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Normandie : un filet biodégradable testé pour les moules — mais la preuve attendra 2027

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-17
Illustration: Normandie : un filet biodégradable testé pour les moules — mais la preuve attendra 2027
© YouTube

Un plastique qui n'en est pas un

Ressemble à du plastique. Mais ce n'en est pas. Les petites billes blanches qui sortent de ce laboratoire normand sont biosourcées — de l'amidon de maïs, tout simplement. « On va partir d'amidon de maïs qu'on va venir faire fermenter », explique un technicien dans la vidéo. La fermentation crée des chaînes de molécules, récupérées pour fabriquer la matière première. On y ajoute un liquide plastifiant et une poudre qui renforce la résistance.

Résultat : un bioplastique. L'entreprise normande assure qu'il ne rejette pas de microplastique dans l'environnement. « Il n'est pas dangereux dans la mer puisque en fait, il va venir donc se dégrader en molécules qui sont ingérables par les poissons notamment et qui va aussi donc se dégrader et se transformer donc en carbone, en oxygène dans la mer », détaille la voix off.

Des promesses. Vraiment ? Reste à les vérifier.

Les billes filent ensuite vers une île — probablement la filature Filo — où on les transforme en fil. Puis elles reviennent sous forme de bobine à Montville, en Seine-Maritime. C'est là que le filet est tricoté. « C'est pas le tout d'avoir un bon mélange de granulé, c'est derrière il faut qu'on ait un fil qui soit tricotable et tricotable sans défaut et qu'on puisse tricoter à une vitesse optimum pour pouvoir être compétitif sur le marché », explique un responsable.

La compétitivité, justement. Voilà. Ça se corse.

Années 2000, premières demandes

L'entreprise Filo reçoit des demandes de filets biodégradables depuis le début des années 2000. À l'époque, ni les financements ni les compétences techniques n'étaient au rendez-vous. Aujourd'hui, le produit existe. Plusieurs variantes ont été testées. Celle mise en mer en octobre 2024 est la version retenue.

Le filet est utilisé par un mytiliculteur à Bricqueville-sur-Mer. Vincent — c'est son prénom — le teste depuis quelques mois. « Pour l'instant le filet tient toutes ses promesses en terme de résistance et en terme aussi de biodégradabilité », témoigne-t-il. Prudence, toutefois : « À voir dans les mois à venir si sa tenue reste la même qu'un filet traditionnel jusqu'à la récolte des moules. »

Un satisfecit provisoire. Les questions restent sans réponse.

Le coût caché du filet « vert »

Le filet biodégradable coûte plus cher à produire qu'un filet conventionnel. C'est un fait. Laurence, responsable du SMEL (Station Marine de l'Environnement Littoral), relativise : « Plus cher certainement qu'un filet conventionnel, mais ce qu'il faut regarder, c'est un petit peu le sujet dans son ensemble, dans sa globalité. »

Son argument : moins de filets nécessaires si les moules accrochent bien, et une fin de vie moins coûteuse. « Tout ce qui va concerner la fin de vie du filet, la gestion des déchets quand il faut de l'enfouissement et cetera, ça coûte aussi à la collectivité. Donc si on regarde tout ça globalement, voilà, ça c'est pas forcément plus cher par rapport à un filet conventionnel. »

Une équation économique qui reste à démontrer. Les chiffres précis — coût de production, économies sur la gestion des déchets — ne sont pas publics.

Tests d'écotoxicité : les larves d'oursin jugeront

Vraie question : ce filet est-il vraiment biodégradable ? Les experts le disent. Mais le SMEL ne se contente pas de paroles. « Nous au SMEL, on va le tester avec des larves d'oursin donc qui sont très sensibles aux pollutions et là on pourra en déduire l'impact sur l'environnement notamment de ces filets. »

Les larves d'oursin sont un indicateur biologique standard. Leur sensibilité aux polluants en fait un outil de mesure fiable. Si le filet libère des substances toxiques en se dégradant, les larves le montreront.

L'expérimentation doit durer jusqu'en septembre 2027. C'est à cette date que le verdict tombera. D'ici là, le filet reste une promesse — pas une preuve.

Projet 100 % normand

Le projet est ancré en Normandie. Le filet est fabriqué près de Cléon ou du Camp — le toponyme exact n'est pas précisé dans la vidéo. La filature est à Montville. Les tests en mer se déroulent à Bricqueville-sur-Mer, dans la Manche.

Le comité régional de la conchyliculture a joué un rôle clé. C'est lui qui a orienté le SMEL vers deux mytiliculteurs « sensibles à ces enjeux » pour tester le filet. « Pas du tout » difficile de trouver des volontaires, assure Laurence.

Le SMEL — Synergie Mer et Littoral — est un acteur reconnu du suivi environnemental littoral en Normandie. Son implication donne une crédibilité scientifique au projet. Mais les résultats, eux, ne sont pas encore là.

2027 : l'échéance

Septembre 2027. Date butoir. D'ici là, le filet devra prouver sa résistance sur toute la durée d'un cycle de production de moules. Et sa biodégradabilité devra être confirmée par des tests scientifiques indépendants.

Positifs ? Ce filet pourrait changer la donne pour la mytiliculture. Les filets plastiques conventionnels polluent les océans, se fragmentent en microplastiques, et leur gestion en fin de vie coûte cher aux collectivités.

Négatifs ? Un échec de plus dans la longue liste des alternatives au plastique qui n'ont pas tenu leurs promesses.

Pour l'instant, le filet tient. Les larves d'oursin, elles, n'ont pas encore donné leur verdict.

Sources :

  • Comité régional de la conchyliculture
  • SMEL (Station Marine de l'Environnement Littoral)
  • Témoignages de Vincent (mytiliculteur) et Laurence (responsable SMEL) dans la vidéo source

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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