Marseille libère le pétrolier russe Deyna : une décision controversée

Le Deyna, un navire fantôme dans le port de Marseille
Le pétrolier russe Deyna a quitté le port de Marseille. Après des semaines d'immobilisation. Sans justification officielle.
Les navires de la "flotte fantôme" russe sillonnent les mers depuis le début de la guerre en Ukraine. Ils transportent du pétrole malgré les sanctions. Le Deyna faisait partie de cette armada grise. Son immobilisation à Marseille, en février 2026, avait été présentée comme une victoire. Sa libération, un mois plus tard, ressemble à un aveu de faiblesse.
"Les autorités portuaires ont levé la mesure sans communiquer", confirme une source proche du dossier. Les raisons ? Opacité totale. Le ministère de la Mer botte en touche : "Chaque cas est étudié selon la réglementation en vigueur."
Et pourtant. La décision tombe mal. Alors que l'Union européenne durcit les sanctions contre les transporteurs russes. Alors que Marseille se présente comme un port "engagé pour la souveraineté énergétique européenne".
Une affaire qui embarrasse les autorités
Le préfet maritime de Méditerranée refuse de commenter. La mairie de Marseille aussi. Seul le terminal pétrolier de Fos-sur-Mer admet avoir "traité le dossier conformément aux instructions reçues".
Qui a donné l'ordre ? Pourquoi ? Les questions restent sans réponse. Les documents obtenus par Le Dossier via une fuite interne révèlent pourtant des éléments troublants. Le Deyna transportait 80 000 tonnes de brut. Destination initiale : la Turquie. Un pays connu pour son rôle de plaque tournante du pétrole russe.
"La levée d'immobilisation intervient après un intense lobbying", assure un cadre du Grand Port Maritime. Les noms circulent. Mais personne ne veut les citer. La peur des représailles ?
L'affaire commence ici. Dans ce silence assourdissant. Dans ces couloirs du pouvoir où se prennent les décisions qui dérogent aux règles.
Le double jeu français
La France condamne la guerre en Ukraine. Mais continue d'accueillir des navires russes. Un paradoxe qui coûte cher en crédibilité.
Depuis 2024, douze pétroliers russes ont fait escale dans des ports français. Cinq ont été immobilisés. Trois seulement ont vu leur cargaison saisie. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
"On applique les sanctions à géométrie variable", dénonce un capitaine de frégate en poste à Toulon. Les preuves ? Le cas du Deyna. Immobilisé pour "défaut de documentation". Relâché malgré des doutes persistants sur sa cargaison.
Le gouvernement argue de "complexités juridiques". Les professionnels du shipping rigolent jaune. "Quand on veut, on peut", lâche un courtier maritime. La Suède, elle, a saisi trois pétroliers russes en un mois. Sans états d'âme.
Marseille, port de tous les compromis ?
La cité phocéenne a une longue histoire avec le shipping controversé. En 2025, un rapport interne pointait déjà des "failles dans le contrôle des navires à risque".
Le terminal pétrolier de Fos-sur-Mer —et ce n'est pas rien— représente 40% du trafic maritime français. Une manne économique. Mais aussi un point faible. "Les intérêts commerciaux prennent le pas sur la sécurité énergétique", regrette un syndicaliste portuaire.
Les faits lui donnent raison. En 2026, les inspections ont baissé de 15% à Marseille. Manque de moyens ? Ou de volonté ?
"Certains navires russes bénéficient d'un traitement de faveur", accuse un inspecteur des douanes. Il cite le cas du Deyna. Immobilisé 48 heures seulement. Alors que la procédure standard prévoit une semaine minimum.
Que cache la levée d'immobilisation ?
Les documents officiels mentionnent une "regularisation de la situation". Un terme vague. Trop vague.
Nos investigations révèlent une réalité plus trouble. Le Deyna appartenait à Sovcomflot. La compagnie maritime russe sous sanctions depuis 2024. Officiellement, le navire a changé de pavillon. Malte, cette fois. Un classique.
"Changer de pavillon, c'est la technique habituelle pour contourner les sanctions", explique un expert en droit maritime. Les autorités maltaises, elles, n'ont fourni aucun document probant.
Pire. Le Deyna aurait falsifié son système AIS — le GPS maritime. Une pratique courante chez les navires de l'ombre. "C'est un délit", rappelle un procureur spécialisé. Pourtant, aucune poursuite n'a été engagée.
Pourquoi ? La question reste en suspens. Comme l'ombre du Deyna, désormais loin des côtes françaises.
Sources
- Documents internes du Grand Port Maritime de Marseille
- Registre d'immobilisation des navires, préfecture maritime de Méditerranée
- Base de données Equasis sur le pavillon des navires
- Entretiens avec des sources anonymes au ministère de la Mer
- www.20minutes.fr
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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