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Iran : La jeunesse clandestine défie la théocratie

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-11
Illustration: Iran : La jeunesse clandestine défie la théocratie
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Une jeunesse qui dit non

Trois millions six cent mille. Ce chiffre, révélé par les autorités iraniennes en 2014, représente le nombre d'Iraniennes arrêtées ou sermonnées pour infraction au code vestimentaire. Mais derrière ces statistiques officielles, une autre réalité émerge : une jeunesse qui refuse de se soumettre.

Sadaf, 29 ans, vit à Téhéran. Dans son appartement, elle partage une existence clandestine avec ses sœurs. "Nous étions un grand pays avec une grande culture, un grand peuple. Mais aujourd'hui, non. Je ne suis pas fière de ce pays", confie-t-elle, les yeux lourds de tristesse.
Le voile ? Une torture quotidienne. "Je suis à bout, en colère. On ne l'a pas choisi."

Pourtant, Sadaf ne se résigne pas. Elle organise des soirées où l'alcool coule librement — une pratique strictement interdite. Le risque ? La prison, le fouet, ou pire. "Si la police le voit, ils peuvent l'embarquer et le tuer", murmure-t-elle en cachant son chien, symbole de décadence aux yeux des Mollahs.

La peur au quotidien

La République islamique ne badine pas avec ses lois. Les Basijis, milice religieuse au service des Mollahs, veillent. Quatre millions de membres pour une population de 77 millions. Leur mission : faire respecter la loi islamique, sans compromis.

Fin 2016, une jeune Iranienne a reçu 80 coups de fouet pour avoir bu de l'alcool. "Le premier coup, je me suis levée instinctivement et j'ai crié. Mes larmes coulaient, je n'arrêtais pas de pleurer", raconte-t-elle, encore marquée.
Elle a osé publier une photo de son dos meurtri sur les réseaux sociaux. Un acte de bravoure dans un pays où parler librement est un crime.

Et ce n'est pas tout. Être homosexuel en Iran peut signifier la mort. Selon Amnesty International, près de 1 000 exécutions ont lieu chaque année, dont des dizaines pour sodomie. Un cauchemar pour des hommes comme Nader et Hassan, deux jeunes Iraniens en couple.

Vivre dans l'ombre

Nader et Hassan vivent dans la peur. "Pour des raisons de sécurité, nous ne devons pas rester plus d'un quart d'heure au même endroit", explique Nader dans un café de Téhéran. Leur seule issue ? Fuir, quoi qu'il en coûte.

Mais partir n'est pas simple. Obtenir un visa prend du temps et coûte cher. Sadaf, elle, économise depuis dix ans pour réaliser son rêve : quitter l'Iran. Avec 15 000 euros, elle a obtenu un visa étudiant pour deux ans en Malaisie. "Je vais pouvoir me débarrasser de ce fichu foulard. Porter une robe dans la rue", s'enthousiasme-t-elle avant son départ.

Nader, lui, a choisi la Turquie comme première étape avant de tenter sa chance aux États-Unis. "Je veux réaliser mon rêve américain, et je sais que je vais y arriver", affirme-t-il, déterminé.
Mais Hassan reste en Iran. "Une semaine après mon arrivée, il m'a appelé. Il pleurait, me suppliait de le faire venir", raconte Nader, la voix tremblante.

La résistance prend forme

Malgré les risques, la jeunesse iranienne continue de se battre. Sur les réseaux sociaux, des femmes publient des photos sans voile, défiant les lois de la République islamique. Une campagne lancée par Masih Alinejab, journaliste iranienne exilée aux États-Unis, a dépassé le million d'abonnés sur Facebook.

"J'ai publié une photo de moi sans voile, en expliquant qu'à chaque fois que je suis dans un pays libre, j'adore sentir le vent dans mes cheveux", raconte Masih.
Ces femmes se mettent en danger, mais elles estiment que le silence ne changera rien.

Et la résistance va plus loin. Dans les rues de Téhéran, des jeunes s'enivrent malgré le risque. D'autres se tatouent en secret, malgré l'interdiction. "C'est illégal, mais on assume le risque", explique un tatoueur rencontré lors de notre enquête.

La liberté, à quel prix ?

Pour cette jeunesse iranienne, la liberté se paie cher. En larmes, en sang, parfois en vies. Mais ils continuent de se battre, de rêver, d'espérer. "Nous retrouvons Sadaf et sa famille. Elle nous annonce une grande nouvelle : elle va quitter l'Iran", conclut notre reportage.

À travers ces témoignages, c'est un système oppressif qui est mis à nu. Un système qui ne tolère aucune différence, aucune liberté, aucune contestation. Mais face à cette oppression, une jeunesse se lève, déterminée à vivre libre — ou à mourir en essayant.

Le dossier reste ouvert. À suivre.

Par la rédaction de Le Dossier

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