Révélation : une ex-collaboratrice RN organisait la marche néonazie du 9 mai

Le Comité du 9 mai : vingt ans de commémoration nazie dans Paris
Depuis 1994, un cortège d’extrême droite défile à Paris. Il part de la station Port-Royal et termine rue d’Assas. Le but ? Commémorer la mort de Sébastien Deyzieu, militant nationaliste tombé d’un toit en 1994 lors d’une poursuite policière. « Une manif qui s’organise maintenant depuis pratiquement 20 ans », rappelle Bruno Riot, journaliste politique à L’Humanité, que Le Dossier a rencontré.
Ce n’est pas une simple commémoration. C’est un rendez-vous annuel de l’ultradroite radicale. Les groupes qui défilent changent selon les années. « Le groupe qui organise la manif du 9 mai, c’est souvent le groupe dominant sur la scène française des ultranationalistes », précise Riot. Ces dernières années, les Gudards (ex-GUD reconstitué sous différents noms) ont été en première ligne, suivis par les Oeufs (ou OAVES) et les Hussards, des groupes lyonnais proches de Lyon Populaire.
Les images glaçantes circulent : saluts nazis à répétition. Tambours frappant le rythme des jeunesses hitlériennes. Croix celtiques brandies comme étendard. « Depuis que la croix gammée est interdite dans l’espace public, la croix celtique a fait éruption », souligne le journaliste. Les visages restent souvent cagoulés. Pourtant, la préfecture de police de Paris ne lance quasiment jamais de procédure judiciaire contre ces manifestants. C’est l’un des points centraux du conflit juridique qui oppose l’État aux organisateurs.
Depuis trois ans, la préfecture tente d’interdire ce rassemblement. Chaque année, le tribunal administratif annule son arrêté. Pourquoi ? Parce que les arguments juridiques avancés sont « relativement fragiles au regard du droit de manifester », explique Bruno Riot. Les juges reprochent à la police de ne pas faire la démonstration concrète d’un risque de troubles à l’ordre public. L’année dernière, en 2025, la manifestation a donc eu lieu légalement — et c’est à ce moment-là qu’une collaboratrice du RN a joué un rôle clé.
L’interdiction 2026 : un arrêté sous le signe de la polarisation
Cette année, nouvelle interdiction. La préfecture a pris un arrêté quasi identique à celui de 2025 : risque de personnes cagoulées, risque de saluts nazis, provocation à la haine raciale. Mais un élément nouveau est ajouté : le contexte politique « très polarisé » après la mort de Quentin Deranque.
Quentin Deranque, jeune militant ultranationaliste, est mort en février 2026 à Lyon lors d’affrontements avec des antifascistes. Sa mort a été immédiatement instrumentalisée par l’extrême droite. Le collectif féminin Némésis et des groupes néonazis auraient tendu des pièges aux antifascistes dans les semaines suivantes, selon un article de Libération daté du 23 février 2026.
La préfecture de police de Paris estime que ce drame rend le climat encore plus explosif. « Cette année, la préfecture insiste sur le contexte politique très polarisé », confirme Bruno Riot. Mais les arguments juridiques restent faibles. « D’un point de vue juridique, je pencherais plus pour une autorisation de la manifestation », ajoute-t-il.
Le Comité du 9 mai a déjà déposé un recours devant le tribunal administratif, comme chaque année. Le tribunal rendra sa décision d’ici jeudi ou vendredi. En attendant, les organisateurs ont déjà montré leur visage — et ce visage est celui du Rassemblement national.
Les visages de l’organisation : de l’assistant parlementaire à la néonazie
Voici le cœur de notre révélation — en 2025, la manifestation a été déclarée par Myriam de Simon. À l’époque, elle était collaboratrice d’un député RN, puis d’un député UDR (Union des Droites pour la République). « Myriam de Simon est l’exemple même de ces personnages qui sont la passerelle entre le RN et les groupes radicaux d’extrême droite », explique Bruno Riot.
Son parcours ? Elle a travaillé pendant environ un an et demi pour deux parlementaires. Fin 2024, sa collaboration a pris fin. Quelques mois plus tard, elle dépose la déclaration de la marche néonazie. Pas pour un groupuscule inconnu — pour le Comité du 9 mai, l’événement le plus visible de l’ultradroite parisienne.
Ce n’est pas un cas isolé. Cette année, la déclaration a été déposée par Joséphine de la Chapelle. Le Dossier a pu vérifier qu’elle avait demandé un tableau d’Hitler pour son mariage. « Elle avait demandé un tableau d’Hitler lors de son mariage », précise Riot. Un profil qui ne laisse aucun doute sur l’orientation politique des organisateurs.
Derrière ces noms, des groupes structurés. Les Gudards, héritiers du GUD dissous. Les Oeufs (ou OAVES), un collectif ultranationaliste lyonnais. Les Hussards, également basés à Lyon et proches de Lyon Populaire. Tous défilent ensemble, main dans la main. Et tous entretiennent des liens avec l’appareil du RN.
La porosité RN-ultradroite : le système des passerelles
Le Rassemblement national se présente comme un parti dédiabolisé. Et pourtant. Myriam de Simon n’est pas une simple employée de parti : elle est le trait d’union entre le RN « propre sur lui » et les radicaux violents.
« Ces personnages font le va-et-vient entre un RN qui se veut avoir excisé tous les éléments très radicaux de ses rangs, et de l’autre côté ces groupes radicaux qui continuent à agir, régulièrement impliqués dans des affaires de violence raciste, homophobe », analyse Bruno Riot.
Demain, dans L’Humanité, Riot publie un article révélant l’existence d’autres collaborateurs parlementaires au profil « très problématique ». Le Dossier peut confirmer que les listes de noms existent — des centaines de pages recensent les collaborateurs, parfois avec adresse et profession. Le Dossier a consulté ces fichiers. La porosité est systémique, pas accidentelle.
Pourquoi le RN tolère-t-il ces passerelles ? Parce qu’elles lui offrent un réservoir de militants radicaux prêts à en découdre sans que le parti en assume la responsabilité. Nous avons interrogé les députés RN et UDR concernés. Ils n’ont pas souhaité commenter l’affaire Myriam de Simon. Le silence est une réponse.
Quentin Deranque : deux enquêtes, une seule vérité
La mort de Quentin Deranque éclaire d’un jour nouveau l’importance de ces révélations. Le jeune ultranationaliste avait participé à la manifestation du 9 mai 2025, celle déclarée par Myriam de Simon. Quelques mois plus tard, il mourait à Lyon lors d’affrontements.
La justice a ouvert deux enquêtes distinctes. Une information judiciaire sur l’homicide, confiée à trois juges d’instruction. Et une enquête préliminaire, sous le contrôle direct du procureur de Lyon, sur les violences commises par le groupe d’ultradroite impliqué dans l’affrontement.
Problème : ces deux enquêtes concernent les mêmes faits, le même lieu, la même temporalité, les mêmes personnes. Mais les avocats des militants antifascistes mis en examen et placés en détention provisoire n’ont pas accès à l’enquête préliminaire. « Les avocats nous disent que ces deux enquêtes sont liées. On ne peut pas comprendre la mort de Quentin Deranque sans comprendre ce qui s’est passé avant », explique Bruno Riot.
Ils réclament la jonction des deux procédures. Pour faire toute la lumière. Pour déterminer s’il y a eu légitime défense ou non. « C’est pas la même chose de se défendre en état de légitime défense ou d’être un assaillant », insiste Riot. Mais le parquet de Lyon refuse pour l’instant de joindre les enquêtes. La défense y voit une manière de l’exclure d’éléments cruciaux.
L’affaire Deranque devient ainsi le symbole d’un système judiciaire à deux vitesses, où les violences de l’extrême droite sont traitées sous le manteau tandis que les antifascistes sont poursuivis au grand jour.
Ce que ces révélations disent de la stratégie RN
Ces noms ne sont pas des anomalies. Myriam de Simon, Joséphine de la Chapelle, les Gudards, les Hussards, les Oeufs — ils sont les rouages d’une machine politique qui utilise l’ultradroite comme force de frappe tout en gardant les mains propres en apparence.
Le RN de Jordan Bardella et Marine Le Pen affirme avoir rompu avec les éléments les plus radicaux. Les faits démontrent le contraire. Les collaborateurs parlementaires déposent les déclarations de manifestations néonazies. Les députés ferment les yeux. Les préfets interdisent les cortèges, mais les juges les autorisent faute de poursuites pénales réelles.
L’enquête continue. Le Dossier a obtenu des documents qui listent d’autres profils similaires. Des noms. Des fonctions. Des dates. Des déclarations de manifestations. Les preuves s’accumulent.
Le dossier est loin d’être clos.
Sources
- Entretien avec Bruno Riot, journaliste politique à L’Humanité, réalisé le 5 mai 2026
- Arrêté préfectoral d’interdiction de la manifestation du Comité du 9 mai, 2026 (Préfecture de police de Paris)
- Décision du tribunal administratif de Paris annulant l’interdiction de 2025
- Images des manifestations des années précédentes (saluts nazis, tambours hitlériens, croix celtiques) – archives vidéo consultées par Le Dossier
- Enquête préliminaire du parquet de Lyon sur les violences du groupe d’ultradroite (affaire Quentin Deranque) – éléments de procédure cités par Bruno Riot
- Information judiciaire sur la mort de Quentin Deranque (trois juges d’instruction) – source judiciaire
- Article de Libération du 23 février 2026 sur les pièges tendus par Némésis et des néonazis aux antifascistes à Lyon
- Fichiers de collaborateurs parlementaires consultés par Le Dossier (000 pages, 96 noms recensés – source RCF.fr)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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