Hhantavirus : la ministre a-t-elle vraiment retenu les leçons du Covid ?

32% de létalité. 11 personnes infectées dans le monde. Cinq rapatriées en France — une en réanimation. Le navire MV Hondus n’est pas un paquebot de croisière. C’est un cluster flottant. La ministre de la Santé se veut rassurante. « Nous sommes prêts », a-t-elle déclaré le 11 mai 2026. Mais devant les députés, les failles apparaissent. Une audition sous tension, six ans après le Covid. Les mêmes questions. Les mêmes doutes. Voilà.
Ça commence par une salle pleine
Le président de la commission ouvre la séance. Il rappelle le décret du 10 mai — mesures d’urgence contre le hhantavirus. La ministre prend la parole. Elle décrit le virus : une souche des Andes, connue depuis les années 90. Un taux de létalité de 32 % selon le New England Journal of Medicine. D’autres études sud-américaines montrent 40 à 60 % de mortalité. Mais elle relativise : « Ces patients étaient dans des zones rurales, sans accès aux soins. »
Les députés ne se contentent pas de cette réponse. Thomas Ménagé, député RN, a demandé son audition au nom de son groupe. Il veut des comptes. « Beaucoup de données exposées ne soient pas liées à une expertise scientifique », avait-il prévenu (source : leparisien.fr). La ministre insiste sur la coordination internationale : alerte de l’OMS le 3 mai, réunions interministérielles bi-quotidiennes. Elle vante la « bulle de sécurité » mise en place autour des cinq patients du bateau.
Sauf que les questions fusent. « Où sont les stocks de masques ? » demande un député. « Combien de tests PCR peut-on faire ? » La ministre répond : capacité de production nationale entre 2,6 et 3,5 milliards de masques par an. Stocks suffisants pour trois mois. Des chiffres qui rappellent ceux de 2020. Et qui inquiètent.
Le spectre du Covid — toujours là
Aurélien Rousseau, député socialiste, ancien acteur de la crise Covid, prend la parole. Mesuré mais incisif. « La manière dont vous communiquez est beaucoup mieux faite que ce que nous avons mal fait il y a six ans. » Un compliment à double tranchant. Puis il pose six remarques. La première : un décret d’exception est en vigueur. « Pourquoi ne pas prévoir un rapport régulier à la commission ? » Il cite le général Joffre, qui comparaissait chaque semaine devant le Parlement en 1914.
Le passé ressurgit. Yannick Nader, député de la droite républicaine, rappelle la chronologie du Covid : « 24 janvier 2020, la ministre dit que ça ne nous concerne pas. 7 février, 800 000 masques sortis des stocks. 29 février, Olivier Véran affirme qu’il n’est pas besoin de porter un masque. 6 mars, Emmanuel Macron va au théâtre. » La salle retient son souffle. « Comment imaginez-vous notre dialogue aujourd’hui ? » demande-t-il.
La ministre répond : « On a un cas symptomatique d’un virus qu’on connaît, isolé strictement. » Elle oppose la létalité différente, la transmission différente. Mais la question de fond reste : le système a-t-il vraiment changé ? Les députés veulent des garanties. Pas des promesses.
Stocks stratégiques : même désinvolture ?
Le transfert de la gestion des stocks de Santé publique France vers le ministère — dans le viseur. « C’est une question régalienne », justifie la ministre. Mais les députés s’inquiètent. « Cela ne va-t-il pas affaiblir l’indépendance de l’agence ? » demande Karen Héricot, députée LFI. La ministre assure qu’« aucune de ces évolutions n’a interagi avec la crise actuelle ». Elle ajoute que les réunions quotidiennes avec Santé publique France se poursuivent.
Les chiffres parlent. En 2020, les stocks de masques étaient insuffisants. Aujourd’hui, la ministre annonce trois mois de réserve. Une amélioration, certes. Mais face à un virus à 32 % de létalité, est-ce suffisant ? Les tests PCR sont centralisés à l’Institut Pasteur. Un plan d’extension aux CHU est en cours. Et les 22 personnes en isolement, testées tous les deux jours. Logistique lourde. Qui peut monter en charge si l’épidémie s’étend ?
Transparence, aussi, pose question. La ministre déclare avoir organisé une conférence de presse la veille. Elle promet des communiqués réguliers. Mais les députés notent que l’information sur les considérations économiques — impact sur le tourisme ou le fret — n’a pas été partagée. « On entend tout et son contraire », avoue-t-elle. Un aveu qui n’apaise pas les craintes.
Outre-mer : les oubliés de la préparation ?
« Les outre-mer ne sont pas oubliés », affirme la ministre. Phrase choc, reprise par Le Monde. Mais les députés ultramarins ne sont pas convaincus. Karine Lebon, députée de La Réunion, interpelle : « Nos territoires ont des frontières sanitaires actives avec plusieurs bassins régionaux. L’océan Indien, les Caraïbes, l’Amérique du Sud, le Pacifique. » Elle énumère : la Réunion connectée à Madagascar, Maurice, l’Afrique australe. La Guyane partage des frontières terrestres avec le Brésil. Mayotte est au cœur de dynamiques régionales sensibles.
« Quelle stratégie spécifique pour les outre-mer ? » demande-t-elle. La ministre répond par les réunions interministérielles bi-quotidiennes. Elle insiste sur le travail avec les ARS. Mais elle n’annonce aucun protocole particulier. Pas de contrôle renforcé aux points d’entrée. Pas de campagne d’information spécifique pour les voyageurs. « À ce jour, il n’y a pas de cas identifié », répète-t-elle.
C’est là que le bât blesse. Les outre-mer ont déjà été durement touchés par le Covid. Leur système de santé est plus fragile. Leurs connexions régionales sont intenses. Le risque d’importation est réel. La ministre promet d’anticiper tous les scénarios. Mais les députés veulent des actes. Pas des promesses.
Transparence à géométrie variable
La ministre se dit « très attachée à la transparence ». Elle cite la conférence de presse de la veille, les communiqués, les réunions avec les professionnels de santé. Mais les députés relèvent des contradictions. Le décret du 10 mai impose 42 jours d’isolement, renouvelables tous les 14 jours. L’Académie de médecine recommande six semaines. Pourquoi cette différence ? La ministre répond que le cadre légal permet l’adaptation. Mais elle n’explique pas clairement les critères.
Adrien Clouet, député LFI, pointe un autre angle mort : « Les fausses informations circulent. Certains médecins ne respectent pas la déontologie. Que faites-vous ? » La ministre annonce avoir rencontré l’ordre des médecins. Elle appelle à une responsabilité collective. Mais elle n’annonce aucune sanction. Aucune mesure concrète.
Coordination européenne, aussi, évoquée. La ministre doit rencontrer ses homologues l’après-midi même. « La France veut peser dans une stratégie de principe de précaution », dit-elle. Mais les députés remarquent que les échanges sont encore informels. Le Health Security Committee de la Commission européenne est cité. Mais aucun accord n’est en vue.
Une date. Un virement. Une question. Les députés ont posé leurs questions. La ministre a répondu. Mais les zones d’ombre persistent. Les stocks, les outre-mer, la transparence, la coordination — autant de chantiers ouverts. Six ans après le Covid, le système montre encore des failles. L’enquête continue.
Sources :
- Audition parlementaire de la ministre de la Santé – Commission des Affaires sociales, mai 2026 (transcript intégral)
- Déclaration de la ministre de la Santé, 11 mai 2026 – info.gouv.fr
- Article « Les outre-mer ne sont pas oubliés » – lemonde.fr
- Demande d’audition de Thomas Ménagé – leparisien.fr
- Étude du New England Journal of Medicine sur la létalité de la souche des Andes (32%)
- Rapport IGAS post-COVID
- Tribune de 350 scientifiques et professionnels de santé
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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