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PolitiqueÉpisode 6/2

Les monarchies du Golfe divisées face à la guerre en Iran

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-02
Illustration: Les monarchies du Golfe divisées face à la guerre en Iran
© Illustration Le Dossier (IA)

Riyad contre Doha : la fracture s'aggrave

Ça commence par un murmure. "Nous ne pouvons pas avancer ensemble", glisse un diplomate du Golfe sous anonymat. Puis le constat s'impose : le Conseil de coopération du Golfe (CCG) est au bord de l'implosion.

Trois camps émergent. L'Arabie saoudite, Bahreïn et les Émirats arabes unis brandissent la menace militaire. Le Qatar et Oman plaident pour des pourparlers. Au milieu, le Koweït tente désespérément de jouer les médiateurs — en pure perte.

Pour comprendre cette division, il faut remonter à 1979. La révolution iranienne a tout changé. Depuis, les monarchies sunnites voient dans Téhéran un rival existentiel. La guerre au Yémen ? Un conflit par procuration. Les attaques de pétroliers dans le détroit d'Ormuz ? Une escalade de plus.

Mais cette fois, la question est directe : faut-il envoyer des troupes ? Les Saoudiens semblent prêts. Les Qataris refusent catégoriquement. Entre les deux, les hésitations des autres membres du CCG trahissent une réalité cruelle : personne ne veut vraiment payer le prix du sang.

MBS, le pari risqué de l'Arabie saoudite

Mohammed ben Salmane joue son va-tout. Le prince héritier saoudien a fait de la confrontation avec l'Iran son cheval de bataille. Problème : ses calculs stratégiques butent sur une série d'échecs cuisants.

Prenez le Yémen. Huit ans de guerre. Des centaines de milliards de dollars engloutis. Des milliers de morts. Résultat ? Un bourbier sans issue. Pire : les Houthis, soutenus par l'Iran, tiennent toujours Sanaa.

Riyad persiste. La ligne dure devient un mantra. En 2017, quand Doha a osé rétablir des liens avec Téhéran, la réaction saoudienne a été foudroyante : blocus total du Qatar pendant trois ans. Les cicatrices de cette crise sont encore visibles aujourd'hui.

La question qui brûle toutes les lèvres : jusqu'où MBS peut-il entraîner ses alliés ? Les Émirats ont déjà commencé à distendre leurs liens avec Riyad. Oman cultive sa neutralité. Quant au Qatar, il mise ouvertement sur le dialogue. Voilà le vrai dilemme saoudien.

L'Iran, ce géant aux pieds d'argile

Ne vous y trompez pas. Derrière sa façade de puissance régionale, l'Iran présente des failles béantes. Oui, le pays dispose de missiles capables d'atteindre Riyad ou Dubaï. Oui, son réseau d'alliances — du Hezbollah aux Houthis — impressionne. Mais à quel prix ?

Les sanctions étranglent l'économie iranienne. L'inflation dépasse les 50%. Dans les rues de Téhéran, la colère gronde. Pourtant, le régime tient bon. Son arme secrète ? Une diplomatie redoutable qui exploite chaque division chez ses adversaires.

Prenez l'accord nucléaire de 2015. Téhéran a obtenu la levée de sanctions en échange de promesses vite oubliées. Aujourd'hui, le jeu continue : provocations calculées, escalades maîtrisées, concessions tactiques. Une stratégie du chat et de la souris appliquée à l'échelle régionale.

Mais jusqu'à quand ? Les monarchies du Golfe sentent la vulnérabilité iranienne. Certains — surtout à Riyad — rêvent d'en profiter. D'autres préfèrent éviter l'engrenage. Car une frappe contre l'Iran déclencherait immanquablement des représailles. Et alors ?

Pétrole, dollars, et risques de krach

Imaginez un instant. Le détroit d'Ormuz fermé. Les tankers bloqués. Les cours du baril qui s'envolent à 200 dollars. Ce scénario cauchemar hante les chancelleries — et les marchés financiers.

Les monarchies du Golfe le savent : leur richesse dépend du pétrole. L'Arabie saoudite tente bien de diversifier son économie avec Vision 2030. Mais les résultats tardent. Quant à l'Iran, déjà asphyxié par les sanctions, un conflit ouvert le pousserait au bord du gouffre.

Les chiffres donnent le vertige. La région produit 30% du pétrole mondial. Une guerre ferait s'effondrer les exportations. Les conséquences ? Récession globale, inflation galopante, crises sociales en cascade.

Alors, jouer avec le feu ? Les dirigeants du Golfe hésitent. Car derrière les discours guerriers, une vérité s'impose : personne n'a les moyens d'une confrontation totale.

Au bord du précipice

Nous y sommes. La moindre étincelle peut tout embraser. Regardez 2019 : des drones frappent des installations saoudiennes. Riyad accuse Téhéran. Dénégations iraniennes. La tension monte d'un cran. Puis retombe. Provisoirement.

Aujourd'hui, le jeu est plus dangereux que jamais. Les monarchies du Golfe doivent choisir : l'union ou la discorde. La guerre ou la diplomatie. Le consensus ou le chaos.

Une chose est sûre : le temps presse. Les divisions actuelles ne font qu'encourager Téhéran. Si le CCG ne parle plus d'une seule voix, l'Iran en profitera — c'est certain. La suite dépend désormais des capitales du Golfe. À elles de décider si elles veulent vraiment sauter dans l'inconnu.

📰Source :youtube.com

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