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Ces maires qui bannissent les jeunes sans preuve de délinquance

Par la rédaction de Le Dossier · 11 AOÛT 2026
Illustration: Ces maires qui bannissent les jeunes sans preuve de délinquance
© YouTube

Ils ont promis l'ordre. Ils livrent des arrêtés. Depuis les municipales, des communes conquises par le Rassemblement national imposent couvre-feux et interdictions de regroupement aux mineurs. La violence des jeunes a baissé de 15 % depuis 2016, et les juges administratifs annulent ces mesures les unes après les autres.

Les faits

Cette année, des communes conquises par le RN multiplient les arrêtés restrictifs visant les mineurs : couvre-feux entre 22 heures et 6 heures du matin, interdictions de regroupement à plus de trois personnes dans l'espace public, restrictions d'accès à des places publiques, à des belvédères, à des zones de baignade.

La journaliste Lisa, dans une enquête publiée par L'Humanité, a recensé ces mesures. Selon elle, elles ne reposent sur aucun fondement factuel.

Prenons Liévin, dans le Pas-de-Calais. Annie Paiva est maire de cette ville conquise par le RN. Le 28 mai, la municipalité prend un arrêté antiregroupement. Le juge administratif le casse. Elle récidive avec un couvre-feu pour les moins de 15 ans. Nouvelle annulation. Fin juillet, le maire lance une pétition pour rétablir les mesures.

Lisa a eu accès aux mains courantes de la police municipale de Liévin. On y lit qu'à 20 heures, il y aurait eu « des éléments perturbateurs » sans précision. Plus loin, les policiers se rendent place Gambetta, verbalisent un groupe de personnes, puis notent : « secteur calme à notre départ ». Selon la source, cela montre le décalage entre le discours alarmiste et la réalité.

Autre exemple, rapporté par Manon Augier, avocate spécialiste des droits de l'homme : une municipalité a cité un vol commis dans une supérette à 16 heures — par un majeur — pour justifier un couvre-feu pour mineurs entre 22 heures et 6 heures du matin.

Le contexte

D'après les chiffres du ministère de l'Intérieur, la violence des mineurs a baissé de 15 % entre 2016 et 2025. Les vols violents commis par des mineurs représentent 34 % des cas en 2025, soit 14 points de moins qu'en 2016.

Sébastien Rochet, sociologue et criminologue, explique ce paradoxe par un tournant sécuritaire amorcé en 2002 avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur. Jusque dans les années 1980, les politiques publiques de jeunesse reposaient sur la prévention et la solidarité avant la répression. Depuis 2002, la répression domine. Cette inflexion idéologique, d'abord portée par la droite, a déteint sur une partie de la gauche.

Nathalie Tollier, présidente de la Ligue des droits de l'homme, estime que les pouvoirs publics ont une envie de disciplinariser la jeunesse, ce qui se voit aussi dans les appels au retour du service militaire ou du SNU.

Les jeunes des quartiers populaires sont les premières cibles. Selon Sébastien Rochet, le fait de rester dans la rue avec ses copains est une manière de se sociabiliser pour les jeunes des classes populaires. L'été, les jeunes des classes aisées partent en vacances ; ceux des milieux populaires restent dans des logements souvent surchauffés. La rue est leur seul espace de liberté et de fraîcheur. Les arrêtés les en privent. Les SDF aussi sont visés : certaines municipalités interdisent de rester « debout, assis ou allongé » à certains endroits.

Le traitement judiciaire

Pour qu'une restriction de liberté publique soit légale, elle doit être nécessaire, adaptée et proportionnée. Dans de nombreux cas, ces conditions ne sont pas remplies. À Liévin, les trois arrêtés successifs ont été annulés faute de précédents violents. Les mains courantes, seules pièces versées au dossier, ne montrent qu'un secteur calme après verbalisation. Le juge s'arrête à la nécessité.

Le maire de Liévin ne renonce pas. Il multiplie les arrêtés, les pétitions, les déclarations. L'important est le message envoyé aux électeurs : montrer qu'il agit, qu'il prend des mesures, même si elles sont illégales.

Sources :

  • L'Humanité — enquête de Lisa
  • Ligue des droits de l'homme — Nathalie Tollier, présidente
  • Manon Augier — avocate spécialiste des droits de l'homme
  • Sébastien Rochet — sociologue, criminologue
  • Ministère de l'Intérieur — chiffres 2016-2025 sur la violence des mineurs
  • Mains courantes de la police municipale de Liévin

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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