WWF : l’ONG qui censure l’antiracisme pour ne pas froisser des donateurs

Une démission qui en dit long
Alexandra Palt n’est pas une inconnue. Ancienne directrice générale adjointe de L’Oréal, elle préside le WWF France depuis 2023. Poste bénévole. Pas un salaire. Pas un privilège. Un engagement pur.
Le 4 avril 2026, elle participe à titre personnel à un rassemblement antiraciste à Saint-Denis, organisé par le nouveau maire insoumis Bali Bagayoko. Elle poste un message sur les réseaux sociaux. Rien de plus.
La riposte est immédiate.
Isabelle Tissier, présidente d’honneur du WWF, lui envoie un mail — un document que Le Dossier a pu consulter. Le ton est posé. Le fond, glaçant. Tissier rappelle que l’ONG est « strictement apolitique ». Que son objet social « n’intègre pas la lutte contre le racisme, même s’il s’agit d’une noble cause ». Puis vient la phrase qui tue :
« La manifestation à laquelle vous avez pris part a été organisée par un parti souvent critiqué pour son attitude à l’égard des juifs qui font partie des donateurs de cette organisation. »
Traduisez : ne manifestez pas contre le racisme. Cela risquerait de fâcher certains donateurs. Lesquels ? Des donateurs juifs, explicitement désignés comme tels.
On cherche encore le lien entre la lutte antiraciste et la religion des donateurs. On ne le trouve pas — sauf à supposer que les donateurs juifs seraient, par nature, hostiles à l’antiracisme. Un raccourci que l’extrême droite assume. Une ONG environnementale, beaucoup moins.
Le conseil d’administration du WWF a validé cette ligne. Une « procédure de révocation a été engagée et approuvée à l’unanimité par les membres du conseil », a confirmé Le Monde. Alexandra Palt a préféré démissionner plutôt que de se plier.
« Dysfonctionnements managériaux d’Alexandra Palt », a justifié le WWF. « Prises de position personnelles contraires au principe d’apolitisme », a ajouté la direction.
Des dysfonctionnements managériaux — ou des divergences sur ce qu’est le racisme, et sur qui a le droit de le combattre ?
Le double discours de l’apolitisme
« Apolitique », c’est le mot qui revient dans tous les communiqués du WWF. Mais de quel apolitisme parle-t-on ?
La même organisation n’a aucun problème à prendre position sur le climat, la biodiversité, la déforestation — sujets éminemment politiques. Elle interpelle les gouvernements, critique les industriels, soutient des traités internationaux.
Mais quand il s’agit de racisme : silence. Mieux : interdiction.
« Leur apolitisme quelque peu contrasté ne les empêche nullement de reprendre à leur compte les infectes accusations d’antisémitisme que l’extrême droite raciste lance contre la France insoumise », analyse le transcript que nous avons pu étudier.
Le mail d’Isabelle Tissier est un document politique. Il révèle un apolitisme orienté, qui exclut certaines luttes, qui protège certaines sensibilités.
Les « donateurs juifs » sont invoqués comme un argument d’autorité. Mais comment le WWF a-t-il identifié leur religion ? Tient-il un fichier confessionnel de ses donateurs ? Qui a décidé que leur sensibilité devait primer sur la lutte contre le racisme ?
Des questions que le WWF refuse d’aborder. Contacté par Le Dossier, l’organisation n’a pas répondu.
Cette affaire n’est pas un incident isolé
Elle s’inscrit dans une campagne plus large de disqualification de la gauche, accusée d’antisémitisme.
Le 19 mai 2026, l’avocat Richard Malka accorde un long entretien à L’Express. Il déclare : « Je suis sur le sujet français sur l’explosion de l’antisémitisme à l’extrême gauche. » Et ajoute : « C’est quand même fou que cette gauche-là soit devenue bigote. »
Malka, qui a défendu Charlie Hebdo, est une voix respectée. Mais ses propos méritent d’être contextualisés.
Le 8 mai 2026, jour de commémoration de la capitulation du IIIe Reich, des tracts à la gloire de Philippe Pétain sont diffusés dans les rues de Carpentras. Ville dont le maire appartient au Rassemblement national — parti fondé notamment par un ancien Waffen-SS. Le même RN dont Jean-Marie Le Pen collectionnait les condamnations pour antisémitisme et négationnisme.
Le 13 mai, une élue RN cite Léon Daudet, auteur antisémite et pétainiste, décédé en 1942.
Mais Richard Malka préfère parler de l’antisémitisme à l’extrême gauche. Il affirme qu’il « a dépassé en terme d’adhésion à des préjugés l’antisémitisme des électeurs du Rassemblement national ».
Les études qu’il cite ? Il ne les nomme pas. Les chiffres ? Il ne les donne pas.
Une chose est sûre : l’extrême droite française reste ce qu’elle est. Son ADN antisémite n’a pas disparu — il s’est recomposé, recentré sur l’islamophobie et la haine des Arabes. Mécanisme bien connu des historiens du fascisme.
Même jour, 28 mai : Raphaël Glucksmann publie un livre programmatique
Il se voit comme le meilleur candidat de gauche pour 2027. Le seul capable d’empêcher une victoire de l’extrême droite. Son grand projet ? Une « convention citoyenne exclusivement dédiée » à l’immigration. Il explique dans Le Monde qu’il veut « reprendre le contrôle et assumer une politique migratoire régulée ».
Briser un tabou, dit-il.
Problème : ce tabou a été brisé cent fois. Michel Rocard en 1989 : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » François Hollande en 2016 : « Il y a en France trop d’immigration qui ne devrait pas être là. »
Résultat ? L’extrême droite progresse. À chaque fois que la gauche court après elle, elle légitime son discours. Elle lui offre une respectabilité. Elle prépare le terrain.
Glucksmann le sait. Il le fait quand même.
« Il se laisse dicter son programme par cette extrême droite dont il prétend être le seul à pouvoir l’abattre », résume le transcript. « Il en est en réalité l’un des meilleurs auxiliaires — il légitime ses discours xénophobes. »
Pendant ce temps, à Gaza, le génocide continue. Plus de 73 000 victimes. Des frappes israéliennes au Liban font 343 morts en trois mois. Mais la priorité de Glucksmann, c’est une convention citoyenne sur l’immigration.
Le 30 mai, un collaborateur de Libération publie un post sur ses réseaux
Jean Quemer partage une œuvre d’un artiste de rue d’extrême droite. Elle représente Adolf Hitler portant un keffieh. Le but ? « Dénoncer la folie antisémite des Palestiniens. » Quemer en fait même sa photo de profil.
Les salariés de Libération s’insurgent. Ils publient un communiqué virulent, dénonçant « ses amalgames, ses insultes et ses fausses informations ».
Quemer répond : « Le vrai antifascisme, c’est de combattre cette nouvelle peste brune qui se drape dans des keffiehs. »
Traduction : les Palestiniens sont les nouveaux nazis. Les militants propalestiniens sont des fascistes. Le génocide en cours est une guerre juste.
Cette rhétorique n’est pas nouvelle. Elle a été rodée par les think tanks israéliens et leurs relais occidentaux. Elle inverse les rôles : les victimes deviennent les bourreaux, les opprimés deviennent les oppresseurs.
Le même jour, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, demande à Benyamin Netanyahou de raser entièrement la banlieue sud de Beyrouth. Les bombardements israéliens ont déjà fait 343 morts et 10 395 blessés au Liban depuis le 2 mars.
Jean Quemer n’a pas un mot pour ces victimes. Trop occupé à justifier son portrait d’Hitler en keffieh.
Le 30 mai aussi, Le Figaro révèle que l’entourage d’Emmanuel Macron est « consterné par la médiocrité des candidats, tout camp confondu »
Pour une fois, ils ont raison. La médiocrité est le dénominateur commun de cette campagne.
Mais les macronistes oublient un détail : ces candidats médiocres, c’est Macron lui-même qui les a choisis. Il leur a offert des ministères. Il en a fait ses Premiers ministres — Gabriel Attal, Édouard Philippe, Jean Castex. Tous des produits du système Macron.
« Les proches collaborateurs du chef de l’État, lorsqu’ils relèvent très justement que ces mêmes personnages ne sont pas du tout au niveau, reconnaissent donc en creux que Macron s’est entouré tout au long de son mandat de collaborateurs médiocres », note le transcript.
La consternation est un aveu.
Le 31 mai, sur Radio Monte Carlo, une sophrologue intervenante déclare dans une émission de divertissement
« Pour moi, l’antisémitisme est encore plus grave en ce moment qu’il ne l’a été en 39-45. Il est beaucoup plus international. Il n’a pas de logique, il n’a pas de frontière. »
Personne dans le studio ne lui rappelle qu’entre 1939 et 1945, six millions de juifs ont été exterminés par les nazis et leurs complices français. Personne ne lui dit que relativiser l’horreur absolue de la Shoah est indécent, voire franchement obscène.
« Les cons, ça ose tout, et c’est même à ça qu’on les reconnaît », disait Michel Audiard. La sophrologue de RMC en est la preuve vivante.
Le 6 juin 2026, à midi, une manifestation antifasciste et anti-impérialiste partira de la place de la République à Paris
Elle commémore la mort de Clément Méric, jeune militant antifasciste de 18 ans, assassiné par des néonazis le 5 juin 2013.
Treize ans après, les mêmes discours antisémites et racistes circulent. Les mêmes accusations contre la gauche. Les mêmes silences complices.
Alexandra Palt a démissionné. Jean Quemer tweete. Richard Malka pontifie. Glucksmann organise sa convention citoyenne.
Pendant ce temps, à Gaza, les bombes tombent. Au Liban, les frappes continuent. En France, l’extrême droite progresse.
Le WWF a choisi son camp. Pas celui de la lutte contre le racisme. Celui des donateurs.
Et vous, quel est le vôtre ?
Sources
- AEF Info, « Alexandra Palt annonce sa démission de la présidence du WWF France », 28 mai 2026
- Le Monde, « WWF : la démission d’Alexandra Palt, présidente de l’ONG, après des reproches sur sa participation à un rassemblement antiraciste », 29 mai 2026
- Libération, « Tribune d’Erri De Luca : “Le mot génocide n’est pas suffisant” », 28 mai 2026
- L’Express, « Entretien avec Richard Malka : “L’antisémitisme à l’extrême gauche a dépassé celui du RN” », 19 mai 2026
- Le Figaro, « Consternation dans l’entourage de Macron face à la médiocrité des candidats », 30 mai 2026
- Radio Monte Carlo, « Les Grandes », émission du 31 mai 2026
- Nations Unies, Commission d’enquête sur les territoires palestiniens occupés, rapports 2024-2026
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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