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SociétéÉpisode 3/6

Grande distribution : le système opaque qui appauvrit agriculteurs et consommateurs

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-16
Illustration: Grande distribution : le système opaque qui appauvrit agriculteurs et consommateurs
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Opacité généralisée

71 %. Un chiffre qui résume tout. C’est le taux d’utilisation de l’option 3 dans les négociations commerciales, un mécanisme opaque permettant aux industriels de masquer les coûts réels. Chez les multinationales, ce taux grimpe à 93 %.

« Cette option ne génère pas la confiance. Elle est insuffisamment transparente », déplore Dominique Schelcher. Et pourtant, elle reste majoritaire. Les géants de l’agroalimentaire s’en servent pour dissimuler leurs marges et échapper à tout contrôle.

Les agriculteurs, eux, subissent de plein fouet cette opacité. Leurs revenus stagnent, parfois reculent, alors que les coûts de production explosent. Le maïs, le blé, l’orge — jugés trop chers sur le marché européen — sont souvent délaissés au profit de produits importés moins chers, mais aussi moins qualitatifs.

Coopérative U fait figure d’exception avec ses contrats tripartites, couvrant 125 filières pour des durées allant jusqu’à 5 ans. Une goutte d’eau dans un océan de négociations annuelles inefficaces et déséquilibrées.

Le consommateur, victime collatérale

L’inflation alimentaire, officiellement modérée à 1,7 %, cache des disparités criantes. Les viandes de volaille et de bœuf ont vu leurs prix augmenter de manière significative. Les conserves de poisson ont subi des hausses brutales.

Coopérative U tente de jouer un rôle de digue anti-inflation. L’enseigne propose 150 produits à prix coûtant, dont quatre fruits et légumes chaque semaine. Une initiative louable, mais insuffisante face à l’ampleur du problème.

« Sans notre action, le ticket de caisse des Français aurait augmenté de près de 5 % », reconnaît Dominique Schelcher. Mais cette modération des prix a un coût : elle se fait souvent au détriment des producteurs locaux, contraints de réduire leurs marges pour rester compétitifs.

La pêche artisanale sacrifiée

85 % du poisson vendu en grande distribution est importé. Saumon, cabillaud, crevettes — les produits de la pêche artisanale française sont marginalisés.

« Comment comptez-vous donner une visibilité économique aux pêcheurs artisanaux français ? », interpelle Thierry Benoît, député de Vendée. La réponse de Schelcher est nuancée. Coopérative U privilégie les référentiels de pêche durable et travaille avec des mareyeurs locaux. Mais les contraintes réglementaires et les quotas rendent difficile une contractualisation à long terme.

Le littoral français est en crise. Les petits ports de pêche se vident. Les jeunes générations se détournent de cette activité exigeante et peu rémunératrice. La grande distribution, en privilégiant les produits importés, participe à cette spirale infernale.

Les centrales d’achat européennes : une menace pour la France ?

Coopérative U a lancé Concordis, une centrale d’achat européenne basée à Bruxelles, en partenariat avec Carrefour et RTE. Dominique Schelcher assure que Concordis ne vise pas à contourner les lois françaises ni à pratiquer l’optimisation fiscale. Pourtant, le choix de s’implanter en Belgique plutôt qu’en France interroge.

Ces centrales renforcent le pouvoir des géants de l’agroalimentaire au détriment des producteurs locaux. Elles permettent de négocier des prix toujours plus bas, mais aussi de standardiser les produits, au détriment de la diversité et de la qualité.

Un secteur en pleine mutation

La grande distribution française traverse une période de recomposition profonde. Les enseignes historiques, comme Casino, disparaissent. Les hypermarchés perdent du terrain face aux nouveaux modes de consommation.

« Nous sommes concurrencés de toute part. Action, Picnic — ces nouveaux entrants viennent révolutionner le secteur. Si nous n’avons pas les moyens de réagir, nous serons en grande difficulté », prévient Dominique Schelcher.

Les indépendants, comme Coopérative U, résistent mieux que les géants du secteur. Mais leur modèle est lui aussi menacé. La décommercialisation, c’est-à-dire la réduction des surfaces de vente, est une tendance lourde qui fragilise l’ensemble du secteur.

Une réforme urgente

Dominique Schelcher propose des mesures claires : suppression de l’option 3, publication des prix par filière avant le début des négociations, obligation de transparence sur l’origine des matières premières.

Ces mesures sont urgentes. Elles permettraient de rétablir un équilibre entre producteurs, distributeurs et consommateurs. Mais elles se heurtent à la résistance des géants de l’agroalimentaire, qui ont tout intérêt à maintenir le statu quo.

La grande distribution française est à un tournant. Elle doit choisir entre perpétuer un système opaque et inéquitable ou s’engager dans une réforme profonde qui garantisse des prix justes pour tous.

L’enquête continue.

📰Source :youtube.com

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