LE DOSSIER
LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Société

Drogues : Comment les états de conscience modifiés ont façonné l'Histoire

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-06
Illustration: Drogues : Comment les états de conscience modifiés ont façonné l'Histoire
© YouTube

Les origines : entre rituels et médecine

La Jusquiame noire. Une plante toxique. Les Romains l'utilisaient comme analgésique lors des accouchements difficiles. Elle plongeait les femmes dans un sommeil crépusculaire. "Elles ne se souvenaient de rien au réveil", explique l'historien Mike Jay. Une fonction primordiale des substances psychoactives : anesthésier la souffrance.

Mais les drogues servaient aussi à explorer l'inconnu. En Sibérie, les peuples autochtones buvaient l'urine de rennes sous substance. Une tradition singulière. Les rennes mangeaient des amidites tumouches, une plante hallucinogène. Les hommes, en consommant leur urine, entraient en transe. Une communion avec les ancêtres.

En Amérique du Sud, le chamanisme a poussé cette exploration à son paroxysme. Une pipe en os de Puma datant de 4000 ans a été retrouvée en Argentine. Elle contenait des résidus de graines de Vilka, une plante riche en DMT, un hallucinogène puissant. Les chamanes la fumaient pour se transformer en jaguar. Pourquoi ? Pour voir comme un prédateur. Pour traquer les proies dans la jungle.

Ces pratiques n'étaient pas isolées. En Inde, le cannabis était utilisé pour prier Shiva. En Éthiopie, le khat était mâché pendant les prières. Partout, les drogues étaient des portes vers le divin.

L'Europe : l'ivresse comme lien social

L'Europe avait-elle un rapport différent ? Oui. Les plantes psychoactives dangereuses — datura, belladone, mandragore — étaient trop imprévisibles pour être utilisées à grande échelle. Alors, les Européens ont inventé leur propre drogue : la bière.

Il y a 11 000 ans, à Göbekli Tepe en Turquie, les hommes fabriquaient déjà de la bière. Des meules pour moudre les céréales ont été retrouvées sur le site. "Le brassage a probablement été découvert par hasard", explique l'anthropologue Gunter Irchfelder. Des grains stockés dans l'humidité ont fermenté. Quelqu'un a goûté. Et a découvert l'ivresse.

En Égypte antique, la bière était un produit de masse. Les ouvriers en buvaient après le travail. Une forme de team building avant l'heure. L'ivresse servait à détendre l'atmosphère. À renforcer les liens.

Plus tard, les Grecs et les Romains ont adopté le vin. Les Celtes et les Germains, la bière. Mais l'alcool restait un produit de luxe. Les céréales étaient trop précieuses pour être gaspillées. Tout a changé au XIXe siècle. Les progrès agricoles ont rendu la bière et les spiritueux accessibles à tous. Une nouvelle culture de l'ivresse est née.

L'opium : une drogue de masse

L'opium. Une substance utilisée depuis l'Antiquité comme analgésique et stupéfiant. Mais c'est au XIXe siècle qu'elle est devenue une drogue de masse. Les Britanniques, dépendants du thé chinois, ont forcé la Chine à acheter leur opium indien. Les guerres de l'opium ont plié l'Empire du milieu.

En Europe, l'opium est devenu accessible à tous. Une pastille coûtait un penny. Les ouvriers en consommaient pour soulager leurs douleurs. Pour rendre leur existence plus supportable. Mais cette consommation a rapidement suscité des inquiétudes.

Les fumeries d'opium, associées aux migrants chinois, étaient diabolisées. Des mythes de décadence morale entouraient ces lieux. Les jeunes Américains y perdaient leur virilité. Les femmes y étaient violées. Ces campagnes de dénigrement ont attisé un sentiment hostile envers les Chinois.

En 1909, la Commission internationale de l'opium a été créée. Une frontière a été tracée entre les drogues et les médicaments. Tout ce qui n'avait pas d'indication médicale devait être interdit. Une guerre était lancée.

La guerre contre la drogue : contrôle et répression

Les années 1920 ont marqué un tournant. La prohibition de l'alcool aux États-Unis a échoué. Mais elle a inspiré les politiques antidrogue. Le cannabis, associé aux Mexicains, a été criminalisé. L'héroïne, aux Afro-Américains. Les drogues sont devenues des outils de contrôle social.

Dans les années 1970, Richard Nixon a déclaré la guerre contre la drogue. Une politique qui visait avant tout les minorités et les contre-cultures. Les immigrés mexicains, les musiciens de jazz, les hippies. Tous étaient diabolisés.

Mais cette guerre a aussi permis de démanteler les mouvements de contestation. Les manifestants pour les droits civiques étaient systématiquement associés à la drogue. Une arme politique.

L'industrie pharmaceutique : des marchés blancs

L'histoire des drogues au XXe siècle ne se résume pas à la répression. L'industrie pharmaceutique a joué un rôle clé. La morphine, la cocaïne, l'héroïne ont été commercialisées comme des médicaments. Les femmes victoriennes étaient souvent dépendantes.

Dans les années 1960, le Valium est devenu le médicament le plus prescrit. Principalement aux femmes au foyer. "Il était plus facile de montrer une femme épanouie sous l'effet d'un tranquillisant", explique David Herzberg. Les féministes ont mené des campagnes contre ces pilules. Les ventes ont chuté.

Mais les mécanismes de dépendance perdurent. Aujourd'hui, des millions de personnes sont seules face à leur addiction. Aux États-Unis, les overdoses ont fait plus de 100 000 victimes en 2023.

Vers une gestion régulée ?

La guerre contre la drogue a échoué. Les interdictions ont alimenté un marché noir florissant. Pour David Herzberg, la solution passe par une régulation étatique stricte. Un retour aux pratiques ancestrales est irréaliste. Mais une gestion plus nuancée est possible.

Les états de conscience modifiés continuent de fasciner et d'effrayer. Une histoire qui révèle les contradictions de l'humanité. À suivre.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet