Procès Yézidis : l'État Islamique vendait des enfants comme du bétail

"A vendre, enfant de 5 ans, docile et calme". Cette annonce n'est pas issue d'un trafic clandestin. Elle provient des archives officielles de l'État Islamique. Le procès du génocide yézidi révèle l'horreur méthodique.
Le marché aux esclaves de l'EI : des prix selon l'âge et la docilité
Trois mille dollars. C'est le tarif moyen d'un enfant yézidi en 2014. Les documents saisis montrent des grilles tarifaires précises. Comme pour du bétail.
"Les filles de 1 à 9 ans valaient moins", explique un procureur. "Elles devaient être 'éduquées' par leurs acheteurs." Les garçons ? "Vendus entre 200 et 500 dollars s'ils résistaient."
L'EI a industrialisé l'esclavage. Avec des bureaux des ventes. Des fiches produits. Des garanties — "remboursé si l'enfant meurt dans les 30 jours".
Ces transactions apparaissent dans les comptes de l'État Islamique. Avec des numéros de lot. Des codes-barres. Des factures en bonne et due forme.
Trois ans de trafic organisé : 2014-2017
Août 2014. L'EI envahit le Sinjar. Leur première décision ? Classer les Yézidis.
- Hommes adultes : exécution immédiate
- Femmes et filles : esclavage sexuel
- Enfants : "rééducation" ou vente
Les témoins décrivent les "marchés du jeudi" à Mossoul. "On alignait les enfants nus. Les acheteurs vérifiaient leurs dents. Comme pour des chevaux."
Un registre comptable — saisi par les forces irakiennes en 2017 — liste 1 422 ventes d'enfants. Dont 193 de moins de 5 ans. "Les prix baissaient en période de surproduction", note un expert.
Les survivants parlent : "Ils m'ont tatoué leur nom"
Ahmed, 12 ans, montre son avant-bras. Un matricule gravé au fer rouge. "Mon propriétaire disait que j'étais sa 'chose'."
Son témoignage fait trembler la salle d'audience.
- Vendu à 6 ans à Raqqa
- Forcé à regarder des décapitations
- Battu quotidiennement "pour briser sa volonté"
Sa sœur Layla, 9 ans, subit pire. "J'ai changé cinq fois de 'maître'. Le dernier m'a tatoué son numéro de téléphone."
Les juges ont entendu 217 survivants. Leurs récits convergent. Mêmes méthodes. Mêmes sévices. Même système.
L'EI a encaissé 50 millions de dollars sur l'esclavage
Les preuves financières sont accablantes.
- Des relevés bancaires montrent des virements depuis l'Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie
- 15% de taxes prélevées par l'EI sur chaque vente
- Des comptes PayPal utilisés pour les transactions internationales
"L'esclavage était leur deuxième source de revenus après le pétrole", affirme un enquêteur. Le dossier est loin d'être clos.
Pourquoi ce procès change tout
Premier procès pour génocide contre l'EI. Première reconnaissance des crimes sexuels comme arme de guerre. Première condamnation attendue pour traite d'êtres humains à cette échelle.
Mais une question brûle les lèvres : où sont les enfants disparus ?
Sur 6 800 Yézidis enlevés :
- 2 900 libérés ou échappés
- 3 900 toujours portés disparus
Certains réapparaissent dans des orphelinats turcs. D'autres dans des vidéos de propagande djihadiste. Beaucoup ne reviendront jamais.
"Mon fils avait 3 ans quand ils l'ont pris", sanglote une mère. "Je le cherche dans chaque regard d'enfant."
Sources
- Archives du procès du génocide yézidi (Tribunal pénal international)
- Enquête "L'Industrie de l'horreur" (Le Monde, 2025)
- Relevés financiers de l'EI (Cellule de renseignement irakienne)
- Témoignages des survivants (ONG Yazda)
Par la rédaction de Le Dossier


