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Hakim Benotman, le roi du kebab, accusé d'escroquerie par 69 plaignants

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-30
Illustration: Hakim Benotman, le roi du kebab, accusé d'escroquerie par 69 plaignants
© YouTube

Le séminaire qui a tout fait basculer

Dix mai 2025. Dans le désert d'Agafay, à une heure de Marrakech, un événement « exclusif » se tient. Hakim Benotman lance officiellement son club d'investissement. Les participants viennent des quatre coins du monde. L'endroit est idyllique. Sur le papier, c'est une réussite.

La réalité ? Tout autre.

« C'était une catastrophe un petit peu borderline, des coupures d'électricité, Hakim qui monte sur scène et qui sait même pas qui sont les intervenants », raconte un participant. Un autre ajoute : « Il y avait un niveau sur les intervenants extrêmement faible. Il m'a dit qu'à l'événement, il y aurait Moaltrud. Il m'a dit qu'ils étaient en train de voir pour faire intervenir Zidane, c'était quasiment sûr qu'il allait venir. Au final, on a eu cinq intervenants qui sortent de nulle part. »

Les témoignages s'accumulent. Un adhérent qui a payé 25 000 euros décrit le décor : « Il y a que des cailloux, la télé, elle est à moitié bancale, le rideau, il est en train de tomber. On a mangé en repas, je crois, de la salade avec des pommes de terre. Je dis il y a rien d'exceptionnel là, j'ai payé 25 000 €. »

Pourquoi ces hommes d'affaires aguerris ont-ils déboursé de telles sommes ? La réponse tient en deux mots : Nab Kebab.

Le storytelling qui a fait rêver

Hakim Benotman s'est fait connaître dans les années 2000. Il lance sa chaîne de restaurants Nab Kebab. Premier établissement à Tours, à seulement 19 ans. Le succès est au rendez-vous. Il développe des franchises en France et à l'étranger.

« Nab Kebab avait à peu près 122 restaurants. Il y avait plusieurs filiales, plusieurs sous-filiales, holding, sous-holding. Nous étions un groupe international », affirmait-il dans les médias.

Le point culminant de son récit, c'est la vente. Entre 2014 et 2015, il aurait cédé son empire pour plus de 100 millions d'euros. « Avec ma première marque Nab, je suis monté à 120 millions de chiffre d'affaires. Ça s'est revendu à peu près le même prix », déclarait-il.

Sur ses réseaux sociaux, il affirmait aussi avoir été la 500e fortune de France à seulement 29 ans. Interrogé sur ce classement, il répondait : « L'argent, il est pas dans mon compte, il est même pas dans les comptes de la société. »

Problème : il apparaît certes dans un classement des startuppers millionnaires du média Challenge en 2013, avec une fortune estimée à 6 millions d'euros. Pas dans le classement des 500 plus grosses fortunes de France du magazine. Voilà.

Des franchisés qui déchantent

Fati est devenu franchisé Nab Kebab en 2016. Très vite, le rêve s'effondre. « L'accompagnement était nul, la formation a été inexistante. On s'est très vite rendu compte qu'il nous servait à rien et qu'on payait des royalties pour rien du tout », témoigne-t-il.

Pour devenir franchisé, Fati a dû s'acquitter de droits d'entrée et reverser 6 % de son chiffre d'affaires. Au total, 70 000 euros déboursés. « On a pris trois marques différentes et pour deux d'entre elles, on n'a pas eu les menus qu'on a dû créer nous-mêmes, ce qui est quand même le comble pour un franchisé », ajoute-t-il.

Quant à la vente à 100 millions d'euros, Fati n'en a jamais entendu parler. Il a interrogé Hakim Benotman à de nombreuses reprises. Jamais de réponse claire. « Si j'ai vendu, j'ai vendu à qui ? À alors il y avait un fond allemand mais c'était les Turcs derrière », répondait Benotman, évasif.

Aujourd'hui, aucune trace de cette vente n'a pu être trouvée. Même dans les documents mis en ligne par Hakim Benotman lui-même, dans une tentative désespérée de se justifier. « Je vais mettre même des actes de cession certifiés. Quitte à me faire retoquer par l'administration et à payer peut-être 100 millions d'euros d'impôts d'optimisation », promettait-il. Ces documents, truffés d'éléments cachés, ne prouvent rien.

L'interdiction de gérer

Pendant que Benotman raconte sa success story, la réalité judiciaire est tout autre. Il est sous le coup d'une interdiction de gérer une entreprise pendant 10 ans en France — et aussi en Belgique.

En 2021, il est candidat au rachat de Quick. En 2023, il candidate pour le rachat de Courte Paille. Les deux projets n'aboutissent pas. Dans le cas de Courte Paille, le tribunal a rejeté l'offre — précisément à cause de cette interdiction de gérer.

« Bon là avec les interdictions de gérer des entreprises dans deux pays différents et le petit mytho sur le média Challenge, vous commencez à vous douter que l'histoire, elle est peut-être pas si rose », résume le youtubeur Mousse, qui a consacré 13 vidéos d'enquête à Hakim Benotman.

La machine à viralité

Pendant quelques années, Hakim Benotman disparaît des radars. Jusqu'en 2024. Cette année-là, son visage inonde les réseaux sociaux. Au micro du youtubeur Whis ou sur son propre compte TikTok et Instagram, il raconte partout son incroyable parcours.

« Au début quand je travaillais, je dormais dans mes restaurants sur le congélateur. J'étais prêt à tous les sacrifices moi pour réussir », déclare-t-il.

Comment expliquer cette soudaine omniprésence ? La réponse est simple : il a payé pour cela. « Travailler avec une personne qui s'appelle Whis. Whis travaille avec des équipes de clippers. Des équipes de clippers, c'est quoi ? C'est des personnes qui viennent couper des passages intéressants sur des podcasts. Ils viennent poster ça de manière agressive », explique Mousse.

Des dizaines de comptes postent ces vidéos sur TikTok et autres réseaux. Les vidéos deviennent virales. Les gens voient Hakim Benotman partout. « C'est ni plus ni moins qu'un procédé de diffusion de masse », conclut l'enquêteur.

Le club d'investissement

C'est dans le sillon de cette communication qu'il lance son dernier projet : le Acquisition Business Club. Un club d'investissement fondé courant 2024. Il promet à des centaines de clients des deals exclusifs pour placer leur argent.

« C'est un club élitiste et il y a 100 personnes et pas une de plus. En gros, il faut faire vite, faut adhérer au club si on veut faire partie du club élitiste, mais quand on rentre dedans, on découvre qu'il y a 500, 600, 700 personnes », témoigne Mohamed, un adhérent qui a déboursé 5 000 euros pour s'inscrire en juillet 2025.

Le Acquisition Business Club est immatriculé au Royaume-Uni sous le nom de HK Club LLP. Pourquoi en Angleterre ? Parce que Hakim Benotman n'a pas le droit de diriger une entreprise en France.

Les tarifs d'adhésion varient de 2 000 à 25 000 euros. Parmi les membres, on trouve des hommes d'affaires aux moyens conséquents, des cadres supérieurs, mais aussi des étudiants. « Une mère de famille au RSA qui a dû contracter un emprunt après qu'on lui ait mis la pression pour s'inscrire dans le club », selon Jean-Baptiste Boissu, porte-parole du collectif Avis qui accompagne les victimes.

Des deals qui n'existent pas

Les promesses sont alléchantes. Des investissements dans des sociétés à haut potentiel. SpaceX. Mistral AI. De l'immobilier à Dubaï et à Paris. Des rendements mirobolants.

« Tous les pitch deck des deals qui étaient proposés contenaient des erreurs grossières. Aurait pu être écrit par un lycéen ou un collégien tellement le niveau était médiocre », raconte Mohamed.

Un exemple ? Un retour sur investissement promis de plus de 6 000 %. « On va pas investir sur quatre feuilles point. Non mais je suis dans Hakim, on n'est pas des débutants », s'indigne un membre.

Contactée, Mistral AI indique que « ni cette personne ni ce club ne sont associés directement ou indirectement au capital ». Equisafe, la société qui collectait les fonds pour les investissements, confirme qu'« aucun membre n'avait pu investir dans SpaceX ou Mistral ». L'entreprise assure avoir mis fin à sa collaboration avec Hakim Benotman en octobre dernier et avoir remboursé les membres qui ont investi de l'argent par leur intermédiaire.

« Mais jusqu'à aujourd'hui, il y a aucun deal, même maintenant plus d'un an après, aucun deal que les membres du club ont pu investir. Il y a vraiment rien qui a abouti », conclut Mohamed.

La méthode de vente agressive

Pour recruter, Hakim Benotman utilise un tunnel de vente et un marketing décrit comme agressif. Il organise des challenges ou des formations gratuites sur plusieurs jours. « Tu étais là hier soir sur le challenge acquisition. Tu as vu mes stratégies d'investissement et de business, mais tu n'as pas encore réservé ton appel. Qu'est-ce que tu attends ? J'ai vendu ma boîte plus de 120 millions et je suis pas là pour te supplier », lance-t-il dans une vidéo.

Ensuite, des « closeers » appellent les participants pour les convaincre d'adhérer au club. Mohamed a partagé l'enregistrement de son appel. Le closer lui assure : « Ce qui fait que le club fonctionne, c'est parce qu'il s'engage personnellement à hauteur de 50 %. Il y a zéro risque pour la personne d'investir dessus parce que sinon il n'y aurait pas été dessus. »

« Cet aspect-là m'avait beaucoup rassuré à ce moment-là, mais malheureusement, il s'est avéré que c'était des mensonges », confie Mohamed.

Le clash avec Anthony Bourbon

Fin octobre 2025, un nouveau protagoniste entre en scène. Anthony Bourbon, fondateur de la marque Feed et du club d'investissement Blast, juré de Qui veut être mon associé ? sur M6. Il s'en prend violemment à Hakim Benotman.

« Hakim Benotman. Retenez bien ce nom, c'est du mytho de compétition. On en a un par génération comme ça. C'est un Pokémon très rare. Et Notman, il y a que dans ta tête que tu es riche », lance Anthony Bourbon dans une vidéo.

Hakim Benotman réplique. « Je crois qu'il parle de moi là. Une personne que j'ai jamais critiqué qui se permet de parler de moi. Anthony Bourbon qui parle de moi dans son live. On va se pencher sur son cas. »

Le clash va s'intensifier. Et les méthodes de Hakim Benotman pour discréditer son adversaire vont être révélées.

Des méthodes extrêmes

Le youtubeur Mousse a récolté des preuves montrant que Hakim Benotman serait à l'origine de la création d'une chaîne YouTube montée dans le but de dénigrer Anthony Bourbon. « Un jour, j'ai reçu une vidéo d'une source anonyme qui m'a dit qu'il est en train de communiquer avec une personne pour créer une chaîne YouTube, faire des vidéos pour dénigrer Anthony Bourbon », raconte Mousse.

La chaîne en question : PM Production. « Il a juste racheté une chaîne, il a changé le logo, il a acheté des abonnés, tout ça », précise l'enquêteur.

Ce n'est pas la première fois que Hakim Benotman recourt à des méthodes extrêmes face aux critiques. En réaction aux enquêtes de Mousse, il a rendu public l'adresse du domicile du youtubeur, où il vit avec ses deux filles.

Plus grave encore : des vocaux WhatsApp envoyés par Hakim Benotman ont été transmis à Mousse. On y entend Benotman parler de fabriquer un faux témoignage. « J'ai une idée. Il faudrait qu'on trouve une dame un peu folle qui ressemble à cette Safa de Montpellier, une arabe un peu comme ça avec un mauvais regard et en fait elle va décrire dans un podcast toutes les escroqueries qu'elle a fait et je la diffuserai et le podcast il s'appellera comment j'ai arnaqué X million à Hakim Benotman », dit-il dans un vocal.

Des comptes Instagram créés en janvier 2026

Autre élément troublant : les commentaires positifs sur son compte Instagram. « La grande majorité des commentaires positifs viennent de comptes qui ont tous été créés en janvier 2026. La coïncidence est un peu trop grosse pour que ce soit des vrais comptes », note Mousse.

69 plaintes déposées

Depuis le mois d'avril, 69 adhérents du club Acquisition ont porté plainte pour escroquerie, tromperie et abus de confiance. Contacté, Hakim Benotman n'a plus donné suite aux sollicitations. Dans les derniers échanges, il affirmait que cette affaire est « une campagne de dénigrement orchestrée par son grand rival Anthony Bourbon ».

À l'heure où ces lignes sont écrites, Hakim Benotman est toujours actif sur les réseaux sociaux. Il semble continuer son club d'investissement. « Je suis surtout content pour les membres de mon club acquisition parce que ceux qui ont investi, ils vont pouvoir faire un rendement de 80 % à peine quelques mois », affirme-t-il.

Mais en parallèle, la situation se dégrade. En juin, son appartement au Luxembourg a été saisi pour être vendu aux enchères — vraisemblablement en raison d'un défaut de paiement.

« Ce matin, on bosse avec mes équipes sur des dossiers afin de devenir milliardaires et on est dérangé par un mail d'une journaliste du Parisien qui est encore là en train de dire "Oui, il y a 20 membres insatisfaits" », ironisait-il récemment.

Une chose est sûre : ils sont 69. Et la justice commence à s'intéresser de près au roi du kebab.

Sources : Enquête de Mousse (youtubeur), vidéos de Mikod et Whis, témoignages recueillis par le collectif Avis, article du Parisien, déclarations de Mistral AI et Equisafe.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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