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Société

Chasse en France : Le plaisir de tuer peut-il être éthique ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-11
Illustration: Chasse en France : Le plaisir de tuer peut-il être éthique ?
© YouTube

Quand l’adrénaline devient addiction

"Le plaisir, c’est d’abord l’aube, les odeurs, le brame." Florian H, président de la Fédération des chasseurs du Mecklembourg, esquisse un sourire. Puis lâche : "Mais sans mise à mort, on reste sur sa faim." La vérité crue. Ce moment où le doigt presse la détente — instant "brutal, électrique, presque sexuel" pour certains.

Les scanners cérébraux le confirment : le cerveau humain carbure à ce shoot d’adrénaline. "Nous sommes des prédateurs malgré nous", glisse Florian. La France compte trois fois plus de chasseurs que l’Allemagne. Un record. Une exception culturelle qui résiste mal aux critiques.

Éthique ? La question brûle les lèvres.

Des zones sans chasse qui interrogent

Genève, 1974. Le canton bannit la chasse de loisir. En France, le permis reste accessible. Mais le modèle vacille.

Prenez les cœurs de parcs nationaux. Ici, pas un coup de feu. En Allemagne, ces sanctuaires couvrent 3% du territoire. 5% en France. Peu ? Assez pour prouver une chose : la nature se débrouille.

"La chasse est utile près des villages", concèdent Raphaël Kratzer et Thorsten Shaup, gardes en Forêt-Noire. Mais au cœur du parc, les cerfs prospèrent sans régulation humaine. Preuve par l’exemple.

Et pourtant. Ces 5% font figure d’exception.

L’insoutenable légèreté du carnivore

"J’adore mon civet", avoue Bertold Mayer, psychologue. Puis s’interrompt : comment concilier amour des bêtes et plaisir de les tuer ? Zimon Horstman, théologienne, n’y va pas par quatre chemins : "Nous baignons dans une schizophrénie violente."

Cuir, steak, laine — le quotidien est un abattoir invisible. Les chasseurs rétorquent : mieux vaut une balle propre qu’une vie en cage. "L’animal ne souffre pas", jure Florian. Horstman ricane : "Comme si l’alternative était entre McDo et fusil..."

Le vrai tabou ? Celui de l’assiette vide.

Ces mots qui tuent deux fois

"Gibier à plume", "beauté de nuit". Le lexique des chasseurs fleure bon le terroir. Trop bon ?

"Ce vocabulaire transforme des êtres vivants en cibles mobiles", accuse Horstman. Un cerf devient "un dix-cors". Un sanglier, "une bête noire". La langue comme arme de déshumanisation massive.

Florian défend son patrimoine linguistique. Mais une question demeure : peut-on vraiment respecter ce qu’on ne nomme plus ?

L’avenir à bout portant

Chasseurs en déclin. Espaces protégés en hausse. Permis plus stricts. La pratique se métamorphose — trop lentement pour certains.

En Forêt-Noire, le compromis fonctionne : chasse périphérique, sanctuaire central. Un modèle exportable ? En France, où chaque week-end résonne de coups de feu, la partie est loin d’être gagnée.

Conclusion : une balle dans le pied

Le débat explose à chaque saison. D’un côté, des siècles de tradition. De l’autre, une sensibilité nouvelle. Entre les deux ? Des forêts qui, parfois, se passent très bien de nous.

Une certitude : le plaisir de tuer existe. Le nier, c’est peut-être commencer par se mentir à soi-même.

Par la rédaction de Le Dossier

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