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Doomscrolling : comment les réseaux sociaux tuent notre empathie

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-19
Illustration: Doomscrolling : comment les réseaux sociaux tuent notre empathie
© YouTube

Le doomscrolling, une addiction silencieuse

Vous avez déjà vu quelque chose d’horrible en scrollant et continué votre journée comme si de rien n’était ? Moi, oui. Souvent. Ce réflexe a un nom : le "doomscrolling". Jamais autant d’images et d’informations n’ont circulé aussi vite. Mais personne ne nous a vraiment appris à encaisser tout ça. Que fait cette exposition constante à notre esprit ? Et quel est le coût psychologique de tout ce que nous voyons ?

Pour le psychiatre Serge Tisseron, spécialiste de notre relation aux images, la manière dont l’information nous est présentée influence profondément notre perception. "Quand tout devient du contenu, même l’horreur peut être un élément de plus dans le scroll", explique-t-il. La répétition joue un rôle clé. Avec le temps, le choc s’atténue. Et l’information en continu amplifie ce phénomène.

Mais cette habituation peut parfois se briser. On s’habitue à voir des images de famine dans une région du monde, mais si elles apparaissent ailleurs, avec d’autres visages, elles nous bouleversent à nouveau. La tragédie reste la même, mais notre regard change. C’est souvent à travers une histoire précise, un nom, un détail humain, que nous comprenons un drame global. Notre capacité à nous sentir concernés dépend aussi de notre propre réalité.

L'écran, un bouclier psychologique

Et il y a un autre facteur qui change profondément notre rapport aux images : l’écran. Une sorte de bouclier psychologique, en fait. Derrière un écran, nous pouvons toujours revenir à notre propre réalité. Nous savons que ces événements existent, mais nous ne les vivons pas. Parfois, pour se protéger, l’esprit met à distance ce qu’il voit. C'est comme une forme de déni. Peu à peu, cette distance peut produire ce que certains psychologues appellent la "fatigue empathique".

Et pourtant, pour les personnes qui vivent ces drames, la réalité est évidemment toute autre. Ces images nous arrivent aujourd’hui en continu. Sans pause et parfois sans contexte. Au-delà de ce qu’elles provoquent émotionnellement, elles agissent aussi sur notre attention. Selon la psychologue Sabine Duflo, ce qui a changé n’est pas la violence en elle-même. C’est le fait qu’on y ait constamment accès : gratuitement, de façon fragmentée, souvent à travers des formats très courts pensés pour capter notre attention.

La violence ne déclenche plus seulement de l’empathie. Elle devient un stimulus. Résultat : notre attention est relancée en permanence, sans vraiment pouvoir se poser. Le risque, explique Sabine Duflo, n’est pas que nous acceptions la violence, mais qu’à force de la regarder sans pouvoir agir, notre empathie, notre capacité à ressentir la souffrance des autres, s’épuise. Et parfois, cela se voit dans nos comportements. Face à certaines situations violentes, le premier réflexe peut parfois être de sortir son téléphone.

Les réseaux sociaux, une machine à fragmenter l'information

Même lorsque le contenu nous touche, nous n’avons pas toujours le temps de le ressentir. Discuter avec des proches. Confronter des points de vue. C’est souvent durant ces échanges que l’information devient réellement compréhensible. En théorie, les réseaux sociaux devraient faciliter cela. Mais en pratique, ils fragmentent l'information et l'empathie. Pour Serge Tisseron comme pour Sabine Duflo, ce qui protège le plus notre empathie est finalement simple : les liens humains, les conversations, les relations, le temps passé ensemble.

Le coût psychologique de cette exposition permanente n’est pas toujours visible. Le défi n’est peut-être pas de détourner le regard. S’informer reste essentiel, mais de manière intentionnelle : à petites doses, à des moments choisis, et en parlant avec les autres. À l’époque du scroll infini, voir ne suffit pas toujours. Encore faut-il prendre le temps de ressentir.

La fatigue empathique, un danger invisible

La fatigue empathique est un phénomène insidieux. Elle se manifeste par une diminution de la capacité à ressentir de l’empathie pour les autres. Ce phénomène est particulièrement préoccupant dans un monde où les images de violence et de souffrance sont omniprésentes. Les réseaux sociaux, en nous exposant constamment à ces images, contribuent à cette fatigue empathique.

Selon Serge Tisseron, "la répétition des images violentes peut atténuer le choc initial". Mais cette habituation peut aussi nous rendre moins sensibles à la souffrance des autres. La psychologue Sabine Duflo ajoute que "la violence ne déclenche plus seulement de l’empathie. Elle devient un stimulus". Résultat, notre attention est relancée en permanence, sans vraiment pouvoir se poser. Ce phénomène peut conduire à une véritable érosion de notre empathie.

Comment protéger notre empathie ?

Face à ce constat, comment protéger notre empathie ? Pour les experts, la solution réside dans les liens humains. Les conversations, les échanges, les relations sont essentiels pour maintenir notre capacité à ressentir de l’empathie. En théorie, les réseaux sociaux devraient faciliter ces échanges. Mais en pratique, ils fragmentent l'information et l'empathie.

Selon Serge Tisseron, "ce qui protège le plus notre empathie est finalement simple : les liens humains, les conversations, les relations, le temps passé ensemble". La psychologue Sabine Duflo abonde dans ce sens : "Discuter avec des proches, confronter des points de vue, c’est souvent durant ces échanges que l’information devient réellement compréhensible".

S'informer de manière intentionnelle

Le défi n’est pas de détourner le regard. S’informer reste essentiel. Mais il faut le faire de manière intentionnelle : à petites doses, à des moments choisis, et en parlant avec les autres. À l’époque du scroll infini, voir ne suffit pas toujours. Encore faut-il prendre le temps de ressentir.

Les experts insistent sur l'importance de préserver notre empathie. Pour cela, il est essentiel de limiter notre exposition aux images violentes et de privilégier les échanges humains. Les réseaux sociaux, s'ils peuvent être un outil pour s'informer, doivent être utilisés avec parcimonie. Leur usage excessif peut avoir des conséquences néfastes sur notre empathie et notre santé mentale.

Conclusion : reprendre le contrôle

Le doomscrolling est une addiction silencieuse qui menace notre empathie. Face à cette menace, il est essentiel de reprendre le contrôle de notre consommation d'information. Les experts insistent sur l'importance de s'informer de manière intentionnelle et de privilégier les échanges humains. Les réseaux sociaux, s'ils peuvent être un outil pour s'informer, doivent être utilisés avec parcimonie. Leur usage excessif peut avoir des conséquences néfastes sur notre empathie et notre santé mentale.

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant. À suivre.

Par la rédaction de Le Dossier

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