Exclusif : La Lituanie face à son passé nazi

Chapô
Entre 1941 et 1944, plus de 200 000 Juifs ont été exterminés en Lituanie. Des balles. Des fosses. Des bourreaux volontaires. Voilà ce que révèlent des archives récemment ouvertes.
Un silence coupable
Des coups de feu dans la forêt de Ponary. Des cris étouffés. Puis, le silence. Cette scène macabre s'est répétée des milliers de fois pendant la Seconde Guerre mondiale. Et pourtant, aujourd'hui encore, les autorités lituaniennes peinent à reconnaître la participation active de leurs citoyens dans ces massacres.
Les archives du musée de l'Holocauste de Vilnius montrent que près de 90 % des Juifs lituaniens ont péri durant cette période. Un chiffre effarant. Parmi les bourreaux ? Des policiers locaux, des miliciens, des voisins. Des "héros" nationaux, selon certains manuels scolaires.
Les fosses de Ponary
À quelques kilomètres de Vilnius, la forêt de Ponary cache un secret bien gardé. Des fosses communes où reposent les corps de plus de 70 000 personnes — juives pour la plupart. Des travaux menés par des étudiants en histoire ont permis de cartographier ces sites avec une précision inédite.
"Les témoignages parlent de wagons entiers de Juifs acheminés vers Ponary", explique Tomas, un chercheur de l'université de Vilnius. "Des groupes de 50 à 100 personnes étaient alignés au bord des fosses avant d'être abattus." Une mécanique implacable.
Le rôle des "Héros nationaux"
Jonas Noreika. Voilà un nom qui divise la Lituanie. Officiellement, un héros de la résistance anti-soviétique. Officieusement, un collaborateur des nazis. Selon les documents de Yad Vashem, Noreika aurait signé des ordres d'extermination de Juifs dans la région de Šiauliai.
Et pourtant, une statue à son effigie trône toujours au centre de Vilnius. Des plaques commémoratives portent son nom. "C'est une insulte à la mémoire des victimes", s'indigne Rachel, une survivante aujourd'hui installée en Israël.
Vers une reconnaissance ?
Depuis 2018, des voix s'élèvent pour demander une révision des manuels scolaires. L'Institut international pour l'éducation sur l'Holocauste a soumis des recommandations concrètes. Mais le gouvernement traîne des pieds.
Le Premier ministre lituanien assure "œuvrer pour une mémoire apaisée". Des mots. Des promesses. Et pendant ce temps, les fosses de Ponary attendent toujours leur reconnaissance officielle. Une histoire loin d'être écrite.
📰Source :rss_article
Par la rédaction de Le Dossier
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