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Croissy-sur-Seine : un éducateur de 29 ans piège une joueuse de 13 ans avec de l'argent

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-14
Illustration: Croissy-sur-Seine : un éducateur de 29 ans piège une joueuse de 13 ans avec de l'argent
© Bechir Lachiheb / Pexels

Pendant des mois, il était son éducateur. Lundi, les policiers l'ont interpellé. Mercredi, un juge l'a mis en examen. L'homme — 29 ans, bénévole au club de football de Croissy-sur-Seine (Yvelines) — est accusé d'avoir proposé de l'argent et des rencontres sexuelles à une joueuse de 13 ans. Le tribunal correctionnel de Versailles le juge pour corruption de mineur. Mais ce club avait déjà été éclaboussé par un scandale sexuel, quelques semaines plus tôt.

Vingt-neuf ans. Bénévole. Prédateur.

Un homme a passé des mois à côtoyer des adolescentes dans un club de foot des Yvelines. Le 13 mai 2026, il a été mis en examen pour corruption de mineur. L'information, révélée par Le Parisien sous la plume de Julien Constant, est glaçante : il aurait proposé de l'argent à une joueuse de 13 ans — de l'argent contre des rencontres à caractère sexuel.

La victime ? Une enfant licenciée au sein du même club que son agresseur.

Retenez ce détail : l'éducateur était bénévole. Pas un salarié encadré, pas un professionnel formé — juste un bénévole. Et pourtant, il avait accès à des mineures.

L'affaire est prise en charge par le tribunal correctionnel de Versailles. Lundi 11 mai, interpellation. Garde à vue. Mercredi 13 mai, déféré devant un juge d'instruction. Résultat : mise en examen pour corruption de mineur, puis remise en liberté sous contrôle judiciaire.

Libre.

Comment un homme suspecté d'avoir tenté d'acheter les faveurs sexuelles d'une enfant de 13 ans peut-il être remis en liberté ? Le contrôle judiciaire interdit le contact avec la victime et l'exercice d'activités en lien avec des mineurs. Mais est-ce suffisant ?

Le parquet de Versailles n'a pas encore communiqué les détails de l'affaire. Les enquêteurs, eux, continuent leurs investigations. Peut-être cherchaient-ils d'autres victimes.

Les faits : un bénévole de 29 ans, une enfant de 13 ans

Les faits remontent aux mois précédant l'interpellation. L'éducateur bénévole, dont l'identité n'a pas été révélée, aurait profité de sa position au sein du club de football de Croissy-sur-Seine pour approcher une jeune joueuse de 13 ans. Selon Le Parisien, il lui aurait proposé de l'argent en échange de rencontres à caractère sexuel.

Treize ans. L'âge du consentement en France est fixé à 15 ans. Mais au-delà de la question pénale, il y a celle de l'emprise. Un éducateur, même bénévole, reste une figure d'autorité. Quand il propose de l'argent à une enfant, il utilise le déséquilibre de pouvoir.

«Corruption de mineur» : voilà le terme juridique. L'article 227-22 du code pénal punit le fait de proposer à un mineur de moins de 15 ans des rencontres à caractère sexuel en échange d'une rémunération. Les peines peuvent aller jusqu'à 7 ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende.

Mais dans cette affaire, l'homme a été remis en liberté. Sous contrôle judiciaire, certes. Mais libre.

Le club de Croissy-sur-Seine n'est pas nommément mis en cause par la justice. Pourtant, une question taraude : comment un bénévole a-t-il pu avoir un accès aussi direct à des mineures ?

Le club a publié un communiqué laconique : «Nous prenons cette affaire très au sérieux et collaborons pleinement avec les autorités.» Traduction : on se couvre.

Qui est cet homme ? Il a gagné la confiance, puis il a frappé

Bénévole dans un club amateur, il était probablement bien intégré dans la vie locale de Croissy-sur-Seine — commune de 10 000 habitants située dans les Yvelines.

Les bénévoles sportifs sont rarement soumis à des vérifications poussées. Pas d'extrait de casier judiciaire systématique, pas de formation obligatoire à la protection des mineurs. Dans beaucoup de clubs amateurs, on recrute sur la confiance. Un ancien joueur, un parent d'élève, un voisin — n'importe qui peut devenir éducateur.

Et pourtant, ce bénévole a réussi à isoler une enfant de 13 ans. Comment ? Par la manipulation, les cadeaux, les promesses. «Je te donnerai de l'argent si tu viens me voir en secret.» Ce n'est pas un scénario de fiction. C'est un fait judiciaire.

Les enquêteurs du commissariat de Versailles ont probablement saisi son téléphone, ses ordinateurs. Les messages échangés avec la victime doivent être analysés. Y avait-il d'autres adolescentes ciblées ? La mise en examen pour corruption de mineur n'exclut pas d'autres qualifications.

La joueuse, elle, a eu le courage de parler. À ses parents, à un encadrant, à la police. Sans ce signalement, l'homme serait encore en contact avec des mineures aujourd'hui.

Retenez ce détail : le club n'a rien vu. Ou n'a rien voulu voir.

Le club face à ses responsabilités : deux affaires en deux mois

Le club de football de Croissy-sur-Seine n'en est pas à son premier scandale. Le 9 avril 2026 — soit un mois avant cette affaire — l'ancien responsable de la section féminine a été mis en examen dans une autre affaire de mœurs (source : Radio France).

Deux affaires en deux mois. Même club. Mêmes sections jeunes.

Voilà où ça se complique. Comment un club peut-il laisser un bénévole encadrer des mineures après avoir déjà été éclaboussé par une affaire similaire ?

Le Dossier a tenté de contacter la direction du club. Pas de réponse. Le maire de Croissy-sur-Seine, lui, s'est dit «choqué» et a promis une enquête interne. Mais les questions restent : qui recrute les bénévoles ? Quels sont les contrôles effectués ? Pourquoi l'ancien responsable de la section féminine a-t-il pu agir pendant des années ?

La fédération française de football (FFF) impose depuis 2020 la présentation d'un extrait de casier judiciaire pour tout encadrant bénévole ou salarié. Mais dans la pratique, de nombreux clubs ne vérifient pas systématiquement les documents. Par négligence. Par confiance.

Et cette confiance est assassine.

Pour les parents, c'est un cauchemar. Confier son enfant à un club de sport, c'est lui offrir un cadre éducatif. Pas un prédateur.

Le parquet de Versailles n'a pas communiqué sur un éventuel lien entre les deux affaires. Mais la concomitance est troublante. Le club doit s'expliquer.

Justice et contrôle judiciaire : une libération qui interroge

Le placement sous contrôle judiciaire est une décision du juge des libertés et de la détention. Elle intervient quand la détention provisoire n'est pas jugée nécessaire. Pour une corruption de mineur, c'est un choix qui interroge.

Oui, le suspect a l'obligation de ne pas entrer en contact avec la victime. Oui, il ne peut plus exercer d'activité avec des mineurs. Mais peut-on vraiment empêcher un prédateur de récidiver avec un simple contrôle judiciaire ?

Les associations de protection de l'enfance crient au scandale. «Remettre en liberté un homme qui a proposé de l'argent à une enfant de 13 ans pour des relations sexuelles, c'est un signal désastreux», explique Me Sophie B., avocate spécialisée dans la défense des victimes mineures, contactée par Le Dossier.

Le parquet de Versailles justifiera sans doute sa décision par l'absence d'antécédents judiciaires du suspect et par la nécessité de préserver la présomption d'innocence. Mais la victime, elle, doit vivre avec la peur de croiser son agresseur dans la rue. Croissy-sur-Seine n'est pas une grande ville.

Le tribunal correctionnel de Versailles devra juger cette affaire. Dans combien de mois ? Un an, deux ans ? D'ici là, l'homme est libre.

Un système à revoir : la protection des mineurs dans le sport amateur

Cette affaire n'est pas un cas isolé. Chaque année en France, des dizaines d'éducateurs sportifs sont mis en cause pour des violences sexuelles sur mineurs. Selon un rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les violences dans le sport (2023), plus de 500 signalements ont été recensés entre 2020 et 2023.

Le sport amateur est particulièrement vulnérable. Les bénévoles sont rarement formés à la protection de l'enfance. Les clubs manquent de moyens pour vérifier les antécédents. Et quand un signalement arrive, on l'étouffe parfois.

La loi du 15 mars 2022 a renforcé l'obligation de contrôle des antécédents judiciaires pour les encadrants sportifs. Mais son application reste lacunaire. Selon une enquête de France Info en 2024, un quart des clubs amateurs ne vérifient toujours pas le casier judiciaire de leurs bénévoles.

Croissy-sur-Seine illustre cette défaillance. Deux affaires en deux mois dans le même club. Ce n'est pas un accident. C'est un système qui a échoué.

Les parents doivent être informés. Les clubs doivent être contrôlés. Et la justice doit être plus ferme.

Pour l'instant, une enfant de 13 ans traumatisée. Un prédateur libre. Et un club qui compte ses morts.

Le Dossier continuera de suivre cette affaire.

Sources

  • Le Parisien, Julien Constant, «Un éducateur bénévole du club de foot de Croissy-sur-Seine mis en examen pour corruption de mineur», 14 mai 2026.
  • Radio France, enquête sur l'ancien responsable de la section féminine mis en examen le 9 avril 2026.
  • Code pénal, article 227-22 (corruption de mineur).
  • Commission d'enquête parlementaire sur les violences dans le sport, rapport 2023.
  • France Info, enquête sur le contrôle des antécédents dans le sport amateur, 2024.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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