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Maeva Ghennam, Nabila, Julien Tanti : la DGCCRF dévoile la traque des influenceurs

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-07
Illustration: Maeva Ghennam, Nabila, Julien Tanti : la DGCCRF dévoile la traque des influenceurs
© YouTube

60 % des influenceurs contrôlés : le chiffre qui tue

Le constat est sans appel : 60 % des influenceurs passés au crible par la DGCCRF sont en anomalie (source : fr.wikipedia.org). Pas une simple entorse. Des pratiques commerciales trompeuses, des produits dangereux, des placements financiers frauduleux. En 2024, la France a contrôlé entre 290 et 300 influenceurs. Un chiffre officiel, donné par Pierric Ducrot lui-même. L’inspecteur coordonne la traque depuis plusieurs années.

Seulement quatre influenceurs condamnés à ce jour. Nabila, Maeva Ghennam, Julie Intanti et Rim Rennon. Les autres dossiers avancent au ralenti. Pourquoi ? Parce qu’une enquête prend en moyenne deux ans de travail, puis le temps judiciaire s’ajoute. Résultat : trois à quatre ans avant qu’un verdict tombe.

Et pourtant, les signalements affluent. La plateforme SignalConso (signal.conso.gouv.fr) permet à chaque consommateur de dénoncer un influenceur véreux. Les inspecteurs y puisent leurs cibles. « Si on tape Maeva Ghennam, on voit 466 signalements », révèle Ducrot. 466 alertes avant qu’elle ne soit condamnée fin 2025 à un an de prison avec sursis et 100 000 € d’amende.

Voilà où tout commence. Pas dans les tribunaux, mais dans les signalements de citoyens ordinaires. Des mères de famille, des jeunes investisseurs floués, des consommateurs trompés. La DGCCRF écoute. Et elle agit.


De SignalConso à la veille active : comment la DGCCRF traque

Les inspecteurs ne se contentent pas d’attendre les signalements. Ils pratiquent une veille active de l’actualité sur les réseaux sociaux. TikTok, Instagram, Snapchat, YouTube — aucun terrain n’est négligé. « On adopte aussi une veille active de l’actualité pour dénicher les nouveaux concepts et tendances », explique Ducrot.

Le live shopping est dans le viseur. Cette version 2.0 du téléachat permet de vendre en direct sur TikTok des produits parfois frauduleux. Un discours de promotion mensongère, des promesses d’enrichissement rapide. Le trading et les marchés financiers risqués sont les thématiques phares. Les influenceurs les vantent sans jamais mentionner les pertes possibles.

Les outils de la DGCCRF sont redoutables. Les inspecteurs utilisent des logiciels de capture d’écran et d’enregistrement vidéo. Ils collectent les posts suspects sur des périodes données. Puis ils trient par mots-clés : trading, Bitcoin, CFD — tous les termes relatifs aux marchés financiers risqués. « En rentrant ces mots clés, ça ressort un certain nombre de données, de vidéos et de posts », précise Ducrot.

Mais le travail ne s’arrête pas là. Pour matérialiser l’infraction, il faut récupérer les contrats avec les marques, les factures, les briefings — ces feuilles de route que les marques donnent aux influenceurs. « Ça précise la manière dont il faut présenter le produit », ajoute l’inspecteur. La marque devient alors coresponsable. L’influenceur n’est plus seul en cause.

Certains influenceurs agissent consciemment. D’autres par appât du gain. « Dans les choses les plus atypiques que j’ai vécues, une très très grosse influenceuse avait fait savoir à sa communauté qu’elle était convoquée dans nos locaux. Elle leur avait transmis l’adresse. Le jour où elle s’est présentée, on s’est retrouvé avec une centaine de personnes devant les locaux qui scandaient son nom. Je l’ai entendue près de 2 heures. 2 heures après, ils étaient toujours là à l’attendre pour faire des photos et des autographes. » L’anecdote est glaçante. Elle montre l’emprise de ces influenceurs sur leur public.


Les quatre condamnés : Nabila, Maeva Ghennam, Julie Intanti, Rim Rennon

L’histoire commence en 2018. Nabila, influenceuse star de Snapchat, est la première grosse prise. Elle publie une série de vidéos faisant la promotion de services boursiers sans mentionner sa rémunération. « Je connais une des filles qui travaillent avec un trader qui sont à fond dans le Bitcoin. C’est un peu la nouvelle monnaie, la monnaie du futur », disait-elle. L’Autorité des marchés financiers (AMF) signale le cas à la DGCCRF. Nabila est sanctionnée. Un précédent.

Puis vient Maeva Ghennam, célèbre pour ses frasques à Dubaï. Condamnée fin 2025 à un an de prison avec sursis et 100 000 € d’amende. Elle faisait la publicité de prestations interdites. « C’est un dossier que j’ai moi-même instruit », confie Ducrot. L’enquête a débuté grâce aux signalements sur SignalConso : 466 alertes.

Julie Intanti et Rim Rennon complètent le tableau. Leurs noms sont moins connus, mais les pratiques sont similaires : promotions de produits dangereux, placements financiers trompeurs, absence de mention de partenariat.

Combien de condamnations au total ? Seulement quatre en plusieurs années de traque. Pourquoi si peu ? Parce que la procédure est longue. « Les jugements n’ont pas encore été prononcés pour beaucoup de dossiers. Ça démontre que ce sont des dossiers souvent longs et complexes », explique Ducrot.

L’impunité n’est que provisoire. D’autres influenceurs sont dans le collimateur. La DGCCRF ne lâche rien.


Des sanctions qui montent à 300 000 € et 2 ans de prison

Quand la justice rattrape les influenceurs, l’addition est salée. Les sanctions administratives peuvent aller jusqu’à 300 000 € d’amende et 2 ans de prison. Mais la DGCCRF dispose d’une arme redoutable : le name and shame.

Le principe ? Publier sur les pages officielles de la DGCCRF la sanction infligée. Et obliger l’influenceur à publier lui-même une vidéo de mise en garde. « Par exemple, sur l’enquête relative à Julien Tanti, il avait été demandé qu’il réalise une vidéo de sensibilisation sur les placements financiers à la suite d’une enquête qui a révélé le caractère trompeur de certaines de ses publications », détaille Ducrot.

Julien Tanti, suivi par 2 millions de personnes (source : lefigaro.fr), a dû produire une vidéo de mise en garde contre les promesses d’enrichissement faciles. Et s’acquitter d’une amende.

Le name and shame est une humiliation publique. Pour des influenceurs dont la réputation est le seul capital, c’est une sanction économique. Leurs communautés les regardent. Les marques aussi. Certains disparaissent des radars.

Mais les sanctions ne sont pas toujours dissuasives. « On a des influenceurs qui continuent après une condamnation », admet Ducrot. D’où l’importance de la loi de 2023.


La loi de 2023 et les défis à venir

La France a adopté une loi spécifique en 2023 pour encadrer l’influence commerciale. Les principales mesures : obligation de mentionner tout partenariat rémunéré, interdiction de la publicité pour la chirurgie esthétique, encadrement des placements financiers.

« La loi de 2023 vise à un peu plus encadrer ces pratiques », résume Ducrot. Concrètement, un influenceur qui ne respecte pas ces règles peut être poursuivi pour pratique commerciale trompeuse. Les peines peuvent atteindre 300 000 € et 2 ans de prison.

Pourtant, les défis restent immenses. Les influenceurs s’installent à l’étranger, notamment à Dubaï, pour échapper à la loi française. Maeva Ghennam en est l’exemple parfait. « Elle est à Dubaï », confirme Ducrot. Les enquêtes transfrontalières sont complexes.

Autre difficulté : le nombre d’agents. « En équivalent temps plein, on va dire qu’on est sans agents à travailler sur l’influence commerciale en France », lâche l’inspecteur. Combien exactement ? Le chiffre reste flou, mais il est clairement insuffisant face à des centaines d’influenceurs actifs.

La DGCCRF mise sur la collaboration avec les plateformes. TikTok, Instagram, Snapchat doivent coopérer. Mais les résultats sont inégaux. Les influenceurs véreux changent de pseudo, de plateforme, de pays.

Un dernier chiffre : en 2024, la croissance du secteur des créateurs de contenu a dépassé celle du digital dans son ensemble (+8,2 % contre 6,1 %). (source : ojim.fr). Plus le marché grossit, plus les fraudes se multiplient.


Comment se protéger ? Les conseils de la DGCCRF

Pierric Ducrot livre un message simple aux consommateurs : « Ne pas croire en l’argent facile, ne pas croire qu’on peut s’enrichir très rapidement. Être prudent, prendre le temps. »

Concrètement, il recommande de :

  • Vérifier la composition des produits sur Internet
  • Comparer les prix avec d’autres sources
  • Regarder si l’influenceur mentionne clairement un partenariat
  • Signaler tout abus sur SignalConso

La plateforme est ouverte à tous. Un simple clic peut déclencher une enquête. Les inspecteurs traitent chaque signalement sérieux.

L’affaire Nabila a commencé par un tweet de l’AMF. L’affaire Maeva Ghennam par 466 signalements citoyens. Chaque consommateur est un lanceur d’alerte potentiel. La DGCCRF ne peut pas tout voir. Mais elle peut agir si on lui donne les munitions.


Sources

  • SignalConso : signal.conso.gouv.fr
  • Autorité des marchés financiers (AMF) – signalement de Nabila
  • Pages officielles DGCCRF sur les réseaux sociaux (name and shame)
  • Enquête de terrain avec Pierric Ducrot, inspecteur DGCCRF
  • Statistiques OJIM : croissance du secteur des créateurs de contenu (+8,2 %)
  • Wikipedia : 60 % des influenceurs ciblés en anomalie
  • Le Figaro : suivi de Julien Tanti (2 millions d’abonnés)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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