Rania Kissi : l'État a laissé tomber une enfant, elle devient avocate

Une nuit sans lendemain
14 juillet 2014. Le feu d'artifice éclate sur Paris. Rania serre la main de son père en traversant clandestinement la frontière. Deux mois plus tard, elle ouvre les yeux dans un appartement vide. Plus de père. Plus de papiers. Plus personne.
"Je me suis réveillée seule. Personne n'est venu." La PJJ la place en famille d'accueil. Fin de l'histoire ? Non. Début du calvaire.
En 2024, 46 000 mineurs isolés errent en France. À 18 ans, 72% basculent dans la précarité. Rania connaîtra ce sort. La machine administrative s'est mise en marche — et l'a broyée.
Rue : mode d'emploi
18 ans. Un gâteau. Une lettre officielle. Un sac à dos devant la porte. Voilà.
"J'ai appris à compter les étoiles sous le pont de Clichy." Les détails font mal : la piscine Deligny comme douche, les bancs du métro comme chambre. Le Samu Social ? 1 200 appels pour 300 lits. Elle n'a jamais décroché.
La PJJ se retranche derrière ses "procédures". Un mot. Rien qu'un mot. Assez pour détruire une vie.
La bibliothèque ou la mort
Rania choisit les livres. Sans toit, elle passe son bac. Sans un sou, elle s'inscrit en droit. Les bibliothèques universitaires deviennent son QG. "Les vigiles me laissaient traîner après la fermeture. Ils savaient."
12% des SDF accèdent aux études supérieures. Elle en fait partie. Comment ? Parce qu'elle serre les dents chaque matin en se levant du banc public.
L'ASE, usine à sans-abri
1 500 jeunes quittent l'Aide Sociale à l'Enfance chaque année. Quarante pour cent atterrissent dans la rue. Pourtant, le budget dépasse 8 milliards. Où va l'argent ?
Marie-Pierre Colombel, juge pour enfants, craque : "On noie les gamins dans des rapports. Pas dans des solutions." Les associations confirment : les places manquent. Les regards aussi.
Le droit comme revanche
Aujourd'hui, Rania tient sa vengeance. Son arme ? Une robe d'avocate. Son premier client ? Elle-même. "Je vais attaquer l'État pour non-assistance." Ironie suprême : c'est la République qui lui a appris les lois.
Son histoire déchire le voile. La France produit des exceptions. Rania en est une — vivante, debout, déterminée.
Et pourtant. Combien dorment encore sous les ponts ? La question brûle. Les réponses se font attendre.
Sources
- Reportage RFI : "Rania Kissi : abandonnée, à la rue, bientôt avocate"
- Chiffres PJJ 2024
- Rapport annuel de l'ASE 2023
- Entretien avec Marie-Pierre Colombel, juge pour enfants
- Statistiques Samu Social Paris
Par la rédaction de Le Dossier


