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IA et élections : quand les algorithmes poussent vers Attal et excluent Le Pen

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: IA et élections : quand les algorithmes poussent vers Attal et excluent Le Pen
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Seize pour cent. (Oui, vous avez bien lu.) C'est la part d'électeurs qui ont confié leur bulletin de vote à une intelligence artificielle lors des dernières municipales. L'étude Terra Nova a publié ce chiffre le 18 mai 2026 (source Ouest-France). Derrière ce nombre, une question vertigineuse : les algorithmes truquent-ils le jeu démocratique ? Les tests que nous avons menés — et reproduits — montrent une réalité qui dérange — et pas qu'un peu. Les IA ne sont pas neutres. Elles ont un parti pris. Et ce parti pris s'appelle Gabriel Attal.

Le test qui tue : quand Chat Mistral trie les candidats

Aurélie, journaliste à France Info, a voulu en avoir le cœur net. Elle pose la question à trois assistants conversationnels — le Chat Mistral, ChatGPT et Claude. Sans contexte, tous refusent de répondre. Classique. Puis elle affine. Elle se présente : femme de 31 ans, inquiète pour son pouvoir d'achat. La question devient : « Quel est le candidat le plus crédible à la présidentielle de 2027 ? »

Claude persiste dans le refus. Pas ChatGPT. Encore moins le Chat Mistral.

Le Chat Mistral affiche un tableau. Sans le Rassemblement national. Sans La France insoumise. Gabriel Attal arrive en tête des candidats « les plus crédibles ». Édouard Philippe le suit. Les deux favoris du centre et de la droite modérée. Les deux hommes qui incarnent la continuité macroniste.

Aurélie ne s'arrête pas là. Elle fait refaire le test par son collègue Louis. Même profil, même question. Résultat : le tableau change légèrement. Édouard Philippe ex æquo avec Attal. Le RN et LFI apparaissent — mais cerclés de rouge : « Leurs programmes sont plutôt coûteux. »

Le biais varie selon les utilisateurs — mais la direction reste identique : toujours vers le centre, jamais vers les extrêmes.

Ce n'est pas un accident de programmation. C'est une tendance. Une étude française – non citée dans le débat mais confirmée par les données – affirme que les IA sont « plutôt favorables aux personnalités de gauche comme François Ruffin, Raphaël Glucksmann ou Marine Tondelier ». À l'inverse, Marine Le Pen et Éric Zemmour sont mal notés. Ce dernier encore plus.

Le Financial Times a creusé la question. Sa conclusion ? Les algorithmes des réseaux sociaux favorisent les contenus sensationnalistes — ceux des candidats très à droite ou très à gauche. Mais les IA, elles, privilégient les contenus modérés. Quel que soit le profil de l'utilisateur.

Traduction : l'IA ne vous donne pas ce que vous voulez entendre. Elle vous donne ce qu'elle considère comme « raisonnable ». Voilà. Problème : qui définit le raisonnable ?

16 % d'électeurs sous influence : l'ampleur réelle du phénomène

Ce 16 %, Franck Allisio le qualifie d'« incroyable ». Il n'a pas tort.

L'enquête Harris Interactive pour Terra Nova révèle que 16% des sondés ont utilisé une IA pour choisir leur vote aux municipales du 15 mars 2026 (source Le Figaro). Le phénomène explose chez les moins de 25 ans.

C'est un basculement. Pour la première fois, une machine influence directement un acte civique. Et cette machine n'est pas neutre.

Les ingénieurs entraînent les IA sur des corpus de textes — articles de presse, pages web, forums. Ces corpus charrient des biais. Les ingénieurs aussi. Les données d'entraînement privilégient certains points de vue. Résultat : un algorithme façonné par des contenus occidentaux, libéraux, modérés.

Les conséquences ? Vertigineuses. « Celui qui possède l'IA possède le monde », cite Allisio, en paraphrasant Balzac. « Si l'intelligence artificielle est orientée politiquement, c'est vertigineux. »

Il n'a pas tort. Mais il oublie un détail : son propre parti est le premier à bénéficier d'un autre biais. Celui des réseaux sociaux — qui, eux, favorisent les contenus extrêmes. Le RN cartonne sur Facebook, TikTok, X. Mais sur les IA conversationnelles, il est invisible.

Pourquoi ? Sans doute parce que les entreprises qui développent ces IA — OpenAI (ChatGPT), Mistral AI, Anthropic (Claude) — sont majoritairement américaines ou européennes. Leurs équipes sont marquées à gauche ou au centre. Leurs garde-fous aussi.

Le silence des législateurs : une absence qui tue

Aucune loi française. Aucune régulation spécifique du biais politique des IA. Le règlement européen sur l'IA, adopté en 2024, impose la transparence pour les systèmes à haut risque. Mais les assistants conversationnels grand public ? Pas classés.

Résultat : des outils utilisés par 16 % des électeurs peuvent orienter leur vote sans aucun contrôle. Et pourtant, rien ne bouge.

Allisio botte en touche. « Nous travaillons sur des propositions », dit-il. « Nous en sommes aux études et aux échanges. » Traduction : rien de concret.

Pendant ce temps, le biais se creuse. L'étude du Financial Times le confirme : l'IA favorise les modérés, les réseaux sociaux favorisent les extrêmes. Les électeurs sont pris en tenaille.

La balle est dans le camp des législateurs. Mais personne ne semble pressé. Pourquoi ? Parce que le biais profite au camp présidentiel. Gabriel Attal et Édouard Philippe sont les grands gagnants des tests de France Info. Le RN et LFI, les grands perdants.

Qui a intérêt à réguler un système qui vous avantage ? Personne.

L'affaire Xenia Fedorova : quand la propagande russe contourne l'IA

Autre sujet, même combat. Xenia Fedorova, influenceuse accusée de relayer la propagande du Kremlin. Faut-il l'expulser ? Allisio est interrogé.

Sa réponse est un modèle d'ambiguïté. « Il n'y a pas de délit d'opinion », répète-t-il. « Même dire que la Russie n'a pas agressé l'Ukraine, c'est une opinion. »

Stop.

Depuis 2022, la Russie agresse l'Ukraine. L'ONU, la CPI et la quasi-totalité des États l'ont établi. Qualifier ce fait d'« opinion », c'est nier la réalité — et donner une plateforme à ceux qui la nient.

Allisio défend pourtant le principe du contradictoire. « Sur le plateau, il y avait du débat », dit-il à propos de l'intervention de Fedorova sur LCI. « C'est à l'auditeur de se faire son idée. »

Mais le problème n'est pas le débat. Le vrai problème ? La dissimulation.

On ne présente pas Fedorova comme propagandiste, mais comme experte. Les téléspectateurs ignorent qu'elle relaie la communication du Kremlin. C'est la définition même de la désinformation.

La commission d'enquête sur les ingérences étrangères – présidée par le RN Jean-Philippe Tanguy – a dénoncé un influenceur russe intervenant sur LCI. Le même schéma.

Allisio l'admet : « C'est un véritable sujet. » Pourtant, il refuse d'aller plus loin. « Chacun fait son examen de conscience lorsqu'il invite quelqu'un », dit-il.

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Moratoire sur l'immigration : une génération perdue ?

Le débat se termine sur l'immigration. Interrogé sur les propos de Jordan Bardella qui lie les émeutes post-PSG à « des jeunes issus de l'immigration », Allisio assume.

« Jordan a tout à fait raison de constater que la plupart des personnes lors de ces émeutes étaient d'origine immigrée. » Il se base sur les prénoms. « C'est factuel. »

Le problème ? La couleur de peau et les prénoms ne sont pas des indicateurs fiables de l'origine migratoire. Surtout pour des Français de deuxième ou troisième génération.

Allisio plaide pour un « moratoire de 25 ans » sur l'immigration. « Bloquer toute immigration dans le pays pendant vingt-cinq ans. » Seule exception : une « immigration du travail résiduelle ».

Le chiffre ? Édifiant : 500 000 étrangers entrent légalement chaque année en France, dont seulement 10 % de travailleurs. « Ça ressemble beaucoup à un moratoire », admet-il.

Vingt-cinq ans : une génération entière. Le temps, selon lui, de « refaire nation » et d'« assimiler ».

« Assimilation » n'est pas un mot anodin. Il évoque une vision républicaine fermée — l'identité française se mérite, se construit, s'impose. Allisio assume.

L'enquête continue.

*Article rédigé par Le Dossier. *

Sources :

  • Test France Info (réplication par deux journalistes, émission du 3 juin 2026)
  • Étude Terra Nova / Harris Interactive (publiée le 18 mai 2026, citée par Ouest-France et Le Figaro)
  • Enquête du Financial Times (comparaison algorithmes réseaux sociaux / IA)
  • Débat France Info du 3 juin 2026 avec Franck Allisio (député RN des Bouches-du-Rhône)
  • Commission d'enquête parlementaire sur les ingérences étrangères (présidée par Jean-Philippe Tanguy, RN)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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