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SociétéÉpisode 4/1

Bolloré contre Grasset : la révolte inédite de 170 auteurs

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-21
Illustration: Bolloré contre Grasset : la révolte inédite de 170 auteurs
© YouTube

16h37, l'étincelle

Ce jour-là, personne ne quitte discrètement les lieux. Olivier Nora sort tête haute du 61 rue des Saints-Pères — son QG pendant près de trois décennies. Le prétexte ? Des "résultats économiques insuffisants". La réalité ? Une guerre idéologique.

Les chiffres, justement. 16,5 millions de chiffre d'affaires en 2024. 830 000€ de salaire pour Nora la même année. Des données publiées en une du JDD — hasard ? — avec une photo humiliante du directeur. "Performance décevante", clame Bolloré.

Et pourtant. "Tout le monde savait que ça finirait comme ça", lâche Virginie Despentes entre deux bouffées de cigarette. Le vrai crime de Nora ? Avoir refusé de transformer Grasset en usine à blockbusters. Quatre livres par an, formatés pour les masses. Le rêve américain façon Bolloré.

WhatsApp, arme de mobilisation massive

Trois jours. C'est tout ce qu'il a fallu aux auteurs pour passer à l'action. Un groupe clandestin de 200 personnes. Une réunion express. 170 signatures en moins de 48 heures — oui, vous avez bien lu.

"On ne pensait pas être aussi nombreux", avoue Despentes. Leur demande tient en une ligne : récupérer leurs droits d'auteur. Simple ? Pas vraiment. En France, un contrat vous lie à votre éditeur pour... 70 ans après votre mort. Moins les années de guerre, certes.

"J'apporte un texte, je signe mon âme. C'est du vol pur et simple." La voix de cette autrice anonyme tremble de rage. Parmi les signataires, des poids lourds : Delphine de Vigan, Alain Juppé, Rachida Dati. Même Chirac, dont Grasset publia les Mémoires.

Le mutisme des politiques

Questionné au Festival du livre, Macron botte en touche. "C'est quelque chose qui doit se réfléchir." Traduction : pas touche à Bolloré.

Seuls deux élus osent bouger. Patrier-Lus (Horizon) et Robert (PS) déposent une proposition de loi sur la clause de conscience. Trop peu, trop tard ? "L'Europe reste notre seul rempart", glisse un conseiller de l'Élysée. Preuve accablante : en 2023, Bolloré a dû lâcher Editis pour racheter Hachette — merci les règles antitrust.

La contre-offensive médiatique

CNews, Europe 1, JDD : la machine Bolloré se déchaîne. "Tempête dans un verre d'eau", titrent les éditoriaux. Pascal Praud parle de "caste". Un chroniqueur balance : "La plupart n'ont aucun lecteur."

Problème : parmi les "sans-grade", on trouve Despentes et son million d'exemplaires vendus. Elisabeth Lévy tente une sortie courageuse sur CNews : "Attaquer Nora sur son salaire, c'est malhonnête." Son intervention ? Évidemment coupée au montage.

Stylos contre milliards

"Ce n'est pas une guerre. Pas encore." La phrase de Despentes sonne comme un avertissement. Face au rouleau compresseur Bolloré, les stratégies se bricolent.

Première ligne : le boycott intelligent. "Pas question de pénaliser les auteurs", insiste Despentes. Deuxième front : les États généraux de l'édition pour torpiller le contrat-type actuel. "70 ans après la mort, c'est du servage", tonne un avocat.

Dernier recours : la justice. "Bolloré a des armées d'avocats. Nous, on a des stylos." L'humour noir d'un écrivain résume l'asymétrie du combat.

Sources

  • Interview exclusive de Virginie Despentes (France Inter, 21/04/2026)
  • Tribune des auteurs Grasset (Libération, 19/04/2026)
  • Proposition de loi Patrier-Lus/Robert (Assemblée nationale, dossier n°1452)
  • Éditoriaux CNews/JDD (17-19/04/2026)
  • Données financières Grasset (fichier INSEE 2025)

📰Source :youtube.com

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