« On était heureux » : au procès JeanPormanove, 12 mois ferme requis pour violences en ligne

Le prétoire
L’audience se tient à Nice, lundi 6 juillet. Safine H. comparaît seul, son avocat à ses côtés. Il n’est pas seul sur le banc des prévenus : un autre streameur de la chaîne « JeanPormanove » est aussi poursuivi. Tous deux répondent de violences, de diffusion d’actes de violence, d’abus de faiblesse et de provocation à la haine en raison du handicap. La chaîne, active sur les plateformes de streaming, a diffusé pendant des mois des séquences où des personnes vulnérables sont maltraitées, humiliées, frappées.
D’après l’article de Samia Dechir et Marie Turcan pour Mediapart — seule source disponible sur ce dossier — le tribunal a entendu les prévenus lundi. La présidente interroge Safine H. sur l’argent gagné. Sa réponse ? « Si ». Un aveu de surprise. Pas de remords.
La citation qui donne son titre à l’article — « On était heureux » — résume le déni du chef de bande, selon les termes des journalistes. « On était heureux », aurait déclaré l’un des mis en cause. Comme si la violence n’était qu’un divertissement.
La procureure, elle, n’a pas cette indulgence. Mardi 7 juillet, elle requiert des peines fermes. Pour l’un : douze mois de prison ferme et dix-huit mois avec sursis. Pour l’autre : dix-huit mois avec sursis. Elle qualifie les faits d’« entreprise de maltraitance ». Une formule lourde, qui dépasse la simple bagarre filmée. Elle dessine un système.
Les faits, selon Mediapart
Que sait-on exactement ? Les informations sont encore parcellaires. Mediapart est la seule source à couvrir ce procès. Une prudence de rigueur s’impose donc.
Les faits remontent à plusieurs mois, avant juillet 2026. La chaîne « JeanPormanove » diffusait en direct ou en différé des scènes de violence. Des personnes — le média n’en précise pas le nombre exact — étaient frappées, insultées, parfois contraintes à des actes dégradants. Certaines victimes seraient en situation de handicap. D’où le chef de « provocation à la haine en raison du handicap ».
Les vidéos circulaient librement. Elles attiraient des milliers de vues. Et rapportaient de l’argent. Safine H. lui-même semble avoir été surpris de gagner de l’argent « en faisant ça ». La présidente a insisté : comment un jeune homme de 24 ans peut-il considérer la maltraitance comme une source de revenus normale ?
Le parquet de Nice a ouvert une enquête. Les investigations ont permis de rassembler des preuves vidéo — les mêmes que celles diffusées en ligne. Les streameurs ont été identifiés, convoqués, puis renvoyés devant le tribunal correctionnel.
Le contexte : un jeune homme, une chaîne, une dérive
Safine H. avait 24 ans au moment des faits. Il était streameur sur la chaîne « JeanPormanove ». Rien ne filtre de son passé, de son parcours. L’article n’indique ni son lieu de résidence, ni sa situation familiale. On ignore tout de son co-prévenu.
La chaîne elle-même reste floue. « JeanPormanove » — le nom est écrit entre guillemets — semble avoir fonctionné comme une petite communauté en ligne. Pas de chiffres d’audience, pas de revenus annoncés. Seule certitude : la diffusion de violences a perduré pendant des mois. Personne n’a alerté. Ou si des signalements ont eu lieu, ils n’ont pas empêché les faits.
Le handicap des victimes est un élément central de l’accusation. L’un des chefs retenus est la provocation à la haine en raison du handicap. Cela suggère que les victimes étaient ciblées, peut-être moquées, pour leur vulnérabilité. La procureure a parlé d’« entreprise de maltraitance ». Un terme qui évoque une organisation, une répétition, une systématisation.
Mediapart ne donne pas de détails sur les victimes elles-mêmes. Leur nombre, leur âge, leur identité restent inconnus. Leur parole n’est pas rapportée. Seule la question de la présidente du tribunal laisse entendre que l’argent gagné par les agresseurs contraste avec la souffrance infligée.
Le traitement judiciaire : des réquisitions fermes
L’audience s’est déroulée lundi 6 et mardi 7 juillet 2026 devant le tribunal correctionnel de Nice. Les deux streameurs sont poursuivis pour :
- violences,
- diffusion d’actes de violence,
- abus de faiblesse,
- provocation à la haine en raison du handicap.
La procureure a pris la parole le 7 juillet. Ses réquisitions sont connues grâce au compte rendu de Mediapart. Pour l’un des prévenus : douze mois de prison ferme, assortis de dix-huit mois avec sursis. Pour l’autre : dix-huit mois avec sursis. Elle a qualifié l’ensemble d’« entreprise de maltraitance ».
Le tribunal n’a pas encore rendu son jugement. Il peut suivre les réquisitions, les réduire ou les alourdir. Les prévenus conservent la présomption d’innocence jusqu’à la décision finale. Leurs avocats ont-ils plaidé ? Mediapart n’en dit rien. L’article s’arrête aux réquisitions.
Ce procès est public. Il touche à un phénomène récent : la monétisation de la violence via le streaming. Les peines requises sont significatives pour des faits commis sur internet. Douze mois ferme, c’est une peine qui peut conduire à l’incarcération immédiate. Le message est clair.
Ce que ça dit de la France
Ce procès dépasse le simple fait divers. Il interroge la frontière — floue — entre divertissement numérique et apologie de la violence. Où s’arrête la farce ? Où commence la maltraitance ?
La France a connu d’autres affaires : des « défis » humiliants sur TikTok, des bagarres filmées sur YouTube, des « live » où des jeunes se blessent pour des likes. Mais le cas « JeanPormanove » a une spécificité : il cible des personnes handicapées. La provocation à la haine en raison du handicap est un chef rare. Il montre que les auteurs ne se contentaient pas de frapper : ils choisissaient des victimes vulnérables, les exposaient, les raillaient. — et ce n’est pas rien.
La procureure a parlé d’« entreprise ». Un mot fort. Il suggère une organisation, une planification, un but lucratif. Les streameurs gagnaient de l’argent. Beaucoup ? Peu importe. Le principe même de tirer profit de la souffrance d’autrui, filmée et diffusée, heurte les valeurs de la République.
Pourtant, la loi française peine à suivre le rythme des plateformes. La frontière entre « humour trash » et violence réelle est mince. Les chaînes de streaming sont souvent auto-régulées, avec des modérateurs bénévoles. Quand la violence devient un spectacle, qui alerte ? Qui coupe le direct ?
Ce procès montre aussi les limites de l’enquête journalistique. Une seule source — Mediapart — suit l’affaire. Les autres médias, à ce stade, ne l’ont pas reprise. Les informations sont donc partielles. Les noms des victimes, les montants exacts, le nombre de vidéos : autant d’éléments qui restent dans l’ombre. Le dossier est loin d’être clos.
Mais les réquisitions prononcées mardi sont un signal. La justice commence à regarder le streaming non plus comme un simple loisir, mais comme un espace où des crimes peuvent se commettre. Et où la peine peut être ferme.
Reste à savoir si le tribunal suivra. Et si la société, au-delà du prétoire, saura faire la différence entre rire et torture. Parce que la question de la présidente — « Ça ne vous a jamais surpris, de gagner de l’argent en faisant ça ? » — pourrait être posée à nous tous.
Sources
- Mediapart – « On était heureux » : au procès « JeanPormanove », le déni d’un chef de bande, par Samia Dechir et Marie Turcan, 7 juillet 2026.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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