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Le RN en marche : stratégies locales et ambitions nationales

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-22
Illustration: Le RN en marche : stratégies locales et ambitions nationales
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Une progression mesurée mais stratégique

Le RN a remporté 24 communes au premier tour en 2024. Parmi elles, 12 maires sortants ont été réélus largement, parfois avec plus de 70 % des voix. À Bruay-La-Buissière, dans le Pas-de-Calais, le maire RN a même atteint 80 % de suffrages. Une victoire éclatante, mais qui s’explique en partie par une opposition dévitalisée. "Les socialistes avaient des casseroles", explique un observateur local. Des casseroles révélées dans la presse au moment des élections.

La stratégie du RN ? S’appuyer sur des députés et des maires déjà en place pour ancrer son influence. Dans le Var, les Alpes-Maritimes, le Gard ou le Vaucluse, le parti profite de cet ancrage local. Mais attention : ce succès reste limité. Le RN peine à conquérir des villes moyennes. Sur les 24 communes remportées, seule une — Cher-sur-Mer — compte plus de 50 000 habitants. Le reste ? Des communes de moins de 10 000 habitants.

Pourquoi cette limite ? Le RN rencontre un plafond de verre local. Malgré des scores impressionnants aux européennes, il peine à convertir cette dynamique en victoires municipales. À Frontignan, dans l’Hérault, Sébastien Chenu — vice-président de l’Assemblée nationale et figure clé du RN — a fait campagne en personne. Résultat : la gauche l’emporte largement au premier tour. "Il suffit pas d’envoyer Sébastien Chenu en pèlerinage pour gagner", ironise un journaliste.

La dévitalisation des oppositions : une arme redoutable

Une fois installé, le RN dévitalise les oppositions. À Bruay-La-Buissière, ancienne ville socialiste, il ne reste plus aucun encarté PS. Les anciens élus ont soit quitté la ville, soit abandonné le parti. "Ils sont barrés", résume un témoin. Une dévitalisation qui n’est pas toujours volontaire. Parfois, elle résulte simplement de la défaite électorale. Mais elle est systématique.

Le RN met aussi en place des majorités "verticales" et autoritaires. Les mots qui reviennent le plus ? "Omerta". Les opposants préfèrent se taire. Les associations subissent des pressions. À Morières-lès-Avignon, une troupe de théâtre voit sa convention non renouvelée après avoir signé une tribune contre le RN. Les subventions municipales deviennent une arme politique.

Et les fonctionnaires municipaux ? Ils sont souvent muselés. À Beaumont, certains agents ont tenté de résister. Mais face à une administration centralisée, leur marge de manœuvre est limitée. Dans les petites communes, où tout le monde se connaît, il est risqué de s’opposer au maire. "Les commerçants ont intérêt à être en bons termes avec la mairie", rappelle un observateur.

Des victoires symboliques pour préparer 2027

Le RN vise des victoires symboliques. Ces succès locaux lui permettent de maintenir une dynamique positive. "On est le premier parti de France", martèle Marine Le Pen. Pour le RN, chaque mairie conquise est un pas vers 2027. Les législatives sont dans sa ligne de mire.

L’enjeu ? Les sénatoriales de septembre 2024. Le RN espère obtenir un groupe au Sénat grâce à ses nouveaux élus locaux. Dans les Alpes-Maritimes, le Gard ou le Vaucluse, des départements clés, il compte sur ses implantations pour faire la différence. Une stratégie minutieuse. Le parti a investi plus de 600 listes dans les communes de plus de 3 500 habitants. En dessous de ce seuil, il soutient des candidats sans étiquette. En échange, ces derniers lui accordent leur signature pour la présidentielle. Un système sous le radar.

Mais attention : le RN ne peut pas tout gagner. À Toulon, présenté comme une conquête imminente, la candidate RN stagne à 42 % au premier tour. Face à José Massé, elle pourrait perdre. Une défaite qui serait un coup dur pour le parti. "Si Toulon échappe au RN, ça sera une encoche dans leur dynamique", analyse un journaliste.

Les limites du RN : un plafond de verre local

Malgré ses succès, le RN reste confronté à un plafond de verre local. Ses scores municipaux sont souvent bien inférieurs à ceux des européennes. À Narbonne, le RN a obtenu 37,5 % aux européennes. Mais au niveau municipal, son candidat n’a récolté que 22,1 % des voix. Une chute qui illustre les limites de l’ancrage local du parti.

L’électorat du RN est poreux avec celui de la droite classique. Entre LR et RN, les voix circulent. Aux européennes, elles profitent au RN. Aux municipales, elles reviennent souvent à la droite traditionnelle. Une porosité qui freine l’expansion du parti.

Et les alliances ? Elles sont parfois complexes. À Reims, le RN s’est allié avec le candidat LR Stéphan Lang. Une union des droites qui pourrait porter ses fruits. Mais ailleurs, les divisions persistent. À Nîmes, les deux listes de droite ont fusionné, mais leurs électeurs se détestent. Certains appellent même à voter à gauche pour faire barrage au RN. "On est dans le n’importe quoi", résume un observateur.

Julien Sanchez : le symbole d'un RN dur

Julien Sanchez incarne ce RN dur et assumé. Ancien maire de Beaucaire, il avait imposé un menu de porc dans les cantines scolaires dès 2014. Une mesure justifiée par "la lutte contre le grand remplacement". En 2017, il avait passé des arrêtés anti-ramadan, imposant la fermeture des commerces après 23 heures pendant le mois sacré. "Une volonté de décabiser la ville", selon ses mots.

Aujourd’hui, Sanchez vise Nîmes. Une ville de plus de 120 000 habitants, dans un département fortement ancré à l’extrême droite. Si Nîmes bascule, ce sera un symbole fort pour le RN. Mais Sanchez fait face à une triangulaire complexe. Les deux listes de droite ont fusionné, mais leurs électeurs ne s’entendent pas. "Est-ce que les macronistes voteront à gauche pour faire barrage au RN ?", s’interroge un observateur.

Son cabinet à Beaucaire a servi de centre de formation pour de futurs cadres du RN. Damien Rieux, figure identitaire, y a fait ses armes. "On est vraiment sur un RN qui assume son islamophobie", analyse un journaliste. Une dédiabolisation en surface, mais une réalité bien différente.

Toulon : la bataille emblématique

Toulon est l’autre symbole. Présentée comme une conquête imminente pour le RN, la ville pourrait finalement lui échapper. José Massé, candidate LR, est en tête avec 52 % des intentions de vote selon un sondage. "Si Toulon échappe au RN, ce sera une défaite symbolique", analyse un observateur.

La gauche, loin derrière, a appelé à voter pour Massé. Une alliance contre le RN qui pourrait faire la différence. Mais le résultat reste incertain. Le RN mise sur une mobilisation de son électorat pour inverser la tendance. "Si Toulon tombe, ce sera un coup dur pour leur dynamique", prévient un journaliste.

Conclusion : une dynamique à surveiller

Le RN renforce son ancrage local. Ses succès municipaux lui permettent de préparer les législatives de 2027. Mais il rencontre des limites. Son plafond de verre local freine son expansion. Les alliances avec la droite restent complexes. Et les défaites symboliques, comme à Toulon ou Frontignan, rappellent que rien n’est acquis.

Une chose est sûre : le RN mise tout sur la présidentielle de 2027. Ses victoires locales sont des étapes vers ce grand rendez-vous. Mais pour l’instant, la vague bleu marine reste contenue. L’enquête continue.

Par la rédaction de Le Dossier

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