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Kayara sous les flammes : l'enfer sans fin de Daesh

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-22
Illustration: Kayara sous les flammes : l'enfer sans fin de Daesh
© YouTube

Kayara, Irak. L'air pique les yeux. Le ciel, opaque, ressemble à un couvercle de suie. Voilà ce qu'il reste après Daesh : 25 puits de pétrole brûlent depuis dix ans. Les habitants respirent cette mort lente. Et personne — ou presque — ne bouge.

La nuit ne tombe plus

25 puits. 3 650 jours de flammes. Kayara vit sous une cloche toxique. « Nos moutons noircissent. Nos enfants toussent. Nos vieux meurent étouffés », lance Youssef, milicien chiite. La nuit ? Elle n'existe plus. Juste une lueur orangée permanente.

Les pompiers locaux jouent les Don Quichotte. « Pour éteindre ça, il faudrait de la dynamite et des camions-citernes. Nous, on a des seaux et l'eau du Tigre », crache Houshaim, pompier venu de Bagdad. Les gaz attaquent les poumons. Les nappes phréatiques sont poison. Et pourtant.

L'argent de la honte

Pourquoi laisser brûler ? La réponse est crue : ça rapporte. « Chaque mois d'incendie, c'est des millions détournés », accuse Tarek, employé de la North Oil Company. Les contrats d'extinction nourrissent des réseaux mafieux. Les pompiers fantômes touchent des salaires — sans jamais éteindre.

8 mois après la libération. Zéro résultat. « Parler ? Impossible. Les compagnies pétrolières nous musèlent », chuchote un technicien. La corruption a verrouillé le système. Entre Bagdad et Erbil, les rivalités politiques enterrent toute solution.

Vivre en enfer

À Kayara, on se lave pour rien. « Le noir revient toujours. Sur les draps. Dans les poumons. Partout », murmure une mère en montrant son nourrisson couvert d'eczéma. Le dispensaire local croule : 200 consultations par jour, surtout des enfants. Les femmes, elles, sombrent dans des dépressions post-traumatiques.

L'État ? Aux abonnés absents. « Seules les ONG nous aident. Le gouvernement a oublié Kayara », lance un ancien instituteur. Les survivants de Daesh survivent maintenant à leur propre libération. Ironie cruelle.

Le pétrole ou la vie

L'Irak saigne depuis un siècle à cause de son or noir. Saddam. Les Américains. Daesh. Chaque époque a son prédateur. Aujourd'hui ? « Les Kurdes exportent en douce pendant que Bagdad tergiverse », analyse Dorothée Schmid. Les milices se remplissent les poches. Les flammes, elles, ne choisissent pas de camp.

Un vieil homme regarde l'horizon embrasé : « Avant, on se battait pour du pétrole. Maintenant, on se bat pour de l'air pur. » Son rire sonne faux.

Demain sera noir

Les experts parlent de « décennie perdue ». Les habitants, eux, serrent les dents. « On reconstruira. Mais d'abord, il faut éteindre ce feu », insiste un adolescent les yeux rougis par la fumée. Les solutions existent. La volonté, non.

En attendant, Kayara brûle. Lentement. Silencieusement. Comme un cauchemar dont personne ne veut se réveiller.

À suivre.

Par la rédaction de Le Dossier

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