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La DGSI tente de faire taire un opposant guinéen en France

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-29
Illustration: La DGSI tente de faire taire un opposant guinéen en France
© YouTube

Une convocation sous haute tension

21 novembre 2025. Mohamed Lamine Soaré reçoit une convocation de la DGSI. Officiellement, un entretien de routine. Officieusement, une tentative d'intimidation. "Vous êtes dans une procédure de renouvellement de titre de séjour", lui disent les agents. Sous-entendu : pour garder vos papiers, mieux vaut vous taire.

Mais Mohamed Lamine Soaré n'est pas dupe. Français depuis 2017, la menace tombe à plat. "Malheureusement le profil ne correspond pas à ma personne", répond-il calmement. Les agents, surnommés Oscar et Eugénie, font alors volte-face. "C'est une erreur très grave", admettent-ils. Pourquoi ? Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Cette première convocation aurait pu passer pour une maladresse. Elle s'inscrit pourtant dans un contexte plus large. Mohamed Lamine Soaré est le coordinateur en France du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Cette organisation pacifique s'oppose au régime autoritaire de Mamadi Dumbuya en Guinée. Un régime soutenu par la France.

Le FNDC, une cible prioritaire

Le FNDC n'est pas une organisation clandestine. Créé en 2019, il milite pour le respect des droits de l'homme et de la Constitution guinéenne. Ses actions sont pacifiques, ses manifestations déclarées. Pourtant, il est dans le collimateur des autorités guinéennes — et françaises.

En juillet 2024, deux leaders du FNDC, Marcila et Biloba, sont enlevés par les forces spéciales de Dumbuya. Ces unités sont formées par des militaires français. Les deux opposants disparaissent sans laisser de trace. Mohamed Lamine Soaré, lui, est en sécurité en France. Mais sa liberté a un prix.

La DGSI le convoque à deux reprises : en novembre 2025, puis en février 2026. Les interrogatoires portent sur ses activités, ses financements, ses partenaires. "Ils m'ont demandé avec qui nous collaborons, qui nous soutient, quels sont nos objectifs", témoigne-t-il. Des questions qui dépassent largement le cadre d'un simple entretien de routine.

Une menace inefficace — mais révélatrice

La tentative d'intimidation de la DGSI repose sur une menace : le non-renouvellement du titre de séjour. Une stratégie classique pour faire taire les voix dissidentes. Mais dans ce cas, elle échoue. Mohamed Lamine Soaré est français. La menace n'a aucun fondement.

"Je ne comprends pas pourquoi vous m'avez convoqué alors que je ne suis pas concerné", explique-t-il aux agents. La DGSI aurait-elle confondu deux homonymes ? Possible. Mais cette erreur révèle une chose : les services secrets français sont prêts à utiliser tous les moyens pour museler les opposants politiques.

Et pourtant. Mohamed Lamine Soaré refuse de se taire. "Je n'étais pas prêt à me plier à un chantage ou à une pression", affirme-t-il. Une position courageuse dans un contexte où la France soutient ouvertement le régime de Dumbuya.

Des questions troublantes sur un journaliste

Lors de la deuxième convocation, en février 2026, les agents de la DGSI posent une question inattendue. "Vous connaissez Thomas Drichi ?", demandent-ils. Ce journaliste français a enquêté sur le régime guinéen. Mohamed Lamine Soaré confirme : oui, ils échangent.

Mais cette question n'est pas anodine. Elle révèle une tentative d'espionnage des journalistes et de leurs sources. Une pratique illégale et répréhensible pénalement. "C'est interdit d'espionner un journaliste et ses sources", rappelle Mohamed Lamine Soaré.

Pourquoi la DGSI s'intéresse-t-elle à Thomas Drichi ? Les motivations restent floues. Elles s'inscrivent pourtant dans un schéma plus large : celui d'une France qui soutient les régimes autoritaires en Afrique tout en muselant les voix dissidentes sur son territoire.

La France, complice des dictatures africaines ?

Cette affaire n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une longue tradition de soutien français aux régimes autoritaires en Afrique. Mamadi Dumbuya, l'actuel président guinéen, en est un parfait exemple. Ancien videur de boîte de nuit aux Pays-Bas et à Montpellier, il a transformé la Guinée en une "vaste prison à ciel ouvert".

Pourtant, Emmanuel Macron ne cache pas son soutien. Après une élection truquée où Dumbuya obtient 86 % des voix, le président français le félicite chaleureusement. Une attitude qui illustre la politique africaine de la France : protéger ses intérêts coûte que coûte, quitte à soutenir des dictatures.

Ce soutien ne se limite pas aux déclarations publiques. Il se traduit aussi par des actions concrètes. La formation des forces spéciales guinéennes par des militaires français en est un exemple. L'intimidation des opposants politiques sur le territoire français en est un autre.

Une tradition de chantage et d'intimidation

Les méthodes de la DGSI rappellent celles de l'Ofpra, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. En 2023, des agents de l'Ofpra avaient été accusés de faire chanter des exilés tchadiens pour les recruter comme indicateurs.

Dans un cas, un agent était même devenu le fournisseur en boisson des soirées organisées par l'ambassade du Tchad à Paris. Une situation ubuesque pour une institution censée protéger les réfugiés menacés par leur propre régime.

Ces pratiques ne sont pas nouvelles. Elles s'inscrivent dans une tradition de chantage et d'intimidation visant à faire taire les voix dissidentes. La France, patrie des droits de l'homme ? Pas pour tout le monde.

Une affaire symbolique

L'histoire de Mohamed Lamine Soaré est emblématique. Elle révèle les contradictions de la politique française en Afrique. D'un côté, la France se présente comme le défenseur des droits de l'homme. De l'autre, elle soutient des régimes autoritaires et utilise ses services secrets pour museler les opposants.

Cette affaire pose également des questions sur le rôle de la DGSI. Pourquoi ce service, normalement chargé de la sécurité intérieure, s'intéresse-t-il à un opposant politique étranger ? Les réponses restent floues. Mais une chose est sûre : cette histoire n'honore ni la France, ni ses services de renseignement.

Et pourtant. Mohamed Lamine Soaré refuse de se taire. "Ils ne sont pas tombés sur la bonne personne", affirme-t-il. Un rappel nécessaire : la lutte pour la liberté et la démocratie ne peut être muselée, même par les services secrets les plus puissants.

Sources

  • Chronique de France-Afrique
  • Témoignage de Mohamed Lamine Soaré

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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