EXCLUSIF : Le réarmement secret de la France face à la guerre au Proche-Orient

8,5 milliards d’euros. Voilà ce que la France va consacrer aux munitions entre 2026 et 2030. Une réponse sans précédent à une guerre qui s’étend. Mais ce n’est pas tout.
Une guerre qui change la donne
"Ce n’est pas une crise lointaine. Ce n’est pas une crise de plus. C’est une guerre qui s’étend." Ces mots, prononcés par Sébastien Lecornu devant l’Assemblée nationale, ont marqué un tournant. Le ton est grave, les mots, tranchants.
Le Proche et le Moyen-Orient sont aujourd’hui le théâtre d’un conflit qui menace de s’élargir. Les infrastructures civiles sont ciblées. Les routes maritimes, sous pression. Le détroit d’Hormuz — passage clé pour le pétrole mondial — est en première ligne.
La France est directement impliquée. Avec plus de 5000 soldats déployés dans la région, elle joue un rôle majeur. Au Sud-Liban, 700 militaires français participent à la mission de la Finule. En Irak, en Jordanie, au Qatar, les forces françaises sont également présentes.
Mais cette présence a un coût. Et la France est prête à le payer.
Le budget des armées explose
Entre 2017 et 2027, le budget des armées françaises aura doublé. Une augmentation colossale, prévue dans la loi de programmation militaire (LPM) adoptée il y a trois ans. Mais aujourd’hui, cette LPM doit être revue. Urgemment.
"Nous ne pouvons pas attendre. L’urgence, ce sont les munitions." Sébastien Lecornu annonce un investissement supplémentaire de 8,5 milliards d’euros pour les munitions entre 2026 et 2030. Une somme qui s’ajoute aux 16 milliards déjà prévus.
Pourquoi ? Parce que les conflits de moyenne et haute intensité nécessitent des munitions en masse. Et la France n’est pas prête.
"Au total, c’est comme si le budget annuel des armées au début des années 2000 avait été exclusivement consacré à l’achat de seules munitions." Oui, vous avez bien lu.
Une usine de drones intercepteurs en Essonne
Dans quelques semaines, une nouvelle usine ouvrira ses portes dans l’Essonne. Objectif : produire des milliers de drones intercepteurs chaque mois.
Un projet essentiel, face à une réalité simple : "Quand un drone à quelques milliers d’euros mobilise un missile à plusieurs millions, c’est toute notre conception de l’armement qu’il faut repenser."
La lutte anti-drone est devenue une priorité absolue. Les drones téléopérés, les munitions de précision, les systèmes de défense sol-air — autant de technologies sur lesquelles la France mise désormais massivement.
"Quantité et qualité, coût et efficacité, innovation et rapidité." Les mots de Lecornu résument la stratégie.
France Munition : un grossiste militaire inédit
Pour répondre aux besoins des armées françaises — et de ses alliés —, la France va créer une plateforme inédite : France Munition.
Cette plateforme agira comme un grossiste de munitions, massifiant les commandes auprès des industriels et accélérant la production.
"Le financement devra être assuré à la fois par l’État mais aussi par de l’argent privé, des investisseurs privés." Une première.
Plan industriel dual : 300 millions d’euros
Le gouvernement annonce également un plan industriel dual de 300 millions d’euros. Objectif : relocaliser des chaînes de production de composants critiques et moderniser l’industrie civile pour qu’elle puisse contribuer à l’effort de défense.
"Les industriels prennent des risques pour la défense du pays, donc l’État doit les aider davantage."
Une dépendance énergétique qui coûte cher
La guerre au Proche-Orient a un autre impact : le prix de l’énergie.
"Le premier effet de cette guerre, pour les Françaises et les Français, c’est le prix de l’énergie." Mais Sébastien Lecornu insiste : il n’y a pas de risque de pénurie en France.
Nos stocks pétroliers sont mobilisables. Notre système tient. Mais la dépendance aux énergies fossiles reste un problème majeur.
La réponse ? Un plan d’électrification des usages pour réduire cette dépendance. Dans le logement, la mobilité, l’industrie.
"Chaque Français peut s’en rendre compte à la pompe. Produire davantage chez nous, électrifier nos usages, réduire nos dépendances."
La France n’est pas partie prenante au conflit
Malgré son engagement militaire et énergétique, la France refuse d’être entraînée dans une guerre qu’elle n’a pas choisie.
"La France n’est pas partie au conflit. Elle ne participera pas à des opérations de guerre pour ouvrir le détroit d’Hormuz par la force."
En revanche, elle est prête à prendre ses responsabilités pour sécuriser les routes maritimes dans le cadre du droit international et avec ses partenaires.
Une guerre qui change tout
"Le monde que nous avons connu avant 2022 a vécu." Les mots de Sébastien Lecornu résonnent comme un avertissement.
Les crises contemporaines sont rapides, hybrides, imprévisibles. Elles mêlent le militaire, l’économique, le cyber, l’informationnel, l’énergie.
Face à cela, la France doit s’adapter. Et vite.
"Nous ne décidons jamais seulement pour aujourd’hui. Nous décidons pour les crises de demain."
À suivre.
Par la rédaction de Le Dossier
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