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La France refuse les réparations pour l'esclavage — l'ONU dénonce, Paris esquive

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-26
Illustration: La France refuse les réparations pour l'esclavage — l'ONU dénonce, Paris esquive
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123 voix pour. 3 contre. 52 abstentions. Derrière ces chiffres, un camouflet diplomatique. La France a refusé de voter une résolution historique de l'ONU qualifiant l'esclavage de crime contre l'humanité. Motif ? Le spectre des réparations financières.

"Nous avons choisi la mémoire plutôt que le silence"

Le ministre ghanéen des Affaires étrangères ne mâche pas ses mots. "Cette résolution ne vise pas à désigner qui il faut blâmer. Elle vise à s'assurer que ces blessures ne soient pas oubliées." Son discours, prononcé devant l'Assemblée générale de l'ONU ce 26 mars 2026, résonne comme un coup de tonnerre.

Retenez ce détail. Le Ghana — ancienne "Côte de l'Or" d'où partirent des milliers d'esclaves — porte ce texte. Soutenu par l'Union africaine. Une première.

Les chiffres parlent. 123 pays votent pour. Seuls les États-Unis, Israël et l'Argentine s'y opposent. La position américaine est sans équivoque : "Hautement problématique". Washington rejette toute "base légale" pour des réparations.

Et la France ? Elle s'abstient. Comme 51 autres pays. Une abstention qui pèse lourd. Très lourd.

Dix points qui font trembler l'Europe

La CARICOM ne plaisante pas. Depuis 2016, son plan de réparation en 10 points martèle des exigences concrètes : excuses officielles, annulation de dette, investissements massifs dans la santé et l'éducation.

"Ce n'est pas une question symbolique. C'est une revendication juridique." Le président ghanéen Mahama insiste. Les archives coloniales regorgent de preuves — factures, contrats, listes de navires. La traite négrière fut une entreprise bureaucratique. Méticuleusement documentée.

Pourquoi la France refuse-t-elle ? La réponse tient en un mot : Taubira. La loi de 2001 reconnaît l'esclavage comme crime contre l'humanité. Mais son article 5 bloque explicitement toute réparation financière.

L'ambassadeur Bonafont le répète comme un mantra : "Mémoriel, oui. Financier, non." Une ligne rouge que Paris ne franchira pas.

New York, 26 mars 2026 : le silence qui déchire

La scène restera. Esther Philips, poétesse barbadienne, lit son texte devant l'Assemblée générale. Sa voix tremble. "Une petite fille marche sur une ancienne plantation." Les silences qui suivent en disent plus que les mots.

Dans la salle, les diplomates retiennent leur souffle. Puis viennent les applaudissements. Et le vote.

123 mains se lèvent. L'Afrique. L'Amérique latine. L'Asie. Face à eux, le trio improbable : États-Unis, Israël, Argentine.

L'Europe ? Elle regarde ailleurs. France, Royaume-Uni, Allemagne — tous abstentionnistes. Un choix politique. Un calcul froid.

La loi Taubira, bouclier juridique de la France

  1. Christiane Taubira fait adopter sa loi historique. Pour la première fois, la France reconnaît la traite comme crime contre l'humanité. Mais l'article 5 verrouille tout : "Aucune poursuite judiciaire ne peut être engagée."

Vingt-cinq ans plus tard, l'ONU veut briser ce verrou. Trop loin pour Paris. "Position constante", explique Bonafont. Traduction : pas un centime.

Les associations fulminent. "Hypocrisie !", tonne Karfa Diallo de Mémoires et Partages. "On commémore, mais on ne répare pas."

Les chiffres donnent le vertige. Entre 1625 et 1848, la France a déporté 1,3 million d'Africains. Bordeaux, Nantes, La Rochelle — ces villes doivent leur fortune au sang des esclaves.

Où est l'argent ? Dans les musées. Les plaques. Jamais dans les mains des descendants.

Washington dit non : le précédent qui affole

Les États-Unis ont une dette. 246 ans d'esclavage. 4 millions d'Africains déportés. Pourtant, ils votent contre.

Pourquoi ? Regardez la Californie. En 2023, l'État lance un programme de réparations. Montant estimé : 800 milliards. Une facture que Washington refuse de payer.

"Hiérarchiser les crimes contre l'humanité" — l'argument sonne creux. Surtout venant d'un pays qui a versé 1,9 milliard aux survivants de la Shoah en 2023.

Double standard ? Le mot est faible.

Les trois raisons de l'abstention française

La position française tient à trois choses :

  1. La peur des procès — ouvrir la boîte de Pandore
  2. Les lobbys économiques — banques et assurances héritières de la traite
  3. Le récit national — impossible à réécrire

En 2019, Macron parle de "réparations morales". Financières ? Jamais. Le Crédit Mutuel — héritier direct des banques négrières — peut dormir tranquille.

Ironie de l'histoire. En 1825, la France exige 150 millions de francs-or à Haïti pour "dédommager" les colons. Aujourd'hui, Port-au-Prince réclame 28 milliards.

Celui qui exigeait hier refuse aujourd'hui. Voilà.

Réparations : la bombe à retardement ?

Le vote de l'ONU change tout. Pour la première fois, une majorité de pays soutient le principe.

La CARICOM ne lâchera pas. Son plan avance. Lentement. Mais sûrement.

En France, le débat est étouffé. Pourtant, les preuves existent. Les descendants réclament justice.

L'enquête continue.

Sources

  • Résolution de l'Assemblée générale de l'ONU, 26/03/2026
  • Déclaration du ministre ghanéen des Affaires étrangères
  • Allocution de l'ambassadeur Jérôme Bonafont
  • Plan de réparation de la CARICOM (2016)
  • Archives nationales sur la traite négrière française

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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