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Groix : 80% des abeilles noires décimées — le député Girard accuse l’État

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-12
Illustration: Groix : 80% des abeilles noires décimées — le député Girard accuse l’État
© YouTube

Le massacre silencieux de l’abeille noire

Elles étaient des centaines de milliers. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une fraction. L’abeille noire de Groix — Apis mellifera mellifera — est une espèce endémique. Ses gènes sont rares. « C’est une espèce qui n’a pas été bridée comme celle du continent », explique un membre de l’association de sauvegarde. « Il y a besoin d’une diversité génétique pour que les abeilles s’adaptent aux variations du climat. »

Le frelon asiatique, lui, ne fait pas dans la nuance. Apparu en France en 2004, il a atteint Groix en 2014. Dix ans plus tard, le bilan est apocalyptique : 80 % des abeilles noires ont été prédatées. Un chiffre confirmé par les apiculteurs locaux et par les relevés de l’association.

Ce n’est pas un accident local. En Europe, près de 30 % des espèces d’abeilles sont menacées (source : Wikipedia). Sur 1 928 espèces évaluées, 9,2 % sont en danger critique, en danger ou vulnérables (source : actualites-news-environnement.com). L’État lui-même estime que le frelon asiatique tue chaque année 20 % des abeilles domestiques (source : Sud Ouest, 2025). En 2025, Ouest-France rapportait que 80 % des colonies avaient été décimées dans certaines régions.

Mais Groix est un cas à part. « On est arrivé à 80, 110 nids secondaires », témoigne un apiculteur. « Là, ça a été une catastrophe pour nos abeilles. Et a priori, il n’y a pas d’études sur ce sujet. On aimerait bien comprendre pourquoi à Groix on est beaucoup plus impacté qu’ailleurs. »

Pourquoi ? Personne ne le sait. Pas d’étude, pas de réponse. Les scientifiques interrogés haussent les épaules. Les élus locaux crient leur impuissance.


Charles Henri, l’apiculteur qui tue 200 frelons par jour

Charles Henri est apiculteur de père en fils. « Moi, tout gamin, j’étais plongé là-dedans. On passait des dimanches entiers assis dans l’herbe devant les ruches, à les observer. Et quand on est piqué par les abeilles, ben on tombe amoureux. » Il a eu jusqu’à trente ruches. Aujourd’hui, il lui en reste « moins ».

Beaucoup moins.

« Je l’ai tué à la raquette. Par jour, j’arrivais à tuer 200 frelons, voir plus. Je passais des journées entières à essayer de les tuer. » Deux cents. Chaque jour. Imaginez : un homme seul, face à un essaim de prédateurs, armé d’une raquette. C’est la guerre. Une guerre que l’État ne mène pas.

Le frelon asiatique, reconnaissable à ses pattes jaunes, construit un nid primaire au printemps. « Il se forme juste après l’hiver. Au bout d’environ six semaines, il va se transformer en dix nids secondaires. » Chaque nid primaire contient entre 300 et 500 fondatrices. Chaque fondatrice peut construire un nouveau nid. Le calcul est implacable.

« On doit les détruire dans cette phase-là, surtout avec la fondatrice à l’intérieur. Parce que si on détruit sans tuer la fondatrice, elle va reconstruire un nouveau nid. » Un jeu de massacre permanent. Les apiculteurs sont en première ligne. Sans filet.


1 500 pièges pour sauver l’île — un coût dérisoire, un enjeu vital

Depuis deux ans, l’association de sauvegarde et la mairie distribuent des pièges aux habitants. La méthode est simple : du sirop, de la bière, du vin blanc — pour attirer les frelons sans tuer les abeilles. « Waouh ! Trop de frelons. Ça va, c’est pas encore énorme. » Un piège, une fondatrice capturée. « Bon bah, ça fera déjà plusieurs nids en moins. »

Les chiffres donnent le vertige. La commune a acheté 300 pièges l’an passé, 500 cette année. En comptant ceux fabriqués par les habitants, l’île compte aujourd’hui entre 1 200 et 1 500 pièges. Soit environ un piège par hectare — l’île fait 1 475 hectares. « Les spécialistes disent qu’il faut un piège par hectare. Donc ça devrait le faire. »

Le coût ? Cinq euros par piège. La destruction d’un nid secondaire par un professionnel coûte 85 euros. Une misère comparée aux dégâts. « Déjà, on voudrait pas perdre nos abeilles noires, qui sont emblématiques. Et ensuite, il y a un souci au niveau de la pollinisation. Pas d’abeilles, moins de pollinisation. Ce serait un problème pour toute l’île. »

Mais 85 euros, c’est trop pour certains habitants. Et 90 % des nids de frelons asiatiques ne sont pas déclarés en France (source : Passion Aquitaine, Ouest-France). Pourquoi ? Manque d’information, manque de moyens, manque de volonté politique. L’association se démène, mais elle ne peut pas tout.


Le mystère de Groix : pourquoi l’île est-elle une cible privilégiée ?

Les apiculteurs le répètent : à Groix, le frelon asiatique prolifère plus qu’ailleurs. « On aimerait bien comprendre pourquoi. Il n’y a pas d’études en cours. » Le microclimat ? La végétation ? La densité des ruches ? Aucune réponse officielle.

Pendant ce temps, l’abeille noire se meurt. Et l’État ? Rien. Pas de plan d’action. Pas de subventions ciblées. Les seules aides viennent de la Fondation du patrimoine, qui a versé 130 000 euros en 2021 pour restaurer le sémaphore du Grognon et y installer un conservatoire de l’abeille noire (source : Wikipedia). Un geste louable, mais insuffisant face à l’urgence.

Le contraste est saisissant : d’un côté, des fonds pour un bâtiment ; de l’autre, aucune enveloppe pour la lutte contre le frelon. Les pièges sont achetés par la commune. Les destructions de nids, à 85 euros pièce, sont à la charge des particuliers. Où est la solidarité nationale ?


Damien Girard : « Il faut un vrai plan d’action national »

Le député du Morbihan, Damien Girard, a pris la mesure du désastre. Le 18 mai, il se rendra à Groix pour rencontrer l’association, le maire et les apiculteurs. Son objectif : porter une proposition législative.

« Tout ça pousse à ce qu’on ait un vrai plan d’action national pour avoir un cadre législatif et surtout agir pour préserver cette abeille noire. On en a besoin. » Pas de langue de bois. Pas de promesses floues. Une date, une rencontre, une promesse.

Mais le député ne peut pas tout, seul. Il aura besoin du gouvernement. De moyens. D’une volonté politique qui, jusqu’ici, fait défaut. Le frelon asiatique tue 20 % des abeilles domestiques chaque année (source : Sud Ouest). 80 % des colonies ont été décimées en 2025 (source : Ouest-France). L’abeille noire de Groix est un symbole, mais le problème est national.

« À Groix, on sait que ce sera très difficile d’éradiquer complètement le frelon asiatique. Mais revenir à une cinquantaine de nids chaque année serait déjà une première victoire. » Une cinquantaine, contre 80 à 110 aujourd’hui. L’objectif est modeste. Il est vital.


Le spectre de l’île d’Yeu : quand l’abeille noire disparaît

L’île d’Yeu, en Vendée, a connu le même scénario. L’abeille noire y a complètement disparu. « On ne veut pas connaître le même sort », répètent les apiculteurs de Groix. Mais le temps presse.

Si rien n’est fait, l’abeille noire de Groix suivra le même chemin. Une espèce endémique, unique, rayée de la carte en quelques années. Pourquoi ? Parce que l’État n’a pas agi à temps. Parce que les budgets manquent. Parce que le frelon asiatique est devenu un fléau que personne ne contrôle vraiment.

La question n’est plus de savoir si Groix peut sauver son abeille noire. La question est : combien d’autres îles, combien d’autres territoires, combien d’autres espèces sacrifiera-t-on avant d’agir ?


Sources

  • Transcript de l’enquête vidéo (YouTube, Lxq0YYn4XaM)
  • Wikipedia : « Conservatoire de l’abeille noire de Groix », Fondation du patrimoine 130 000 €
  • Ouest-France, 2025 : « 80 % des colonies décimées par le frelon asiatique »
  • Sud Ouest, 2025 : « Le frelon asiatique responsable de la mort de 20 % des abeilles domestiques »
  • Passion Aquitaine (Ouest-France) : « 90 % des nids de frelons asiatiques ne sont pas déclarés »
  • actualites-news-environnement.com : « 9,2 % des espèces d’abeilles menacées d’extinction en Europe »

📰Source :youtube.com

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