Bolsonaro assigné à domicile : la Cour suprême brésilienne sous pression

La chute programmée d'un président
Bolsonaro n'a plus le droit de sortir. Ni de parler. Son assignation à domicile, prononcée le 18 mars 2026, marque un tournant. "C'est une mesure nécessaire pour préserver l'ordre public", justifie le juge Alexandre de Moraes. Les faits sont là.
L'ancien président accumule les procédures judiciaires. Dix-huit enquêtes en cours. Dont cinq pour "attaques contre les institutions". La dernière en date ? Un discours du 12 février où il qualifiait les juges de "bandits en robe". Preuve en main.
La Cour suprême ne plaisante plus. En 2023, elle avait déjà condamné Bolsonaro à une amende de 400 000 reais (73 000 euros) pour des propos similaires. "Ils veulent me faire taire", hurle l'ex-président dans une vidéo postée avant son assignation. Trop tard.
Et pourtant. Derrière cette sanction, une réalité plus complexe. La Cour suprême brésilienne est elle-même sous le feu des critiques. Depuis 2019, ses décisions ont divisé le pays. Criminalisation de l'homophobie. Levée de la suspension du réseau X. Chaque arrêt fait l'effet d'une bombe.
Une Cour suprême en guerre ouverte
Onze juges. Un pouvoir colossal. La Cour suprême brésilienne peut tout. Elle a même ordonné la réouverture du réseau X en avril 2025, après une suspension controversée. "Une victoire pour la liberté d'expression", selon Elon Musk. "Une ingérence inacceptable", pour Bolsonaro.
Regardons les faits. En 2024, la Cour avait condamné à de la prison ferme deux députés bolsonaristes. Motif : "attaques contre la démocratie". Depuis, la tension monte. "Cette Cour est devenue un pouvoir au-dessus des autres", dénonce le sénateur Carlos Portinho.
Les chiffres parlent. Entre 2022 et 2026, la Cour suprême a rendu 47 décisions contre des proches de Bolsonaro. Dont 22 condamnations à de la prison. "C'est une chasse aux sorcières", accuse l'avocat de l'ex-président, Frederick Wassef.
Mais la Cour ne recule pas. Le juge Gilmar Mendes, figure historique de l'institution, assume : "Nous défendons la Constitution. Rien de plus." Pourtant, les critiques fusent. Même dans la presse. "La Cour joue un rôle politique dangereux", écrit le journal O Globo.
Bolsonaro, un homme acculé
Assignation à domicile. Perte des droits politiques. Enquêtes pour corruption. L'ex-président est dos au mur. Son dernier espoir ? La rue.
Le 15 mars, des milliers de supporters ont manifesté à São Paulo. "Liberté pour Bolsonaro", scandaient-ils. La police a compté 25 000 personnes. Les organisateurs, 100 000. Peu importe. Le mouvement existe.
Mais les soutiens s'effritent. En 2026, seulement 23% des Brésiliens approuvent encore Bolsonaro. Un an plus tôt, ils étaient 37%. La chute est vertigineuse. "Il est seul", confie un ancien ministre sous couvert d'anonymat.
Ses comptes bancaires racontent la même histoire. En février, la justice a saisi 1,2 million de reais (220 000 euros) sur ses comptes. Motif : "détournement de fonds publics". Les preuves ? Des virements suspects vers des entreprises amies.
L'enquête continue. Les procureurs fouillent maintenant ses liens avec des milices paramilitaires. Une affaire qui pourrait lui coûter cher. Très cher.
La France regarde, mais ne dit rien
Paris observe. Sans intervenir. Le Quai d'Orsay se contente d'un communiqué laconique : "La France suit avec attention la situation au Brésil." Rien de plus.
Pourtant, les liens existent. En 2023, Bolsonaro avait rencontré Marine Le Pen à Brasilia. Photos à l'appui. "Nous partageons les mêmes valeurs", avait déclaré l'ex-président. La leader du RN s'est depuis distanciée.
Les entreprises françaises, elles, jouent profil bas. TotalEnergies, Vinci, Carrefour : toutes refusent de commenter. "Ce n'est pas notre rôle", explique un dirigeant sous couvert d'anonymat.
Et pourtant. En 2025, le Brésil était le troisième partenaire commercial de la France en Amérique latine. Un marché de 6,7 milliards d'euros. Trop important pour le risquer.
Quelles conséquences pour le Brésil ?
Crise politique. Instabilité économique. Le Brésil tremble. L'indice Bovespa a perdu 8% depuis l'assignation de Bolsonaro. Les investisseurs fuient.
La démocratie brésilienne est à un tournant. "Soit nous consolidons l'État de droit, soit nous sombrons dans le chaos", prévient le politologue Sérgio Abranches. Les prochains mois seront décisifs.
Une chose est sûre. La Cour suprême a montré ses muscles. Reste à savoir si elle pourra tenir sur la durée. L'histoire jugera.
L'enquête continue.
Sources
- Décisions judiciaires brésiliennes (2024-2026)
- Agence Reuters : dépêches mars 2026
- Folha de S.Paulo : archives 2025-2026
- Communiqué du Quai d'Orsay (mars 2026)
Par la rédaction de Le Dossier


