, trop actuel

Le Maroc de 2025-2026 est en pleine mutation. Les tensions sociales, les soulèvements de la jeunesse, les questions économiques : tout est là. Derrière les palmiers capte cette actualité brûlante.

"Le film parle de plafond de verre, de domination, de privilèges", explique Ben Bar. Ces thèmes sont plus pertinents que jamais. Le Maroc est à un tournant. Et ce film en est le reflet.

Les questions soulevées par Ben Bar n’ont jamais été abordées au cinéma. Ou si peu. Avec Derrière les palmiers, elle brise les tabous. Et elle le fait avec une force et une sincérité rares. Le résultat est un film qui marque, qui divise, qui révèle.

L’affaire commence ici.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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