Catherine Trautmann, retour aux sources : le plafond de verre strasbourgeois

Une nuit de bascule
Cette nuit-là, rien ne se passe comme prévu. Jeanne Barseghian, la maire écologiste sortante, veut tenir. Six ans après son élection, la vague verte qui a déferlé sur la France s'est essoufflée. Catherine Trautmann, elle, joue autre chose : un retour, peut-être un dernier rendez-vous avec la ville.
Vers 21 heures, c'est la confusion. — Un premier sondage donne Barseghian en tête. Quelques secondes plus tard, un second message contredit le premier. « J'ai reçu un message qui me disait : "Attention, il y a un deuxième sondage qui dit l'inverse" », raconte Trautmann. Pendant dix-neuf minutes, son équipe croit avoir perdu. Puis les vrais chiffres tombent : 37,5 %. Victoire.
Six jours plus tard, lors du conseil d'installation, le pouvoir change officiellement de mains. « Longue, longue vie à Strasbourg », lance Trautmann sous les applaudissements.
Trois femmes, un même soupçon
Catherine Trautmann, Fabienne Keller, Jeanne Barseghian. Trois noms, trois générations — et une constante : la remise en cause de leur légitimité. Pourquoi ? Depuis 1989, trois maires femmes à Strasbourg. Chacune a essuyé les mêmes attaques.
Trautmann, candidate à 75 ans, subit des critiques sur son âge. « On n'a pas critiqué les hommes qui se représentaient à mon âge. Par contre, moi, j'en ai pris plein la figure. » Elle dit l'avoir vécu « toute [sa] vie politique » : « Qu'on ne pardonne pas une femme de prendre la place d'un homme en politique, ça continue de s'avérer exact. »
Fabienne Keller raconte : « On me présentait comme une femme élue par hasard ou par chance. » Sans cesse, on cherchait l'homme derrière la femme. « Avec Robert Grossmann, la relation était très équilibrée », dit-elle. Mais les caricatures ont changé : « Quand les gens se sont rendu compte que c'était moi qui exerçais le pouvoir, les caricatures ont changé pour dire que j'étais extrêmement autoritaire, sectaire, idéologue. »
Jeanne Barseghian, élue en 2020, décrit des attaques semblables. « Au début de mon mandat, on disait que c'était mon premier adjoint qui tirait les ficelles, que j'étais une marionnette. » Elle qualifie ces propos d'extrêmement sexistes.
Le prix du pouvoir
« C'est une chance inouïe quand on peut essayer de changer la vie des gens », reconnaît Catherine Trautmann. Seulement, cette chance a un coût.
Le rythme de travail ? 70 à 80 heures par semaine — d'après Fabienne Keller. Les week-ends, elle essayait d'avoir « 24 heures de pause » pour voir son mari. Jeanne Barseghian décrit un cycle qui « ne s'est jamais arrêté pendant six ans ».
Le plus lourd : ce qu'elles font porter à leur famille. Keller raconte : « Ce qui a été pour ma fille aînée très dur, ce sont les agressions qu'elle a subies parce qu'elle était ma fille. » Un jour, alors qu'elle faisait la une d'un hebdomadaire avec une photo qu'elle juge « très vilaine », sa fille, en revenant de l'école, a vu le kiosque afficher cette image en grand. « J'ai compris que c'était sur son chemin. »
Trautmann confie : « Les attaques, tout ça, ça fait partie de la fonction. Mais eux, et surtout un enfant, pas du tout. »
Un retour rare
Retour rare, à 75 ans. « C'est rare de pouvoir conclure un parcours politique. C'est pas forcément évident de se dire : je boucle la boucle. » Jeanne Barseghian a perdu son mandat. Fabienne Keller l'avait perdu avant elle. Catherine Trautmann remporte un troisième mandat.
Une date : le 22 mars 2026. Un score : 37,5 %. Voilà.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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