Excideuil : un maître-nageur interdit d’exercer avec des mineurs embauché puis licencié

La piscine fermée en pleine canicule
Trois jours de fermeture. En pleine vague de chaleur. Voilà le résultat direct du licenciement d’un maître-nageur à Excideuil, en Dordogne. Mi-juin, la piscine municipale a dû baisser le rideau. Les habitants, privés de rafraîchissement, ont subi les conséquences d’une situation que le maire, Jimmy Morand, qualifie lui-même de « bizarre ». Selon Sud Ouest, le professionnel recruté en CDD pour la saison estivale a été remercié moins d’une semaine après son arrivée. Pourquoi ? Parce que l’édile a découvert que cet homme de 64 ans était sous le coup d’un arrêté de la Direction de la jeunesse et des sports (DJS) lui interdisant formellement d’exercer avec des mineurs.
« Il avait interdiction d’exercer avec des mineurs », a confirmé le maire au quotidien régional. Une phrase lourde de sens — et une question immédiate : comment un tel profil a-t-il pu être embauché par une collectivité territoriale ?
Les faits : une embauche, un doute, un licenciement
Mi-juin 2026. La commune d’Excideuil, comme chaque été, cherche un maître-nageur pour encadrer les baignades et assurer la sécurité de la piscine municipale. Un candidat se présente : un homme de 64 ans, diplômé, disponible. Jimmy Morand l’embauche en CDD. Rien, dans les premiers échanges, ne laisse présager un problème. Mais très vite, le comportement du nouveau salarié interpelle l’édile. « Bizarre », dit-il, sans donner plus de détails dans les colonnes de Sud Ouest. Intrigué, Jimmy Morand décide de creuser.
Il se renseigne sur le « pedigree » de l’intéressé. Ce qu’il découvre le glace : le maître-nageur fait l’objet d’un arrêté de la DJS lui interdisant d’exercer auprès de mineurs. Un document administratif officiel — qui aurait dû être connu avant l’embauche. Le maire n’a pas le choix : il licencie le professionnel sur-le-champ. Moins de sept jours après sa prise de poste, l’homme se retrouve sans emploi. Et la piscine, sans encadrant.
Conséquence immédiate : la piscine municipale ferme pendant trois jours, en pleine canicule. Les habitants d’Excideuil, petite commune de Dordogne, se retrouvent sans solution de rafraîchissement. Un contretemps qui aurait pu être évité — si le contrôle des antécédents avait été effectué en amont.
Le contexte : un arrêté méconnu, un maire qui donne l’alerte
Que sait-on du maître-nageur ? Selon Sud Ouest, il s’agit d’un homme de 64 ans, titulaire de son diplôme. Mais ce diplôme ne suffit pas : un arrêté de la DJS, pris antérieurement, lui interdit tout contact avec des mineurs. Les motifs exacts de cette interdiction ne sont pas précisés par la source. L’arrêté existe, il est en vigueur. Pourtant, il n’a pas été détecté lors du recrutement.
Jimmy Morand, le maire d’Excideuil, ne cache pas son soulagement, ce jeudi 2 juillet, d’apprendre que la justice s’est saisie de l’affaire. « Nous avons donné l’alerte, maintenant l’affaire est entre les mains de la justice », déclare-t-il à Sud Ouest. Une phrase qui en dit long sur le sentiment d’impuissance d’un élu face à une faille administrative.
La commune d’Excideuil, située dans le Périgord, compte environ 1 200 habitants. Sa piscine municipale est un équipement essentiel l’été, surtout lors des épisodes de canicule. La fermeture forcée a donc eu un impact direct sur la vie locale. Mais au-delà de la gêne, c’est la protection des mineurs qui est en cause.
Le traitement judiciaire : une enquête de gendarmerie ouverte
Le 1er juillet 2026, le parquet de Périgueux a ouvert une enquête judiciaire. Les gendarmes sont chargés de faire la lumière sur les circonstances de cette embauche et sur le parcours du maître-nageur. Selon Sud Ouest, l’enquête a été ouverte la veille de la publication de l’article. À ce stade, aucune mise en examen n’a été annoncée. Les investigations devront déterminer si l’interdiction d’exercer avec des mineurs était connue de l’employeur avant l’embauche — et comment elle a pu être ignorée.
Le maître-nageur, lui, n’a pas été entendu publiquement. La présomption d’innocence s’applique. L’arrêté de la DJS est un fait administratif, mais il ne préjuge pas d’une éventuelle infraction pénale. L’enquête devra établir si l’homme a tenté de dissimuler cette interdiction, ou si la commune a commis une négligence dans ses vérifications.
Ce que ça dit de la France : les failles du contrôle des antécédents dans les collectivités
Ce fait divers, local en apparence, révèle un problème structurel. Comment un professionnel sous le coup d’une interdiction d’exercer avec des mineurs a-t-il pu être recruté par une mairie ? La réponse tient en quelques mots : absence de vérification systématique des antécédents.
Dans les collectivités territoriales, l’embauche d’un agent public — qu’il soit titulaire ou contractuel — ne donne pas toujours lieu à un contrôle approfondi des fichiers administratifs. Certes, les employeurs peuvent consulter le bulletin n°2 du casier judiciaire pour certains postes sensibles. Mais l’arrêté de la DJS, lui, est une mesure administrative, pas une condamnation pénale. Il n’apparaît pas forcément dans les bases de données consultées lors d’un recrutement classique.
Résultat : un maître-nageur interdit de contact avec des mineurs peut postuler et être embauché sans que personne ne s’en aperçoive. Il faut qu’un élu, alerté par un « comportement bizarre », fasse des recherches personnelles pour découvrir la vérité. C’est exactement ce qui s’est passé à Excideuil.
Le maire Jimmy Morand a réagi vite. Mais combien d’autres cas similaires passent inaperçus ? La question est d’autant plus préoccupante que les piscines municipales accueillent chaque été des centaines d’enfants. Les maîtres-nageurs sont en contact direct avec des mineurs, souvent sans surveillance parentale. Une interdiction d’exercer devrait être un signal d’alarme immédiat pour tout employeur. (Oui, vous avez bien lu.)
Ce dossier met en lumière une lacune dans le système de contrôle. Les collectivités ne disposent pas toujours d’un accès facile aux arrêtés préfectoraux ou aux décisions de la DJS. Les bases de données ne sont pas interconnectées. Un professionnel peut avoir une interdiction dans un département et postuler dans un autre sans que personne ne le sache.
La solution passe par une harmonisation des fichiers et une obligation légale de vérification préalable pour tous les postes en contact avec des mineurs. Certaines communes le font déjà, mais ce n’est pas généralisé. Excideuil en est la preuve.
L’enquête judiciaire en cours permettra peut-être d’établir les responsabilités. Mais au-delà du cas particulier, c’est tout un système qu’il faut interroger. Combien de temps encore faudra-t-il attendre qu’un drame survienne pour que des mesures concrètes soient prises ?
Le maire d’Excideuil, lui, a fait ce qu’il devait : licencier et alerter. Mais il aurait préféré ne jamais avoir à le faire. « Nous avons donné l’alerte », répète-t-il. Une alerte qui, espérons-le, sera entendue au-delà des frontières de la Dordogne.
Sources :
- Sud Ouest – « INFO « SUD OUEST ». Maître-nageur licencié en Dordogne : « Il avait interdiction d’exercer avec des mineurs » », par Émilie Delpeyrat, 2 juillet 2026.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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