Nice : l'État pointe une gestion financière défaillante d'Estrosi

La lettre qui accable
C'est une séquence rare. Le 10 novembre 2025, au conseil métropolitain, Pierre-Paul Léonelli, élu d'opposition, sort une enveloppe. Il lit une lettre signée par le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes, Jean-Paul Catanès. Destinataire : Christian Estrosi. La missive est datée du 9 septembre 2025. L'auteur ? Laurent Autin, préfet du département.
« Une fois n'est pas coutume, je vais être le porte-parole des services de l'État », annonce Léonelli. Puis il lit : « La situation des comptes de la métropole affiche un score qui s'établit à 27,27. Ce score sous le seuil de 35 du réseau d'alerte traduit donc un endettement élevé. »
Le chiffre est brutal. Le seuil d'alerte est fixé à 35. La métropole est à 27,27.
Des chiffres qui parlent
Le score repose sur quatre ratios. Le coefficient d'autofinancement courant. Le ratio de rigidité des charges. Le ratio d'endettement. Et le coefficient de mobilisation du potentiel fiscal. Ensemble, ils brossent un portrait sans concession.
Premier constat : selon la source, l'investissement par habitant est inférieur à celui des métropoles de taille comparable. Deuxième constat : l'endettement est massif. « On est à 10,3 ans, alors que la moyenne des métropoles de même taille est à 5 ans », précise Léonelli. Le double. « Si j'appelle mon médecin et que j'ai 41 de fièvre — et qu'une semaine après j'ai 42 — j'ai toujours de la fièvre », ajoute-t-il, ironique.
Troisième constat, le plus lourd : la pression fiscale. « Le coefficient de mobilisation du potentiel fiscal se situe à 1,19. Je vous traduis : les contribuables métropolitains paient 19 % de plus que les contribuables des autres métropoles. » Bordeaux, Montpellier, etc.
La lettre rappelle que des réunions de suivi financier ont eu lieu les 6 septembre 2024, 31 janvier 2025 et 16 juin 2025, dans les locaux de la DDfIP. À chaque fois, une analyse du positionnement de la métropole vis-à-vis du dispositif d'alerte a été présentée par les responsables de la collectivité. En synthèse : « Les finances consolidées de la métropole recellent encore de vraies fragilités. »
L'audit qui dérange
L'opposition ne s'arrête pas là. Selon la source, Léonelli rappelle qu'un cabinet d'audit mandaté par la métropole a présenté ses conclusions le 10 novembre 2025 — le même jour que le débat. « Il a dit que la finalité d'une gestion financière de collectivité, c'était la notation. Il a dit aussi que les collectivités locales ne peuvent pas faire de déficit — et qu'on n'a jamais vu une collectivité locale tomber en dessous de BB+. »
La pire note française est BB+. Selon la source, Léonelli interroge le cabinet : « Que vaut la métropole Nice Côte d'Azur gérée par Christian Estrosi ? » Réponse : « Autour de A. » « Quelle différence voyez-vous entre la pire note de France et la note que disait l'expert ? » demande Léonelli.
Le conflit d'intérêts
Autre point trouble : Olivier Breu. Il est adjoint aux finances de la ville de Nice et de la métropole. Il est également magistrat à la Cour des comptes. Deux casquettes — et un possible conflit. « On a la chance d'avoir avec Olivier Breu un magistrat de la Cour des comptes dans notre assemblée. Je crois que c'est un atout », répond un élu de la majorité.
Mais l'opposition ne l'entend pas ainsi : « Je ne suis pas convaincu que c'est à lui de faire le contrôle en tant que magistrat de notre établissement public. Cela poserait un petit problème juridique. Ça s'appellerait un conflit d'intérêt. » Un autre intervenant précise : « Donc, monsieur Breu, adjoint aux finances de la ville de Nice, en charge des finances de la métropole, ne peut pas être contrôlé par monsieur Breu, magistrat de la Cour des comptes. »
Un suivi ignoré ?
Les réunions de suivi de 2024 et 2025 n'ont pas suffi. La lettre du préfet, elle, est claire. Les chiffres aussi. Pression fiscale record. Endettement doublé. Investissement en berne. La majorité d'Estrosi défend son bilan. Selon la source, elle affirme avoir baissé l'endettement de 11 à 10 ans. L'opposition rétorque : « Vous oubliez de préciser que c'est le double de la moyenne. »
Les questions restent. Qui, dans l'exécutif, a validé ces orientations ? Les alertes de l'État ont-elles été suivies d'effets ? Et Olivier Breu, magistrat-adjoint, peut-il continuer à siéger sans poser problème ?
Les chiffres sont là. La lettre est officielle. Reste à savoir qui, dans l'exécutif, répondra de cette gestion.
À suivre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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