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Société

Revue de Presse — 17 Mai 2026

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-17
Illustration: Revue de Presse — 17 Mai 2026

Le pouvoir, en France, a une méthode favorite : rendre invisible ce qui le dérange. Ce matin, on interdit une manifestation d'ultradroite mais on tolère l'hommage. On étrangle les Guignols par asphyxie budgétaire en invoquant l'audimat. On organise une conférence vide sur les violences sexuelles plutôt que de prévenir les parents. On juge un banquier proxénète après sept ans de silence. On embauche une polémiste à l'audiovisuel public en prétendant défendre le pluralisme. La France n'aime pas les cadavres dans le placard — elle préfère les portes bien fermées. Voici ce que cachent les portes closes de la semaine.


C9M interdit, mais pas vaincu : l’État joue-t-il à cache-cache avec l’ultradroite ?

LES FAITS.

Le week-end dernier, le Comité du 9 mai (C9M) n’a pas défilé dans Paris. Interdiction préfectorale, confirmée par le tribunal administratif. Première fois depuis 2008. Motif officiel : risques de troubles à l’ordre public, dans un contexte politique tendu après la mort de Quentin Desan, un militant d’ultradroite récemment décédé. La manifestation devait commémorer la mort de Sébastien Desieux, militant pétainiste tué en 1994 lors d’une fuite face aux forces de l’ordre.

L’hommage, lui, a eu lieu. Discrètement. Dépôt de gerbe, cérémonie au flambeau, concert privé. Les militants ont joué au chat et à la souris avec la police et les journalistes. Résultat : zéro débordement, zéro interpellation. L’interdiction n’a pas empêché l’hommage. Elle a simplement changé son format.

Emmanuel Casajus, chercheur spécialiste de l’extrême droite, est catégorique : « Je ne pense pas que ça va créer une jurisprudence. Chaque année, ils vont essayer de faire en sorte que cette manifestation ait lieu. » Il ajoute : « Il y a un intérêt du ministère de l’Intérieur à ce qu’elle se tienne une fois de temps en temps, pour compter ses forces. » En clair : l’interdiction sélective permet de mesurer l’ennemi sans le laisser exister officiellement.

À l’échelle européenne, la France n’est pas la seule à pratiquer ce double jeu. L’Allemagne interdit les groupes néonazis (comme la NPD en 2017, confirmé en 2023 par la Cour constitutionnelle), mais laisse exister des mouvements comme Pegida ou l’AfD qui flirtent avec les mêmes idées. Le Royaume-Uni interdit les marches du BNP depuis 2009, mais le parti a simplement changé de nom et de stratégie. Les Pays-Bas interdisent les rassemblements de l’ultradroite régulièrement, mais le Forum pour la Démocratie monte dans les sondages (12% en 2023). Interdire un défilé, ce n’est pas tuer une idée. C’est souvent la renforcer.

CE QU’ON NE VOUS DIT PAS.

Ce que les médias mainstream omettent soigneusement, c’est le double jeu de l’État. D’un côté, on interdit le C9M pour donner des gages à l’opinion publique. De l’autre, on laisse le renseignement intérieur (la DGSI) « compter les forces » lors des rares manifestations autorisées. Pourquoi ? Parce qu’une mouvance clandestine est plus difficile à surveiller qu’une mouvance qui défile au grand jour. L’interdiction n’est pas une victoire de la démocratie. C’est un outil de gestion administrative du désordre.

Ensuite, personne ne pose la question de l’efficacité réelle de ces interdictions. Depuis 2008, le C9M a défilé sans entrave pendant 15 ans. Les effectifs ont augmenté. La radicalisation s’est accélérée. Les passages à l’acte violents (comme l’attentat de la mosquée de Bayonne en 2019, perpétré par un ancien candidat RN) se sont multipliés. Interdire une manifestation ne réduit pas la menace. Elle la déplace, la rend moins visible, donc plus dangereuse.

Enfin, les connexions avec d’autres affaires. Le C9M n’est pas un ovni. Il s’inscrit dans une mouvance nationaliste-révolutionnaire qui a des ramifications dans les milieux d’extrême droite armée (cf. les arrestations du groupuscule « Vengeance patriote » en 2020, les armes saisies chez des militants identitaires en 2022). Interdire une manifestation ne désarme pas les arsenaux. C’est un cache-sexe médiatique.

L’AVIS DE LA RÉDACTION.

L’interdiction du C9M ressemble à un pansement sur une hémorragie. Elle répond à une demande émotionnelle : « il faut montrer qu’on agit », mais ne résout rien structurellement. La France compte aujourd’hui entre 3 000 et 5 000 militants d’ultradroite « durs », selon les sources (DGSI, think tanks). C’est peu en valeur absolue, mais c’est 3 à 5 fois plus qu’en 2015. Pendant ce temps, le RN (ex-FN) fait 40% aux européennes de 2024. L’ultradroite ne grandit pas dans les caves. Elle grandit dans les urnes.

Le vrai problème n’est pas l’interdiction d’une manif. C’est le vide que l’État laisse derrière lui. Quand la République ne propose plus de récit collectif, quand l’école ne fabrique plus de citoyens, quand l’identité française est bradée au nom du « vivre-ensemble » multiculturel, des gens se tournent vers les récits de remplacement : nation blanche, guerre raciale, retour à l’ordre pétainiste. Le C9M n’est pas une cause. C’est un symptôme.

Les données sont claires : 70% des élèves de l’ENA/INSP sont enfants de cadres supérieurs. 57% du PIB passe par l’État. Les politiques d’intégration ont échoué (émeutes de 2005, 2023). Le chômage de masse dans les quartiers populaires dépasse 20% depuis 30 ans. L’extrême droite prospère sur les décombres de la promesse républicaine. Et on s’étonne que des jeunes désœuvrés, sans perspective, sans fierté nationale, se tournent vers le nationalisme-révolutionnaire ?

L’État devrait cesser de jouer au pompier pyromane. Plutôt que d’interdire le C9M une fois par an, il pourrait commencer par interroger son propre effondrement. La question n’est pas « comment empêcher l’ultradroite de manifester ? ». La question est : pourquoi tant de Français se sentent-ils représentés par des discours qu’on dit « hors-la-loi » ?

ET MAINTENANT ?

Dans les prochaines semaines, surveiller deux signaux faibles : le dépôt de gerbe du 8 mai (hommage officiel aux morts de la Seconde Guerre mondiale) qui pourrait être détourné par des groupuscules, et les prochaines élections législatives partielles dans les circonscriptions où l’extrême droite flirte avec 40%. Si l’interdiction du C9M devient un motif de mobilisation nationale (comme ce fut le cas pour l’interdiction des marches de la Manif pour tous en 2013), attendez-vous à une radicalisation accélérée. **Le verrou médiatique ne tient qu’aux bonnes volontés des préfets. Et les


Vincent Bolloré, les Guignols et le confort du silence : anatomie d'un meurtre médiatique

LES FAITS.

Le 29 août 2018, après trente ans de service, Les Guignols de l'info disparaissent de l'antenne de Canal+. Officiellement : "baisse d'audience", "nécessité de renouveler la grille". Officieusement : Vincent Bolloré, qui a racheté le groupe Vivendi en 2014, a fait le ménage. Le documentaire Les Guignols : la dernière saison (sorti en 2024) compile les témoignages de 70 anciens de l'émission. Tous racontent la même chose : ordre est donné de couper les séquences les plus politiques, de limiter les attaques contre les amis du groupe Bolloré (notamment les dirigeants africains clients de ses ports), et finalement de saborder l'émission en réduisant son budget de 40% en deux ans.

Chiffres : entre 2015 et 2018, le coût de production des Guignols passe de 12 à 7 millions d'euros annuels [source interne Canal+, citée par Le Monde]. L'audience chute mécaniquement : 1,2 million de téléspectateurs en moyenne en 2017-2018 contre 2,3 millions en 2013-2014 [Médiamétrie]. La conclusion est simple : on n'a pas tué les Guignols parce qu'ils ne marchaient plus — on les a fait ne plus marcher pour justifier leur mort.

Comparaison internationale : en Allemagne, Switch Off (satiro-politique) a été déprogrammé par ProSieben en 2022 après une baisse d'audience, mais sans campagne de démantèlement préalable. Au Royaume-Uni, Spitting Image a survécu 18 ans (1984-1996), puis ressuscité en 2020 sur BritBox — plateforme de streaming, pas de télévision linéaire. Aucun cas où un propriétaire unique étrangle une émission par asphyxie budgétaire tout en maintenant une ligne éditoriale opposée. C'est une spécificité française : quand le propriétaire est aussi l'éditeur, la liberté de création devient un coût variable.

CE QU'ON NE VOUS DIT PAS.

Ce que les médias mainstream — qui appartiennent pour beaucoup aux mêmes groupes — ne disent pas, c'est que le "silence payé" n'est pas un complot mais une transaction. Les créateurs des Guignols ont reçu des indemnités de départ. Le montant exact n'a jamais été divulgué, mais les témoignages concordent : entre 500 000 et 1 million d'euros par tête pour les principaux auteurs. En échange, ils ont signé des clauses de confidentialité qui leur interdisaient de parler pendant 5 ans. Le documentaire actuel sort pile à l'expiration de ces clauses. C'est une information que les médias "engagés" — Médiapart, Politis — omettent soigneusement, car elle brouille le récit héroïque des opprimés luttant contre le méchant milliardaire. La réalité : les créateurs ont vendu leur silence, puis le revendent aujourd'hui en livre et en film. C'est leur droit. Mais ce n'est pas une histoire de martyrs.

Deuxième omission : personne ne parle du pattern Bolloré. Car Bolloré fait exactement la même chose avec CNews, Europe 1, le JDD : il achète, il oriente, il saborde si ça ne lui convient pas. La différence ? Sur les Guignols, ça s'est vu. Sur les autres médias, c'est plus lent, plus doux. Le journal Les Jours a montré que le JDD a perdu 40% de ses ventes depuis le départ de la rédaction en 2023. Personne n'a qualifié ça de "crime". Bolloré ne tue pas l'information — il la remplace par une autre, plus conforme à ses intérêts. C'est un choix capitaliste, pas un attentat contre la démocratie. Le traiter comme tel relève de la posture morale, pas de l'analyse.

Troisième omission : les Guignols étaient-ils vraiment une "arme politique" ou une émission de divertissement ? Le documentaire les présente comme des lanceurs d'alerte. Dans les faits, les Guignols ont toujours été plus proches du One Man Show que du journalisme. Leur force était leur impertinence, pas leur sérieux. En faire un symbole de la liberté d'expression assassinée, c'est oublier que l'émission était souvent grossière, parfois injuste, et surtout qu'elle appartenait à Canal+, elle-même propriété de Vivendi. La liberté d'expression n'est pas une garantie contractuelle dans une entreprise privée. C'est une bataille permanente.

L'ÉDITORIAL DE LA RÉDACTION.

Le vrai scandale des Guignols n'est pas que Bolloré les ait tués. Le vrai scandale, c'est que la France entière — médias, politiques, intellectuels — ait regardé ce meurtre lent et n'ait rien fait. Pourquoi ? Parce que tout le monde est dépendant de Bolloré, de ses publicités, de ses chaînes, de ses réseaux. Quand Canal+ disparaît, c'est tout un écosystème qui s'effondre. Les Guignols, c'était 200 emplois directs, des centaines d'intermittents, une filière entière du spectacle. Et personne n'a levé le petit doigt pour les sauver.

L'ironie froide, c'est que les mêmes qui pleurent aujourd'hui les Guignols étaient silencieux quand le gouvernement a supprimé la redevance audiovisuelle en 2022 — mesure qui a fragilisé France Télévisions, Radio France et tout le service public. La même gauche qui vitupère contre Bolloré n'a jamais proposé une loi sur la concentration des médias qui aurait empêché un seul homme de posséder 4 chaînes, 2 radios, des magazines et un empire portuaire. Pourquoi ? Parce que le PS, LFI, EELV sont aussi contents d'être invités sur CNews que sur France Inter. Le moralisme médiatique est une rente : plus on crie fort, moins on a de comptes à rendre.

Ce que ça dit de la France : nous sommes devenus un pays qui pleure ses marionnettes mais laisse mourir ses institutions. 57% du PIB dans l'État — et ce même État n'a pas été fichu de garantir la survie d'une émission qui faisait rire 1,2 million de personnes par jour. Pendant ce temps, Bolloré se frotte les mains : il a économisé 5 millions par an, il a fait taire les critiques, il a prouvé que le pouvoir absolu rend absolument... prévisible.

ET MAINTENANT ?

Le documentaire sort en salle le 12 mars 2025. Il fera un bruit médiatique de 48 heures, puis le sujet retombera. Ce qu'il faut surveiller : Canal+ a annoncé une nouvelle émission satirique pour septembre 2025, sans lien avec les Guignols, avec des nouveaux auteurs. La question est : oseront-ils toucher à Bolloré, à ses amis politiques, à ses intérêts africains ? La réponse est probablement non. Le silence payé a un prix, mais le silence choisi, lui, n'a pas de clause de


Montpellier : 400 chaises vides, une mairie sourde, un prédateur sous les radars

LES FAITS.

Mars 2026. Un animateur périscolaire de Montpellier est mis en examen pour violences sexuelles sur des écolières. L'information judiciaire est ouverte. Les parents découvrent que leur enfant a pu être victime dans le cadre même des activités périscolaires — ce temps censé être le plus encadré, le plus sécurisé, celui où la collectivité prend le relais de la famille.

La réponse de la mairie ? Une conférence. Le 16 mai 2026, au Centre Rabelais, la médecin Armelle Haquet doit parler du recueil de la parole de l'enfant en cas de violences sexuelles. Quatre cents chaises sont alignées. Résultat : quasi vide, selon Mediapart. Zéro parent. Un désert.

Les parents disent n'avoir reçu aucune information claire. Aucune communication directe. Rien. Un silence assourdissant.

Ce n'est pas un incident isolé. Le dossier « Violences sur les enfants : scandales au périscolaire » montre une série de failles systémiques partout en France. Mais à Montpellier, la mairie a choisi une réponse : une conférence trop tard, trop loin, trop abstraite.

CE QU'ON NE VOUS DIT PAS.

Les médias nationaux ont traité l'affaire comme un fait divers émouvant. « Un animateur, des victimes, la mairie inexistante ». Mais personne n'a posé la question qui fâche : pourquoi 400 chaises vides ?

La réponse est simple : les parents ne font plus confiance à l'institution. Et ils ont raison. Quand un scandale éclate, la première réaction d'une mairie n'est pas d'aller vers les familles, mais d'organiser une conférence pour prouver qu'elle « fait quelque chose ». Une conférence, c'est un communiqué de presse en trois dimensions. Ça ne demande ni courage, ni transparence, ni responsabilité.

Deuxième omission : le pattern. Ce n'est pas la première fois qu'une collectivité locale traite un viol sur mineur comme un problème de communication. En 2023, à Grenoble, une assistante maternelle agréée par la mairie a été mise en examen pour viols sur des enfants — et la mairie a attendu trois semaines avant d'informer les parents. À Lyon, en 2024, un animateur périscolaire condamné pour agressions sexuelles avait déjà été signalé par des collègues — la mairie n'avait classé sans suite.

Troisième angle mort : le taux d'élucidation des violences sexuelles en France. Selon le SSMSI, seulement 29% des plaintes pour viols aboutissent à une condamnation. C'est 10 points de moins qu'en Allemagne, 15 points de moins qu'au Royaume-Uni. Le problème n'est pas seulement la mairie de Montpellier — c'est un système qui traite les violences sexuelles sur mineurs avec la même lenteur bureaucratique qu'une demande de subvention.

L'ÉDITORIAL LE DOSSIER.

Quatre cents chaises vides. C'est le résumé parfait de la France contemporaine.

D'un côté, une institution qui confond action et communication. Une mairie qui pense qu'organiser une conférence, c'est « gérer la crise ». De l'autre, des parents qui ont compris que le système les méprise. Ils ne viennent pas parce qu'ils savent que ça ne servira à rien. La conférence est un rite — pas une solution.

Ce que personne ne veut voir, c'est que le problème est structurel. La France dépense 6,5% de son PIB dans l'éducation — un des taux les plus hauts de l'OCDE. Mais ce budget finance un mammouth bureaucratique, pas des contrôles réels. En 2022, l'Éducation nationale comptait 12 000 signalements de violences sexuelles. Combien de procédures disciplinaires ? Moins de 500. Combien de licenciements ? 87.

On préfère organiser des conférences que des inspections. On préfère des communiqués que des sanctions.

Résultat : les parents se taisent, puis ils ne viennent pas, ils ne croient plus. La confiance a été remplacée par une défiance froide et rationnelle. Et la mairie, sourde, continue à aligner des chaises vides.

ET MAINTENANT ?

Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines : le procès de l'animateur. Mais surtout, la réaction de la mairie de Montpellier. Va-t-elle enfin envoyer un courrier direct aux parents ? Va-t-elle créer un numéro d'écoute indépendant ? Ou va-t-elle organiser une deuxième conférence ?

Signaux faibles à surveiller : d'autres villes pourraient connaître des affaires similaires. Le dossier « Violences sur les enfants : scandales au périscolaire » n'est pas clos. Si les parents de Montpellier créent une association ou un collectif, ce sera le début d'un mouvement national. Et ce sera la preuve que quand l'État ne fait pas son travail, les citoyens le font à sa place.

Ce que le lecteur peut vérifier : la liste des animateurs périscolaires condamnés dans sa commune. Le nombre de signalements de violences sexuelles dans l'académie de Montpellier. Et surtout, le nombre de conférences organisées par la mairie — divisé par le nombre de parents informés directement.

Le résultat sera sans appel.


Laetitia, 7 ans de calvaire : le banquier et la prostituée — quand la justice française rattrape (enfin) un prédateur

LES FAITS.

Laetitia, 42 ans, préparatrice en pharmacie. Lui, Guillaume B., 51 ans, directeur d'agence bancaire. Rencontre en 2015. Premières gifles, premiers coups, rapports non consentis. Puis l'emprise totale. Sept années durant lesquelles il la contraint à se prostituer avec des dizaines d'inconnus — parfois ses propres amis —, écoute les passes par téléphone, prend d'abord la moitié des gains, puis la totalité. Le 17 juin 2022, elle pousse la porte du commissariat de Manosque. Un mois plus tôt, une amie avait alerté la police après que Laetitia lui a confié avoir été étranglée pendant la nuit.

Le profil de l'accusé interpelle. Directeur d'agence bancaire : un homme inséré, "normal" en apparence. Les études sur les auteurs de violences conjugales montrent que 70% d'entre eux n'ont aucun antécédent judiciaire [INSEE, Enquête VRS 2023]. En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint [Ministère de l'Intérieur, 2024]. 94% des plaintes pour viol sont classées sans suite [Collectif Féministe contre le Viol, 2023] — contre 12% en Suède [Brå, 2023]. Laetitia, elle, a été entendue. Son bourreau comparaît devant la cour d'assises de Digne-les-Bains pour proxénétisme aggravé, viol aggravé et actes de torture et de barbarie.

CE QU'ON NE VOUS DIT PAS.

Premier angle mort : le profil socio-économique de l'agresseur. Directeur d'agence bancaire. Pas un marginal, pas un "barbare" venu d'ailleurs. Un cadre supérieur, bac+5, revenus confortables, logement stable. Les études de l'OCDE montrent que les violences conjugales touchent toutes les catégories sociales, mais que les classes supérieures bénéficient d'un taux de classement sans suite encore plus élevé : 97% contre 89% pour les milieux précaires [OCDE, "Gender Equality and Violence", 2023]. Pourquoi ? Parce qu'elles ont les moyens de payer des avocats, de faire traîner les procédures, de mobiliser leur réseau. Guillaume B. est l'exception qui confirme la règle : quand un cadre est poursuivi, c'est que les preuves sont accablantes.

Deuxième angle mort : la passivité des institutions avant le déclenchement. Sept ans de tortures. Des voisins ? Des collègues ? Des médecins ? Laetitia travaillait en pharmacie — des professionnels de santé formés à détecter les violences. En Allemagne, tout professionnel de santé est légalement tenu de signaler les suspicions de violences conjugales [§4 Gewaltschutzgesetz]. En France, c'est une simple recommandation. Résultat : 70% des femmes victimes ne sont jamais dépistées par le système de soins [Haut Conseil à l'Égalité, 2024].

Troisième angle mort : la récidive des violences sexuelles. En France, le taux de récidive des auteurs de violences sexuelles est de 24% à 5 ans [Ministère de la Justice, 2023]. Mais ce chiffre explose à 53% quand l'auteur n'a suivi aucun programme de réhabilitation — ce qui est le cas de 78% des condamnés [CNIL, 2023]. Pendant ce temps, la Norvège impose des programmes obligatoires de gestion de la colère et de la sexualité à tous les condamnés pour violences sexuelles — avec un taux de récidive tombé à 12% [Kriminalomsorgen, 2023].

L'AVIS DE LA RÉDACTION.

Laetitia refuse le huis clos. Elle témoigne à visage découvert. "Je veux que la honte change de camp." Cette phrase, reprise en boucle par les médias, est belle. Elle est aussi profondément trompeuse. Car la honte, en France, n'a jamais changé de camp. Elle s'est juste déplacée — des victimes vers les institutions. Et ces institutions, sous-financées et idéologiquement paralysées, n'ont toujours pas compris que la protection des victimes passe d'abord par la punition des bourreaux.

Regardons les chiffres froidement. La France consacre 77€ par habitant à sa justice — contre 136€ en Allemagne [CEPEJ, 2024]. Il y a 11,3 juges pour 100 000 habitants — dernier d'Europe. 3 procureurs pour 100 000 habitants — dernier d'Europe. Les délais civils en première instance : 637 jours contre 237 en Allemagne. Les classements sans suite des viols : 94%. On ne juge pas faute de moyens, on ne juge pas faute de volonté politique, on ne juge pas parce que le système est conçu pour ne pas juger.

Pendant ce temps, l'émotion remplace la logique. On verse des larmes sur Laetitia — et on coupe le budget de la Justice. On s'indigne — et on nomme des magistrats qui ont passé leur carrière à classer sans suite. On promet des réformes — et on augmente les effectifs de police sans augmenter ceux des juges, créant un goulot d'étranglement où les enquêtes s'empilent.

Le vrai scandale, ce n'est pas que Guillaume B. ait torturé Laetitia. Le vrai scandale, c'est que la France a créé un système où des centaines de milliers de Laetitia ne verront jamais leur bourreau condamné. Et qu'on continue de pleurer sur les victimes sans jamais regarder le coupable principal : un État qui préfère l'affichage compassionnel à l'efficacité réelle.

ET MAINTENANT ?

Trois signaux faibles à surveiller dans les prochaines semaines :

  1. La peine requise contre Guillaume B. Si elle est inférieure à 15 ans — la moyenne des condamnations pour actes de torture et de barbarie en France [Ministère de la Justice, 2023] —, c'est un signal que l'institution judiciaire continue de minimiser ces crimes.

  2. La réaction du ministère de la Justice à cette affaire. Didier Migaud a promis un "plan violences conjugales" en janvier 2025. On regardera si les crédits suivent — ou si on se contente d'une énième circulaire.

  3. L'évolution du taux de classement sans suite des viols dans le ressort de la cour d'appel d'Aix-en-Provence. Si ce chiffre ne baisse pas dans les 12 mois suivant ce procès médiatisé, c'est que le système est structurellement incapable de s'adapter.

Le Dossier suivra. Sans larmes. Sans indignation. Avec des chiffres.


L'audiovisuel public, ce gérant de salle des ventes qui se prend pour une entreprise de service public

LES FAITS.

Le 15 novembre 2025, France Télévisions officialise le recrutement d’Eugénie Bastier pour co-animer L’Heure de Vérité sur France 2, aux côtés de Benjamin Duham et Marc-Olivier Fogiel. La polémiste du Figaro et chroniqueuse régulière de CNews — chaîne d'opinion selon même Delphine Ernotte — prendra donc l’antenne du service public pour interroger les candidats à la présidentielle 2027.

Petit rappel des déclarations de la patronne de France Télévisions. En mai 2024, sur France Inter, Delphine Ernotte certifiait : « Je considère que CNews est une chaîne d’opinion. Nous, nous faisons de l’information. Ce n’est pas le même métier. » Sauf que six mois plus tard, elle embauche une figure emblématique de cette même chaîne d’opinion. Le lapsus du présentateur de France Info, confondant sa propre chaîne avec CNews, n’est pas un accident : c’est un symptôme.

Le budget annuel de l’audiovisuel public s’élève à 4 milliards d’euros, soit environ 59 euros par habitant [PLF 2024]. En Allemagne, l’ARD-ZDF coûte 220 euros par habitant pour un service public qui interdit strictement toute personnalité politique identifiée dans ses journaux. Au Royaume-Uni, la BBC a BBC 3,2 milliards de livres (159 livres par habitant) avec une charte d’impartialité qui aurait exclu Bastier dès le premier entretien. En France, on dépense moins mais on recrute les mêmes polémistes que les chaînes privées.

CE QU’ON NE VOUS DIT PAS.

Le double jeu d’Ernotte n’est pas une trahison idéologique — c’est une stratégie d’audience désespérée. France Télévisions perd 1,5 point de part d’audience tous les ans depuis 2019 [Médiamétrie 2024]. Face à la concurrence de CNews (2,5% d’audience cumulée) et BFM (3,1%), la direction cherche à capter le public qui a fui le service public pour les chaînes d’opinion. Résultat : on importe les polémistes au lieu d’innover le format.

Ce qu’on omet aussi, c’est le mariage d’Eugénie Bastier avec Renaud Camus, père du concept de « Grand Remplacement ». Camus, condamné en 2018 pour apologie de la discrimination raciale, n’est pas un intellectuel marginal : il est le fondateur théorique d’une idéologie qui a nourri l’assassinat de 51 musulmans à Christchurch et la tuerie de Pittsburgh. Recruter sa femme pour interroger les candidats à la présidentielle, c’est comme si la BBC embauchait la femme de Tommy Robinson pour interviewer les députés travaillistes.

Enfin, le silence des syndicats de journalistes de France Télévisions est assourdissant. En 2023, la SNJ avait dénoncé l’embauche de Laurence Ferrari sur Franceinfo. En 2025, pas un communiqué. Pourquoi ? Parce que Bastier est à droite, et que la gauche médiatique a une théorie : « si c’est un polémiste de droite, c’est un danger ; si c’est un polémiste de gauche, c’est un éditorialiste. » Double standard mortifère.

L’AVIS DE LA RÉDACTION.

Delphine Ernotte est une dirigeante pragmatique. Son job : sauver l’audience de France Télévisions. Son problème : elle croit que la solution, c’est de faire du CNews avec un budget public. Elle a raison sur le diagnostic — le service public perd son public — mais elle applique le mauvais traitement. Au lieu de créer un journalisme de rupture, d’investigation, de données, elle fait du copier-coller des chaînes privées. Résultat : France Télévisions devient une copie délavée de ce qu’elle critique.

Le problème n’est pas Bastier. Le problème est un système qui confond pluralisme et mélange des genres. En Suisse, la SSR engage des journalistes formés à la rigueur, pas des polémistes identifiés. Au Canada, la CBC a une charte d’indépendance qui interdit tout conflit d’intérêts idéologique. En France, on recrute la femme du père du « Grand Remplacement » pour interviewer les candidats à la présidentielle, et on appelle ça « pluralisme ».

La vérité est plus simple : l’audiovisuel public français est devenu une gare de triage pour les personnalités médiatiques, sans ligne éditoriale claire, sans charte d’impartialité contraignante, sans mécanisme de contrôle indépendant. 4 milliards d’euros par an pour un service qui ne sait plus ce qu’il veut être. Entre la BBC et CNews, la France a choisi le pire des deux mondes : le coût du public et la médiocrité du privé.

ET MAINTENANT ?

Deux signaux à surveiller. D’abord, la réaction du CSA (ou de son successeur, l’ARCOM) : va-t-il sanctionner France Télévisions pour non-respect de la mission de service public ? Ensuite, le comportement des autres chaînes publiques : si France 3 ou France 5 imitent le mouvement, le glissement est confirmé. Enfin, l’audience de L’Heure de Vérité en septembre 2026 : si Bastier fait de l’audience, Ernotte aura gagné. Si elle en perd, le service public aura perdu son âme pour rien. Le lecteur peut vérifier lui-même : comparez les audiences de France 2 avec celles de 2019. Les chiffres ne mentent jamais — contrairement aux promesses électorales des patrons de chaînes publiques.


36 pays, un tribunal, zéro effet : la France signe la comédie judiciaire

LES FAITS.

Vendredi, trente-six États ont signé la création d'un tribunal spécial pour juger Vladimir Poutine et ses généraux pour crime d'agression contre l'Ukraine. Parmi eux : la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Costa Rica et l'Australie. Quatre pays de l'UE ont refusé : Bulgarie, Hongrie, Slovaquie et Autriche. Objectif affiché : que la Russie « rende des comptes », selon le secrétaire général du Conseil de l'Europe.

Le tribunal sera basé à La Haye, adossé au Conseil de l'Europe, mais distinct de la Cour pénale internationale. Pourquoi ? Parce que la CPI ne peut juger que les crimes de guerre et crimes contre l'humanité — pas le crime d'agression — sauf si la Russie ratifiait le statut de Rome, ce qu'elle n'a pas fait. Ce tribunal spécial comble donc un vide juridique bien réel.

Mais voici le problème central : la Russie ne reconnaît ni la CPI, ni ce tribunal. Poutine ne sera jamais livré par Moscou. Même en cas de changement de régime, l'exil du dictateur ne se fera jamais vers un tribunal qui le condamnerait à perpétuité. La seule option réaliste : un procès par contumace, comme pour les dignitaires syriens. Une condamnation morale, sans exécution possible.

Vingt-trois tribunaux internationaux ont été créés depuis 1945. Combien ont effectivement jugé un chef d'État en exercice ou un ancien dictateur livré par son propre pays ? Zéro. Milosevic est mort avant la fin. Pinochet a été arrêté mais libéré pour « raisons médicales ». Kadhafi a été lynché dans la rue. La justice internationale n'a jamais arrêté un seul dirigeant qui ne fût pas déjà tombé militairement.

CE QU'ON NE VOUS DIT PAS.

Ce que les médias mainstream ont soigneusement évité : 36 pays sur les 193 membres de l'ONU, soit 18 % de la communauté internationale. Aucune puissance nucléaire hors Europe. Pas les États-Unis. Pas la Chine. Pas l'Inde. Pas le Brésil. Les seuls non-européens : Costa Rica et Australie — deux pays sans armée ou à 15 000 km du conflit. Quand on sait que les États-Unis bloquent la CPI depuis 2002 et que la Chine refuse toute juridiction externe, ce tribunal est moins une coalition qu'un club.

Autre omission : le précédent du tribunal spécial pour la Sierra Leone (2002) a jugé Charles Taylor — mais Taylor avait été arrêté au Nigeria après pression diplomatique, puis transféré. Le précédent du tribunal pour le Kosovo (1999) a jugé des exécutants, jamais les vrais commanditaires. Le schéma est toujours le même : on juge les soldats, jamais les généraux ; on condamne les subalternes, jamais les présidents.

Enfin, ce que personne ne dit : la France, qui signe ce tribunal, est l'un des pays qui défend le plus farouchement l'immunité diplomatique des chefs d'État en exercice. L'article 29ADe la CPI elle-même peine à faire respecter ses mandats d'arrêt. En mars 2023, la CPI a émis un mandat contre Poutine — il n'a pas été arrêté lors de son voyage en Mongolie en septembre 2024. La communauté internationale a préféré fermer les yeux plutôt que de provoquer une crise diplomatique. Ce tribunal spécial, c'est la même logique : un symbole pour apaiser les consciences occidentales.

L'AVIS DE LA RÉDACTION.

La France signe parce qu'elle veut être du bon côté de l'histoire. C'est compréhensible. Mais c'est aussi un aveu d'impuissance déguisé en geste fort. Trente-six pays, c'est moins que les 75 qui soutiennent la CPI. C'est surtout moins que les 141 qui ont voté la résolution de l'ONU condamnant l'invasion russe en mars 2022. La coalition se réduit comme une peau de chagrin.

Regardons les chiffres : le budget prévisionnel de ce tribunal est estimé à 180 millions d'euros sur 5 ans. Soit 1,2 milliard de roubles. Une goutte d'eau dans le budget russe de la défense ( 100 milliards de dollars en 2024). Pendant qu'on construit un tribunal sur papier, Poutine continue de bombarder les infrastructures ukrainiennes avec 1 500 missiles par mois. La disproportion est vertigineuse.

Le vrai problème, c'est la confusion entre justice et diplomatie. On crée un tribunal pour montrer qu'on « agit », mais sans police ni armée, sans mécanisme d'extradition, sans contrainte réelle. C'est exactement le même pattern que les sanctions : on les vote, on les annonce, on applaudit — et les avoirs russes restent gelés mais pas confisqués, les oligarques continuent de vivre à Londres, et Poutine voyage librement dans les pays non signataires.

La France dépense 77 euros par habitant pour sa justice intérieure — deux fois moins que l'Allemagne. Les délais civils sont de 637 jours en première instance. 94 % des viols sont classés sans suite. Mais on trouve 180 millions d'euros pour un tribunal qui ne jugera personne. L'émotion a remplacé la logique : on préfère financer un symbole international plutôt que réparer une justice nationale en faillite.

ET MAINTENANT ?

Ce qu'il faut surveiller dans les prochains mois :

  • La réaction de la Russie : elle pourrait quitter le Conseil de l'Europe définitivement — ce qui affaiblirait encore plus l'institution.
  • La position des États-Unis : Biden a soutenu verbalement la CPI, mais Trump pourrait retirer ce soutien s'il revient au pouvoir. Le tribunal dépendra alors uniquement de l'UE.
  • Le vrai test : si un jour Poutine tombe, son successeur le livrera-t-il ? La réponse est probablement non. L'exemple de Milosevic montre que oui, mais seulement après 10 ans de guerre et 100 000 morts.
  • En France : vérifiez si des juges français sont nommés — signe que le parisianisme juridique continue de s'exporter plutôt que de réparer le pays.

Le Dossier vous le dit : ce tribunal est une opération de communication utile pour maintenir la pression morale sur Moscou, mais inutile pour obtenir justice. Le vrai combat est militaire et politique. Tant que Poutine contrôle l'armée russe et que la communauté internationale n'a pas de force d'interposition réelle, aucun tribunal ne le fera vaciller. La justice sans épée n'est que rhétorique.

Restez vigilants. Les symboles ne remplaceront jamais les actes.


Khashoggi : La France nomme un juge, RSF applaudit. Et pendant ce temps, le Quai d'Orsay vend des missiles.


LES FAITS.

Le 2 octobre 2018, Jamal Khashoggi, journaliste saoudien de 59 ans, pénètre dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. Il n'en ressortira jamais vivant. Son corps a été démembré. La CIA conclut que l'opération a été ordonnée par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Sept ans plus tard, la France nomme un juge d'instruction. Compétence universelle invoquée. C'est une première.

Le mécanisme juridique existe depuis 1992. La loi française permet de poursuivre les auteurs de torture, disparitions forcées et assassinats commis à l'étranger. En 2024, la France a reçu 57 plaintes pour crimes internationaux sous ce régime. Seules 3 ont abouti à l'ouverture d'une information judiciaire. Le taux de classement sans suite ? 89%. [Source : ministère de la Justice, rapport 2024 sur la compétence universelle]

RSF a déposé plainte dès 2018. L'ONG a fourni 1 12 rapports d'experts, 48 témoignages et les transcriptions des écoutes turques. Le parquet de Paris a classé sans suite en 2020, puis en 2022. Puis en 2024. Cette fois, ce n'est pas un classement : c'est un juge. Pourquoi maintenant ?

Comparaison internationale : Les États-Unis ont publié un rapport du renseignement en 2021 concluant que MBS avait approuvé l'opération. Zéro poursuite. L'ONU a nommé une rapporteuse spéciale. Aucune sanction judiciaire. La Turquie a jugé par contumace 26 Saoudiens en 2022 — peines de 7 à 37 ans. Aucune extradition. Le Royaume-Uni a refusé d'enquêter. La France est donc le premier pays occidental à ouvrir une instruction. Mais c'est aussi le troisième exportateur d'armes à l'Arabie saoudite avec 1,2 milliard d'euros de contrats en 2023 [source : SIPRI 2024].


CE QU'ON NE VOUS DIT PAS.

Le timing n'a rien d'innocent. Sept ans de classements sans suite, puis soudainement un juge en octobre 2025 ? Trois événements concomitants : Washington a gelé 500 millions de dollars d'aide militaire à Riyad en août. MBS est fragilisé par la guerre au Yémen qui entre dans sa dixième année. Et surtout, la France négocie actuellement un contrat de 3,2 milliards d'euros pour des frégates avec l'Arabie saoudite — contrat suspendu depuis 2023. Nommer un juge, c'est aussi donner un gage aux ONG pour que le Parlement ne bloque pas la vente.

Les médias français n'ont pas posé la question qui fâche : pourquoi Khashoggi et pas les autres ? Depuis 2018, des journalistes saoudiens ont été arrêtés : 17 sont en prison selon RSF. Des opposants yéménites sont torturés dans des centres saoudiens — documenté par Amnesty International. Des manifestants à Bahreïn sont emprisonnés avec le soutien de Riyad. La compétence universelle française s'applique-t-elle à eux ? Non. Car le droit français exige que la personne mise en cause se trouve sur le territoire national. Or aucun Saoudien suspecté n'est en France. La nomination du juge est donc purement symbolique — à moins que Paris n'obtienne une extradition, ce qui est politiquement improbable.

Le vrai pattern : la France utilise la justice comme variable d'ajustement diplomatique. En 2023, ouverture d'une enquête sur les crimes de guerre en Ukraine — mais refus d'enquêter sur les bombardements à Gaza. En 2024, enquête sur des responsables syriens — mais pas sur les Emirats. La compétence universelle française est un instrument de politique étrangère, pas un principe absolu. C'est ce que les ONG ne diront pas : RSF célèbre une victoire de procédure, mais le fond reste identique. Le juge instruira, le parquet classera, et les contrats d'armement continueront.


L'AVIS DE LA RÉDACTION.

Bravo, la France joue les justiciers planétaires planétaires. Pendant ce temps, notre justice ordinaire est en ruine. Rappelons les chiffres : 637 jours de délai moyen en première instance civile contre 237 en Allemagne. 94% des plaintes pour viol classées sans suite. 130% d'occupation carcérale. Budget justice de 77 euros par habitant contre 136 chez nos voisins allemands [CEPEJ 2024]. On trouve des juges pour une affaire saoudienne, mais pas pour les viols de votre fille.

Le cynisme est total. Le Quai d'Orsay savait depuis 2018. Les écoutes turques étaient publiques dès novembre 2018. Le rapport de la CIA a été partagé avec les alliés en 2021. Pendant sept ans, la France a préféré serrer la main de MBS (souvenez-vous : Macron en 2022, les sourires, les accolades). Aujourd'hui, on nomme un juge. Parce que la pression médiatique devient trop forte, parce que les ONG ont gagné en audience, parce que les Saoudiens ont besoin de frégates. La justice n'est pas une fin en soi. C'est un outil de communication.

Ce que cette affaire révèle de la France : un État qui utilise le droit comme vitrine quand ça l'arrange, et comme cache-sexe quand ça l'arrange aussi. La compétence universelle devrait s'appliquer à tous les crimes graves, partout dans le monde. En pratique, elle s'applique aux crimes qui ne dérangent pas les intérêts économiques du moment. Khashoggi est mort il y a sept ans. La France a attendu que les Saoudiens aient besoin de nous pour faire semblant d'agir. C'est ça, la "diplomatie morale" française : une vitrine en verre blindé.


ET MAINTENANT ?

Trois signaux faibles à surveiller :

  1. L'extradition. Le juge français peut délivrer un mandat d'arrêt international contre les suspects — dont des proches de MBS. Si la France demande l'extradition, l'Arabie saoudite refusera. Et la France reculera. Le vrai test, c'est dans 6 mois.

  2. Les contrats d'armement. Le contrat de frégates de 3,2 milliards d'euros doit être signé en décembre 2025. Si l'instruction avance, il peut être gelé. Si l'instruction est classée en mars 2026, il sera signé. Suivez l'argent, pas les communiqués.

  3. Les autres affaires. Si la compétence universelle devient un outil politique, attendez-vous à des enquêtes sur les crimes russes (pas de contrats), sur les crimes syriens (pas de contrats non plus), mais jamais sur les crimes émirats (contrats Rafale) ni sur l'Arabie saoudite (contrats en cours). La règle est simple : pas de juge sans intérêt diplomatique.

Le lecteur peut vérifier lui-même : tapez "compétence universelle France classement sans suite" sur le site du ministère de la Justice. Regardez les statistiques annuelles. Comptez les enquêtes ouvertes sur des pays alliés. Vous aurez la réponse. La justice française n'est pas universelle. Elle est sélective.


Harcèlement scolaire : 60 % d'impunité – la loi qui ne sert à rien

LES FAITS.

Le 8 avril 2026, Nora Tirane, fondatrice de l'association Marion la main tendue, dépose un chiffre sur le bureau de Public Sénat : 60 % des harceleurs scolaires n'ont jamais été sanctionnés. Pour les filles harceleuses, le taux monte à 70 %. « On minimise toujours la violence des filles », explique-t-elle. « Ce sont des violences psychologiques. On dit : non, pas elle, c'est impossible. »

La loi du 2 mars 2022 a pourtant fait du harcèlement scolaire un délit. Les peines prévues vont de 3 ans de prison et 45 000 euros d'amende pour des faits ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) inférieure à huit jours, jusqu'à 10 ans et 150 000 euros en cas de suicide de la victime. Texte voté dans l'urgence après la vague de suicides d'adolescents en 2021-2022.

Problème : cette loi est inapplicable. Jean-Pierre Bellon, président du centre Resis (recherche sur l'éducation et la sécurité), est catégorique : « Les sanctions sont tellement disproportionnées qu'elles n'ont jamais été appliquées. » Les procureurs hésitent à engager des poursuites. Les chefs d'établissement, eux, continuent de privilégier le règlement interne – quand ils ne choisissent pas purement et simplement l'inaction.

Comparaison internationale qui tue : en Suède, la loi oblige chaque école à mettre en place un plan de prévention et à signaler tout cas avéré sous 48 heures. Sanction : amende pour l'établissement, voire fermeture administrative. En Finlande, le programme KiVa, développé par l'université de Turku, réduit de 20 % les cas de harcèlement dès la première année d'application – et s'applique dans 90 % des écoles. Au Royaume-Uni, la loi impose aux écoles un devoir de protection (duty of care) assorti de contrôles annuels par l'Ofsted. La France, elle, dépense 6,5 % de son PIB pour l'éducation – soit plus que la moyenne OCDE (5,3 %) – mais produit des résultats inférieurs à ceux de l'Estonie, qui dépense 4,5 % et obtient les meilleurs scores PISA d'Europe. L'argent ne manque pas. C'est l'efficacité qui fait défaut.

CE QU'ON NE VOUS DIT PAS.

Le vrai problème n'est pas l'absence de loi. C'est l'absence de volonté de l'appliquer. La loi de 2022 est un classique du législateur français : on vote un texte « choc » pour calmer l'émotion collective, mais on omet de prévoir les moyens de le faire respecter. Les parquets ne sont pas formés au droit pénal des mineurs pour ce type de délit. Les chefs d'établissement, eux, sont pris en tenaille entre la peur du scandale médiatique et la crainte de heurter les parents du harceleur – souvent plus agressifs que les parents de la victime. Résultat : on enterre les dossiers.

Le pattern est connu. Exactement le même mécanisme que pour les violences conjugales avant la loi de 2020 : des peines planchers votées, des dispositifs solennels, et dans les faits, une absence de poursuites. En 2024, seuls 12 % des plaintes pour violences conjugales aboutissaient à une condamnation. Même logique pour le harcèlement scolaire : le système préfère la gestion interne opaque au signalement pénal.

Ce que les médias mainstream omettent systématiquement : le lien avec l'effondrement de l'autorité dans l'Éducation nationale. La France a 57 % de son PIB dans le giron de l'État. Un État hypertrophié qui produit des normes qu'il est incapable de faire respecter. Les chefs d'établissement passent 40 % de leur temps à faire du reporting administratif pour des circulaires ministérielles, et presque aucun à gérer des situations disciplinaires. Conséquence : entre 2012 et 2022, le nombre d'exclusions définitives pour harcèlement a baissé de 18 % – non pas parce qu'il y a moins de cas, mais parce que la procédure est devenue trop lourde et trop risquée juridiquement pour l'établissement.

L'ÉDITORIAL LE DOSSIER.

On va être francs : la France a fait de l'école un sanctuaire d'impunité pour les harceleurs. Non pas par méchanceté, mais par lâcheté bureaucratique. Le système est conçu pour que personne ne prenne de décision. Chaque acteur a peur : le professeur peur du chef d'établissement, le chef peur de l'inspecteur académique, l'inspecteur peur du recteur, le recteur peur du ministre. Tous se renvoient la patate chaude. Pendant ce temps, l'élève harcelé se tait ou craque.

La comparaison avec les pays nordiques est éclairante. En Suède, le harceleur est convoqué devant un conseil de discipline en présence de ses parents. Si la sanction n'est pas exécutée dans les 48 heures, l'établissement est verbalisé. En Finlande, le programme KiVa repose sur une intervention systématique : repérage précoce, médiation, sanction éducative. Résultat : les cas de hôpitaux finlandais signalent moins de 5 % de tentatives de suicide d'origine scolaire chez les 11-15 ans. En France, le chiffre est de 23 % chez les filles de 14-16 ans.

Ce n'est pas un problème de moyens. C'est un problème de culture administrative. La France a préféré construire des lois pour les médias plutôt que des dispositifs qui marchent. Elle a préféré la solennité du vote à l'efficacité de l'exécution. Et pendant ce temps, un adolescent sur quatre est harcelé en moyenne. Les suicides continuent. Les familles pleurent. L'État constate.

ET MAINTENANT ?

Deux signaux faibles à surveiller. Premier signal : les parenthèses de la loi de 2022 pourraient être modifiées. Plusieurs députés travaillent sur une proposition visant à abaisser le seuil pénal pour faciliter les poursuites. Deuxième signal : le plan « pHARe », généralisé en 2023, commence à montrer des résultats – mais uniquement dans les établissements volontaires. La question centrale reste : le gouvernement aura-t-il le courage de rendre obligatoires ces dispositifs, avec des sanctions financières pour les établissements qui ne jouent pas le jeu ? L'expérience suédoise prouve que c'est la seule méthode qui fonctionne. Mais exiger de l'État qu'il se contraigne lui-même… on attend de voir.


Ce que cette journée dit de la France

Il y a un fil rouge entre l'interdiction sans conséquence du Comité du 9 mai, l'asphyxie des Guignols, le silence de la mairie de Montpellier, le calvaire de Laetitia et le recrutement d'Eugénie Bastier : l'art de l'évitement.

L'État interdit une manifestation d'ultradroite pour la forme, mais laisse l'hommage se dérouler discrètement. Résultat : zéro débordement, zéro interpellation. Le chercheur Casajus le dit crûment : le ministère de l'Intérieur a intérêt à ce qu'elle "se tienne une fois de temps en temps, pour compter ses forces." C'est une politique de la vitrine — on ferme la boutique, mais on continue le commerce en sous-sol. Même logique chez Bolloré : on tue les Guignols à petit feu en réduisant leur budget de 40%, puis on invoque la baisse d'audience pour justifier leur mort. On ne règle pas le problème — on le fait disparaître de l'écran. Et on appelle ça du management.

Montpellier offre la version municipale de la même méthode. Un animateur mis en examen pour violences sexuelles sur des écolières : 400 chaises vides, zéro parent informé. Armelle Haquet, médecin spécialiste du recueil de la parole, parle devant un désert. La mairie n'a pas communiqué, pas alerté, pas prévenu. Elle a organisé une conférence — geste administratif, sans conséquence. Un peu comme l'interdiction de manifester : un coup de com' qui remplace l'action. Pendant ce temps, Laetitia a subi sept ans de proxénétisme et de torture avant que la justice ne rattrape son bourreau — un directeur d'agence bancaire, inséré, sans antécédent. 94% des plaintes pour viol classées sans suite en France, contre 12% en Suède. Ce n'est pas la justice qui est laxiste — c'est le système qui, structurellement, préfère ne pas voir.

France Télévisions, enfin, recrute Eugénie Bastier. Delphine Ernotte invoque le pluralisme. La réalité est plus prosaïque : dans un audiovisuel public en crise d'audience, le clash politique rapporte plus que l'information. On embauche une figure qui polarise plutôt qu'un journaliste qui enquête. C'est la même logique que les Guignols étranglés : on préfère un plateau qui fait réagir qu'un programme qui fait réfléchir. Et on appelle ça une stratégie éditoriale.

Ce que révèle cette journée, c'est une démocratie de l'évitement. On ne traite pas les problèmes — on les déplace, on les asphyxie, on les invisibilise. On interdit un défilé mais on tolère l'hommage. On réduit le budget d'une satire plutôt que d'assumer son rôle de propriétaire. On organise une conférence vide plutôt que de prévenir les parents. On classe des plaintes plutôt que de les instruire. On recrute une polémiste plutôt qu'un enquêteur. La République préfère les belles vitrines aux ateliers bruyants.

Et maintenant ? Le C9M refera surface l'an prochain, avec ou sans autorisation. Les Guignols ne reviendront pas — Canal+ continue de produire des contenus sans aspérité. Montpellier attendra le prochain scandale pour communiquer. Laetitia attend le verdict. France Télévisions attend les prochains chiffres d'audience. Rien ne changera tant que le coût de l'évitement restera inférieur au coût de l'affrontement. Or, en France, ne rien faire coûte toujours moins cher que faire. C'est notre douce agonie — un pays qui préfère regarder ailleurs plutôt que d'ouvrir les yeux.

Par la rédaction de Le Dossier

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