Ginette Colinka dévoile l'horreur d'Auschwitz et son combat contre la haine

"Je ne sais plus pleurer" : l'anéantissement des émotions
19 ans. C'est l'âge de Ginette Kolinka quand elle franchit les portes d'Auschwitz-Birkenau. Déportée en 1942 avec son père, son frère et son neveu. Seule survivante.
"On perd les sentiments très vite." Sa voix est calme. Trop calme. "J'ai appris que mon père et mon frère étaient partis en fumée. Je ne me suis pas trouvé mal. Je n'ai même pas pleuré."
Pause.
"Je n'ai plus jamais pleuré du reste de ma vie."
Le constat glace. Ginette Kolinka décrit avec une précision chirurgicale le processus de déshumanisation. Les nazis ne voulaient pas seulement tuer. Ils voulaient détruire. Méthodiquement.
"Je suis devenue un robot." Elle se souvient d'une vitrine parisienne après-guerre. "Un disque mécanique qui allait à droite, à gauche. J'étais comme lui. Tu fais A, puis B. Sans savoir pourquoi."
Voilà où ça se complique. La mémoire intacte. Les émotions, volatilisées. Seule exception : ses 100 ans. "Presque une larme" quand sa famille l'a surprise. Presque.
La nudité comme arme absolue
"Là, j'ai commencé à souffrir." Ginette Kolinka revit la scène. Les femmes alignées. Les ordres aboyés. "Déshabillez-vous."
Première humiliation.
"Je me cachais les seins. Le sexe. J'osais regarder personne." Les mots tombent, secs. "Leur premier but était de nous tuer. Ceux qui ne mouraient pas, ils voulaient les humilier."
Les archives le confirment. Une stratégie documentée. Briser les corps. Et les âmes.
Et pourtant. Dans cet enfer, des lueurs. Ginette Kolinka raconte Simone Veil. Leur rencontre dans le camp de quarantaine. Une gardienne subjuguée par la beauté de la future ministre.
"Toi, tu ne vas pas rester ici."
Simone Veil ose répondre. "Je veux ma mère et ma sœur." Un coup de poker. La gardienne cède. "Elle leur a sauvé la vie", lâche Ginette Kolinka. (oui, vous avez bien lu)
L'antisémitisme aujourd'hui : "Ils tapent sur les juifs comme d'autres sur des distributeurs"
Janvier 2024. Une école juive vandalisée dans le 20e arrondissement de Paris. Ginette Kolinka montre la photo sans trembler.
"Des gamins qui répètent ce qu'ils entendent." Son diagnostic est sans appel. "Les juifs sont une minorité. Alors on tape dessus. Comme d'autres cassent des distributeurs."
Elle va dans les écoles. Témoigne. Mais refuse les mises en scène. "Je veux parler à des classes non préparées. Arriver et dire : 'Je suis juive. Qui ici est contre moi ?'"
Personne ne l'a encore fait.
Le silence familial : une protection ?
Richard Kolinka. Batteur de Téléphone. Fier. "Il s'est fait tout seul." Mais un sujet tabou : Auschwitz. "Je ne leur en parle jamais. Ils ont entendu des bribes. Ça suffit."
Pourquoi ?
"Vous raconteriez chaque jour votre pire cauchemar ?" La question reste en suspens. Son fils l'a vue jouer. Une fois. "Mon mari criait : 'C'est mon fils !' Moi, je restais dans mon coin."
Sagesse contre haine
Quatre statues l'entourent au Sénat. Sagesse. Prudence. Justice. Éloquence. Ginette Kolinka choisit sans hésiter.
"La sagesse. Ne pas s'embarquer dans ce qu'on ne peut changer."
Puis l'éloquence. Son arme. À 101 ans, elle parle encore. Pour ceux qui ne peuvent plus.
"Je n'oublierai jamais. Mais je veux que personne n'oublie."
Message reçu.
Par la rédaction de Le Dossier


