Guerre en mode TikTok : Quand l'armée fait swiper à droite

Opération Furry : le grand cirque militaire
"Opération épique furry". Non, ce n'est pas le dernier blockbuster Netflix. C'est le nom de code d'une frappe américaine en Iran. Le Pentagone a-t-il embauché des scénaristes de Marvel ?
Depuis 2023, les comptes officiels de l'armée israélienne et américaine croulent sous les vidéos ultra-montées. Musique trap, effets spéciaux hollywoodiens, angles de caméra dignes de Call of Duty. La guerre n'est plus couverte - elle est produite.
Et pourtant. Le phénomène remonte à 1991. CNN transforme alors la première guerre du Golfe en spectacle télévisuel. Les bombardements deviennent des "frappes chirurgicales" (terme aussi précis qu'un missile guidé par TikTok). Les images nocturnes de Bagdad bombardé ? Un feu d'artifice géant.
Militainment : ton prochain like pourrait tuer
"Joue. Partage. Engage-toi." Le slogan d'Americas Army, ce jeu vidéo développé par... l'armée américaine. Sorti en 2002, il propose aux joueurs de vivre "l'expérience militaire". Après la partie, un pop-up propose carrément de s'enrôler.
Les soldats israéliens, eux, ont poussé le concept plus loin. Pendant l'offensive sur Gaza en 2023, ils ont filmé leurs raids maison par maison. Certains fouillaient les placards palestiniens en mode vlog. D'autres posaient avec des sous-vêtements volés. Le tout posté sur TikTok avec des filtres rigolos.
— Vous trouvez ça normal, vous ?
Macron fait des pompes avec un influenceur fitness
Scène surréaliste : Emmanuel Macron en sweat à capuche, encadré par des militaires et Thibaud Inshape (8M d'abonnés). Le président participe à un "défi sportif" organisé par l'armée.
L'astuce ? Inshape ne parle jamais politique. D'habitude, son contenu tourne autour des protéines et des exercices de pec. Mais là, le voilà qui sourit entre deux militaires souriants. Le message est clair : l'armée, c'est fun, jeune, dynamique.
Et ça marche. La vidéo a fait 12M de vues. Preuve que les vieilles méthodes de recrutement - stands ternes, brochures poussiéreuses - appartiennent au passé. Aujourd'hui, il faut du contenu. Du viral. Du swipeable.
Les 4 règles d'or de la propagande 2.0
Anne Morelli l'avait prédit : les principes de base de la propagande de guerre sont immuables. Seuls les canaux changent :
- "Nous ne voulons pas la guerre" (mais regardez nos superbes vidéos de drones)
- "L'ennemi est un monstre" (un filtre démoniaque sur son visage aide)
- "Nos soldats sont des héros" (des héros qui dansent sur Megan Thee Stallion)
- "La victoire est certaine" (comme nos stats d'engagement)
Hier, c'étaient des affiches aux couleurs vives. Aujourd'hui, des Reels bien calibrés. L'objectif reste le même : faire passer la pilule de la guerre en la trempant dans le sucre des réseaux sociaux.
Derrière les filtres, la vraie guerre
Une mise en garde pour finir. Ces vidéos stylisées masquent une réalité simple : la guerre tue. Vraiment. Pas comme dans Fortnite.
Quand un drone israélien frappe Gaza, ce ne sont pas des pixels qui disparaissent. Quand un tank américain roule dans un village syrien, ce ne sont pas des décors en carton qui s'effondrent.
La prochaine fois que vous verrez une vidéo militaire sur votre feed, posez-vous une question : qui tire vraiment profit de ce contenu ? Les algorithmes - ou les marchands d'armes ?
Sources
- CNN
- Rogestal
- Anne Morelli
Par la rédaction de Le Dossier


