Grau-du-Roi : l'été de tous les excès — vols, violences, stupéfiants, le quotidien des gendarmes

Une station balnéaire sous haute tension
Le Grau-du-Roi, dans le Gard, passe de 9 000 à 120 000 habitants l'été. L'une des stations les plus prisées de Méditerranée. Mais les gendarmes lui connaissent un visage sombre. Cinquante-cinq hommes cadrillent le secteur jour et nuit. Sur terre comme sur mer. Le lieutenant Laurent, 47 ans, dirige les opérations. « L'été n'attire pas que les touristes sur les plages. Délinquants les suivent de près », explique-t-il.
Première alerte : une femme se fait voler son sac sur une plage bondée. Un cas typique de vol à la serviette — la victime a rattrapé le voleur, un adolescent bosniaque de 14 ans. Elle récupère son sac, pas ses clés ni son téléphone. « J'ai dit "Tu me ramènes mes clés et mon portable. J'ai appelé les gendarmes, ils vont venir." » Le voleur prend la fuite. Sa famille — mère et plusieurs frères — reste sur place. La mère ne parle ni français ni anglais. Laurent cherche le signalement. « Il est habillé comment ? » Une patrouille repère une silhouette. Serviette autour du cou. C'est lui.
L'adolescent nie. « Où sont les clés et le téléphone ? — Je sais pas. » Laurent le prévient : « 14 ans, ça va pas excuser. Vous allez vous retrouver placé en foyer. » Le jeune garçon finit par indiquer une cachette : sous un conteneur à ordures, à 50 mètres de la plage. Le téléphone et une pochette de tabac sont retrouvés. Les clés ? Au fond de la benne. Laurent oblige le voleur à les récupérer lui-même. « Pêche à la ligne au milieu des ordures », ironise un gendarme. La victime décide de ne pas porter plainte. Le lieutenant demande à la famille de quitter la plage. « Allez les enfants à la douche. » Petite victoire. Mais Laurent le sait : d'autres vols suivront.
Jet-ski sans permis : 3 750 € d'amende
L'eau n'est pas épargnée non plus. Le Grau-du-Roi possède l'un des plus grands ports de plaisance d'Europe : 5 000 bateaux à l'année. La brigade nautique, cinq hommes spécialisés, traque les plaisanciers inconscients. David, 49 ans, intercepte un jet-ski qui navigue dans la zone de baignade. « Stop. Ça veut dire stop. » Le conducteur n'a pas de permis. La photo a été arrachée du livret. « Pour moi, vous avez pas votre permis, c'est pas votre document. » L'ami du conducteur refuse de confirmer son identité. Finalement, il sort de sa poche la photo manquante. C'est la sienne. Le conducteur n'a jamais eu de permis. Sanction : 1 500 € pour conduite sans permis, plus 3 750 € pour navigation en zone interdite. « Le problème avec les jet-skis, ça arrive souvent », commente David. « Du mois de juin jusqu'au mois de septembre. »
Narco, le chien qui flaire la drogue à 100 mètres
Sur les plages, un autre fléau : les stupéfiants. Jérôme, 43 ans, maître-chien, est venu en renfort. Son arme secrète : Narco, un chien stupélaire capable de repérer la drogue jusqu'à 100 mètres.
Démonstration. Narco s'arrête devant une jeune femme qui fume un joint. « Vous l'écrasez ? On va pas commencer à le garder. » Rappel à l'ordre. Puis le chien flaire un groupe de jeunes. « Allez, tout ce que vous avez, vous le sortez. » Dans plusieurs sacs, les découvertes s'enchaînent : herbe de cannabis, résine. « On a de l'herbe de cannabis et ici de la résine. On pourrait y venir tous les jours, on en trouverait pratiquement autant. » Les gendarmes détruisent la drogue devant les consommateurs.
Violences conjugales : 25 hématomes, un récidiviste
Autre fléau : les violences conjugales explosent cet été. Guillaume, jeune gendarme de 25 ans, reçoit une femme en état de choc. Elle accuse son compagnon de l'avoir rouée de coups. Les photos montrent 25 hématomes et plaies. Le rapport du médecin légiste de Nîmes établit 5 jours d'ITT. « Là, c'était très très violent cette nuit. Vraiment, j'ai eu peur », confie la victime. Les gendarmes se rendent à son domicile. Traces de lutte : impact au mur, radiateur arraché, toilettes cassées. Sang dans la voiture.
Le compagnon est interpellé le lendemain matin. Son casier judiciaire révèle deux condamnations antérieures pour violences. Il nie les faits, puis confronté aux photos, il reconnaît certains coups mais minimise. Le parquet décide de le remettre en liberté en attendant son procès. En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon.
Mineur armé, drogué, et un obus sur la plage
Un mineur de 17 ans est interpellé en soirée. Il porte un pistolet à plomb, un couteau, et de la cocaïne dans sa casquette. Sous l'emprise d'alcool. « Pourquoi vous êtes armé ? — Parce que j'ai des problèmes avec des types qui veulent me tuer. » Il accuse les gendarmes d'avoir fabriqué la preuve. Les sachets d'herbe et de cocaïne sont saisis. Le parquet devra décider des suites.
Un obus de la Seconde Guerre mondiale est découvert actif sur la plage.
Contrôle routier : le vacancier qui fait des pompes
Sur les routes, les gendarmes multiplient les contrôles. Nicolas, adjudant, installe un barrage. Un véhicule dégage une forte odeur de cannabis. Le conducteur, un jeune saisonnier, nie et invoque une consommation passive. Le test salivaire est positif au cannabis. Puis l'éthylomètre affiche 0,25 mg/L d'alcool dans l'air expiré, au-dessus de la limite. Le jeune homme tente des pompes pour faire baisser son taux. « Vous pouvez faire des pompes si vous voulez, ça changera pas grand-chose. » Sanction : perte de 6 points (permis annulé), amende de 90 € pour l'alcool, jusqu'à 4 500 € pour stupéfiants. Risque de poursuites : jusqu'à 9 000 € et 3 ans de prison.
L'été sans répit
Les gendarmes enchaînent. Vols, stupéfiants, violences conjugales, infractions nautiques, délinquance juvénile, contrôles routiers. Sans oublier l'obus de la Seconde Guerre mondiale. Chaque été, la station devient un concentré de tous les dangers. Les 55 gendarmes tiennent la ligne. Mais la pression ne faiblit pas. « On pourrait venir tous les jours, on en trouverait pratiquement autant », résume Jérôme à propos de la drogue.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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