Oulan-Bator en panne sèche : quand les frappes ukrainiennes asphyxient la Mongolie

Accroche
Des files d'attente de plusieurs kilomètres. Des conducteurs qui campent près des pompes la nuit, selon des témoignages rapportés par l'AFP. Oulan-Bator, capitale d'un pays trois fois plus grand que la France, tourne au ralenti. La Mongolie — coincée entre la Russie et la Chine — n'a pas de pétrole. Elle importe l'essentiel de son carburant de son voisin du nord. Et ce robinet, pour l'instant, ne coule plus.
Les faits
Tout commence par des frappes de drones ukrainiens sur les réserves de pétrole russes, comme le rapporte RFI dans son reportage du 10 août 2026. Des attaques confirmées par Le Parisien dans son point-presse du même jour, qui mentionne une "attaque de drones en Russie". LCI y fait également écho dans l'interview de Thierry Breton. Mais ce que ces sources ne disent pas, c'est l'ampleur de la contagion.
Selon le Financial Times, cité par Yahoo News, les frappes ont fait chuter la production de carburant russe d'au moins 30 %. Le quotidien britannique parle de "la pire crise de carburant qu'ait connue cet État pétrolier depuis l'effondrement de l'Union soviétique". En Russie même, 50 millions de personnes subissent pénuries et rationnement. Le gouvernement a dû interdire les exportations pour tenter de tenir le marché intérieur.
Et la Mongolie, qui dépend de la Russie pour environ 95 % de son essence (source RFI), se retrouve en première ligne. Les camions-citernes ne traversent plus la frontière. Dans la capitale, les stations-services ferment les unes après les autres. Les conducteurs font la queue pendant des heures. Les autorités mongoles, selon des informations recueillies par Courrier international, ont demandé de l'aide à la Corée du Sud. Séoul doit livrer 50 000 tonnes de produits pétroliers par mois — de quoi couvrir un tiers des besoins mensuels du pays. Mais le dispositif n'est pas encore en place.
Le contexte
La Mongolie est un paradoxe énergétique. Immense territoire, ressources minières abondantes (charbon, cuivre, or), mais raffinage quasi inexistant. Le pays dépend de ses deux voisins pour ses hydrocarbures. La Russie fournit l'essence. La Chine, le diesel. Un équilibre précaire, que la guerre en Ukraine a rendu intenable.
En 2022, la Mongolie tirait encore 89 % de son énergie des fossiles, selon Wikipedia. Le nucléaire et les renouvelables ne pèsent que 10 %. Sans accès à la mer, sans oléoduc alternatif, le pays est prisonnier de sa géographie. Les attaques ukrainiennes n'ont fait qu'exacerber une fragilité structurelle. D'après RFI, la pénurie est "particulièrement visible à Oulan-Bator", où un habitant sur deux vit dans des yourtes périurbaines sans accès au gaz de ville.
Le traitement judiciaire
À ce stade, aucune procédure judiciaire n'est engagée. L'affaire n'a pas de volet pénal. Mais les autorités mongoles ont réagi par des mesures administratives : interdiction des exportations de carburant (déjà en vigueur côté russe), rationnement dans les stations, appel à l'aide internationale. Le gouvernement a demandé à la population de "ne pas créer de mouvement de panique", selon des déclarations citées par Yahoo News. Une enquête interne sur les stocks disponibles a été ordonnée, mais aucun chiffre officiel n'a filtré.
Du côté ukrainien, les frappes contre les infrastructures énergétiques russes sont présentées comme des opérations militaires légitimes. Aucune mise en cause de responsables mongols ou russes n'est rapportée. Le dossier, pour l'instant, reste politique.
Ce que ça dit de la France
Voilà où ça se complique. Pourquoi s'intéresser à une pénurie à l'autre bout du monde ? Parce que la Mongolie est un miroir. Un signal d'alarme.
La France importe près de 40 % de son pétrole raffiné de pays tiers — selon les données du secteur, constamment rappelées par les experts. Pas de la Russie, certes, mais de l'Arabie saoudite, du Nigeria, des États-Unis. Des chaînes logistiques longues, fragiles, exposées aux conflits. La guerre en Ukraine a déjà montré la vulnérabilité du gaz russe. Le pétrole pourrait suivre.
La Mongolie paie aujourd'hui le prix d'une dépendance totale. Elle n'a ni raffinerie, ni alternative de court terme. La France, elle, a des raffineries — mais combien en reste-t-il ? Une dizaine, contre une trentaine dans les années 1970. La fermeture de celle de Donges en 2022, les difficultés de TotalEnergies, la fuite des talents industriels : on ne construit plus. On importe. Et on espère que les conflits ne toucheront pas nos fournisseurs.
Mais l'Ukraine, la Russie, le Moyen-Orient sont imprévisibles. La Corée du Sud peut livrer 50 000 tonnes de carburant à la Mongolie. Qui livrera la France si les détroits se ferment, si les raffineries saoudiennes sont visées, si les routes maritimes sont coupées ? Les réserves stratégiques ? Deux mois de consommation. Pas plus.
Et maintenant ? La Mongolie attend les premiers bateaux sud-coréens. Le gouvernement mongol espère un retour à la normale d'ici quelques semaines. Mais la leçon est claire : dépendre d'un seul fournisseur, surtout quand ce fournisseur est en guerre, c'est accepter de vivre au rythme de ses crises. La France ferait bien d'écouter.
📰Source :www.youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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