Faux manuscrits de la mer Morte : le scandale qui ébranle la Bible

Les faits
Martin Schøyen, héritier d'une fortune du transport maritime, possède la plus importante collection privée de manuscrits anciens de Scandinavie. Il a acquis des fragments des manuscrits de la mer Morte auprès de l'antiquaire de Bethléem William Kando. Résultat : une collection norvégienne qui contient plus de 30 fragments inédits.
Des analyses scientifiques ont conclu qu'au moins la moitié sont des faux. Les faussaires ont utilisé du parchemin ancien et du sel de table pour imiter l'aspect des vrais manuscrits. Mais l'écriture, elle, trahit l'imposture : les analyses paléographiques montrent une main maladroite et incohérente. Pire encore — la présence de chlorure de sodium pur (oui, du sel de table) a été détectée sur les fragments, alors que le sel de la mer Morte a une composition différente. L'encre passe par-dessus des cristaux de sel et des déchirures du parchemin. L'usure de surface ne concorde pas avec la netteté de l'encre. Bref, tout accuse une fabrication récente.
William Kando est le principal vendeur de ces fragments à Schøyen. En 2010, la famille Green — propriétaire de Hobby Lobby, aux États-Unis — est entrée sur le marché. Les prix ont flambé. Selon le témoignage d'un universitaire américain, une transaction de 200 millions de dollars pour 70 à 75 fragments a été avortée à cause des accusations de faux.
L'histoire des manuscrits remonte à 1947. Mais la date et les circonstances exactes de la découverte restent contestées. Un berger bédouin aurait trouvé des jarres dans une grotte du désert de Judée et les aurait vendues à un cordonnier de Bethléem, Iscander Kando. Roland de Vaux, archéologue dominicain de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, a racheté les fragments. En 1953, il en a vendu 375 à la Bibliothèque nationale de France pour 1 million d'anciens francs. Les Bédouins, selon les carnets de fouille de De Vaux, déchiraient les parchemins en miettes pour les multiplier.
La propriété des manuscrits est politiquement disputée entre Israël, la Jordanie et les Palestiniens. Après la guerre des Six Jours en 1967, Israël a pris le contrôle des fragments conservés en Jordanie. En 1978, une loi israélienne a interdit le commerce des antiquités découvertes après cette date. En théorie, les manuscrits appartiennent à la Jordanie — mais Israël les revendique comme preuve du lien historique avec la terre. Un expert palestinien déclare : « Ça appartient au peuple palestinien. Que ça vous plaise ou non. » Un responsable israélien affirme : « Cette terre, c'est chez nous parce qu'elle a été la nôtre par le passé. »
Le paléographe français Michael Langlois a été contacté en 2008 par le chercheur norvégien Torleif Elgvin pour étudier des fragments. Langlois a immédiatement noté des anomalies dans l'écriture. Les analyses au microscope électronique ont révélé les incohérences. L'équipe scientifique — incluant Kipp Davis et Ørsteinn — a publié ses conclusions. Schøyen a tenté de bloquer la publication. Voilà.
Sources
- Carnets de fouille de Roland de Vaux
- Photographies infrarouges des fragments
- Analyses au microscope électronique
- Conversation téléphonique enregistrée avec un universitaire américain
📰Source :YouTube
Par la rédaction de Le Dossier
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