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SociétéÉpisode 2/1

88,4 millions d'animaux obèses : l'industrie agroalimentaire vous engraisse votre chien et votre chat

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-21
Illustration: 88,4 millions d'animaux obèses : l'industrie agroalimentaire vous engraisse votre chien et votre chat
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88,4 millions. C'est le nombre d'animaux de compagnie obèses aux États-Unis. Plus de la moitié des chiens (53 %) et des chats (55 %) sont en surpoids ou obèses. L'industrie qui les nourrit empoche 18,6 milliards de dollars de bénéfices par an. Coïncidence ? Non — c'est un système.

L'addiction au sucre et au gras ne tue pas que les humains. Elle tue aussi les chiens, les chats, les chevaux. Mêmes techniques marketing. Mêmes ingrédients transformés. Mêmes conséquences sanitaires : diabète de type 2, arthrose, maladies cardiaques. Et des vétérinaires qui sonnent l'alarme depuis 2005. Et pourtant, l'argent parle plus fort.

Le business de l'obésité animale : 18,6 milliards de raisons de ne rien changer

Ernie Ward, vétérinaire, a fondé l'APOP en 2005. À l'époque, on se moquait de lui. « Un gros chat est un chat heureux », lui répondait-on. Aujourd'hui, il ne rit plus. Il parcourt le monde pour dénoncer ce qu'il appelle « le problème de santé numéro 1 des animaux domestiques en Amérique ».

— « Avant 2005, quand j'essayais de parler de l'obésité animale, ça faisait rire les gens. Aujourd'hui, on se rend compte qu'elle nous coûte des centaines de millions de dollars par an en soins médicaux évitables. »

En 2010, les assurances Petplan estimaient le coût direct à 25 millions de dollars — un chiffre très en dessous de la réalité. Car les maladies induites (diabète, arthrose, laminite) explosent les comptes des propriétaires. Un chat diabétique coûte entre 1 200 et 1 600 dollars par an. Un cheval atteint de fourbure nécessite 4 000 dollars de soins annuels.

Pendant ce temps, l'industrie encaisse. En 2011, le Petfood Institute annonçait 18,6 milliards de dollars de bénéfices pour le seul marché américain des aliments pour animaux. En France, 2 foyers sur 3 possèdent un animal, et les dépenses alimentaires atteignent 2,5 milliards d'euros par an. Un marché juteux — vous l'aurez compris.

Les industriels utilisent les mêmes recettes que pour les humains. Sucre ajouté, graisses saturées, additifs. « De plus en plus, dans les produits transformés que nous consommons au quotidien, il y a les ingrédients dont on ne soupçonne même pas l'existence », explique la nutritionniste Corine Seer. Même une boîte de maïs contient du sucre ajouté. Les croquettes ne font pas exception.

Retenez ce détail : donner un morceau de fromage à son chat équivaut à lui faire ingérer quatre barres chocolatées pour un humain. Un cookie pour chien, c'est une barre chocolatée. Un toast, c'est un hamburger. Les propriétaires ne le savent pas. Mais l'industrie, elle, le sait parfaitement.

De Mister Big à Sweet Pe : l'épidémie qui ne dit pas son nom

Mister Big pèse 15 kilos. C'est un chat de 9 ans. Son propriétaire, Samantha, l'a recueilli après une opération coûteuse. Aujourd'hui, il a perdu 3 kg grâce à un régime, mais son poids idéal serait de 5,5 kg. — « Je doute qu'on y arrive un jour », avoue-t-elle. Il souffre d'arthrose aux genoux. Son activité préférée : rester lové sur des coussins.

Dans la même maison, une chienne de 40 kg devrait en peser 35. Elle refuse de jouer. « Elle préfère rester allongée au coin de la terrasse », dit Samantha. Les animaux adoptent notre mode de vie : sédentarité, accès pléthorique à une nourriture trop riche.

Mais ce n'est pas qu'une question de comportement. C'est une question de biologie. À la clinique Terry Center de l'Université de Caroline du Nord, 20 000 animaux sont soignés chaque année. Cliban, un chat de 7,26 kg, doit perdre 2 kg. Soit un tiers de son poids. Les radios montrent de la graisse autour de son cœur. — « Ce n'est pas bien », constate la vétérinaire Margaret Gruen.

Emy, une chienne Terre-Neuve de 9 ans, a atteint le stade ultime : 7 sur l'échelle de corpulence (sur 9). Elle pesait 71 kg à son arrivée, 63 aujourd'hui. Il lui reste 10 kg à perdre. Elle ne peut plus se tenir sur ses pattes. Une arthrodèse est envisagée. « L'obésité empêche la guérison des animaux souffrant de maladies articulaires », explique un vétérinaire.

Les chevaux ne sont pas épargnés. Shannon Pratt-Phillips mène une étude depuis 4 ans sur l'obésité équine. Les cas de laminite (fourbure) explosent. Sweet Pe, un poney, a contracté la maladie il y a 10 ans à cause de son surpoids. Aujourd'hui, il ne marche plus sans chaussures orthopédiques. Les radios montrent un basculement osseux dans le sabot. « C'est la douleur équivalente à se taper sur les doigts avec un marteau », décrit le vétérinaire Richard Mansman. Facture annuelle : 4 000 dollars.

Et ce n'est pas tout. Les oiseaux, les poissons, les hamsters, les gerbilles grossissent aussi. « Dès que nous commençons à poser la main sur un animal et à lui remplir sa gamelle, nous l'engraissons », alerte Ernie Ward.

Le cerveau piégé : comment le sucre crée une addiction chez l'animal

David Val-Laillet, chercheur à l'INRA à Saint-Gilles, en France, étudie l'obésité depuis des années. Son laboratoire utilise des miniporcs — des cochons miniatures — comme modèles. Pourquoi le cochon ? « Il est très proche de l'homme d'un point de vue digestif, anatomique, physiologique. Son cerveau est très proche aussi. »

L'expérience est glaçante. Dans une « cafétéria » à cinq compartiments, l'animal peut choisir entre un aliment équilibré, un aliment riche en gras, et un aliment riche en sucre. Résultat : 90 % des animaux (obèses ou non) choisissent le sucré. « On retrouve les mêmes préférences que chez les humains », constate Val-Laillet.

Mais le pire vient de l'imagerie cérébrale. Les chercheurs anesthésient les miniporcs et leur envoient une solution sucrée sur la langue. Chez un animal sain, le cerveau s'illumine dans les zones du plaisir (en jaune, presque rouge). Chez un animal obèse, les marques passent au vert, voire au violet. La stimulation ne provoque presque plus de réponse.

— « L'obésité provoque des altérations au sein même du cerveau. Une perturbation du fonctionnement des zones du plaisir. »

Résultat : pour ressentir la même satisfaction, l'animal doit consommer plus de sucre. Un cercle vicieux. « Plus on prend du poids, plus on a de risque d'en prendre », explique le chercheur. La solution ? Peut-être stimuler le nerf vague, « cette grosse autoroute de l'information qui véhicule les signaux de satiété ». Mais les traitements chimiques sont encore loin.

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Manger sain coûte trois fois plus cher : le scandale du zoo de Caroline du Nord

En 2008, les vétérinaires du zoo de Caroline du Nord constatent un phénomène inquiétant. Les gorilles prennent du poids. Pourtant, ils sont nourris de façon calibrée, sans excès apparent. Les examens révèlent des maladies cardiaques. La cause ? Les biscuits industriels pour singes. Trop de glucides, trop de féculents.

La décision est radicale : supprimer tous les biscuits transformés, remplacer par des légumes frais. Aujourd'hui, les gorilles mangent de la laitue, du chou frisé, des poivrons, des carottes, des avocats, des kiw

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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