Bande à Bonneau : des premiers braquages en auto à la traque sanglante des anarchistes

Le premier hold-up en automobile de l'histoire
Ernest Caby n'a pas d'arme. Ce garçon payeur pour la Société Générale transporte deux sacoches dans le 18e arrondissement. Dans sa main droite, un sac de toile : 5 266 francs en pièces d'argent. Caché dans la poche intérieure de sa veste, 20 000 francs en billets et 5 000 francs en or.
Un passant le bouscule. Sort un pistolet. Tire deux coups.
L'agent de la banque qui escortait Caby s'enfuit en hurlant. L'agresseur et un complice arrachent les sacoches. Puis ils rejoignent tranquillement une limousine. La voiture démarre. Elle quitte les lieux.
Le butin est relativement faible — les malfaiteurs n'ont pas découvert l'argent caché dans la veste du convoyeur. Mais ce qui frappe les esprits, c'est l'engin. Une automobile. Jamais un braquage n'avait fini en fuite motorisée.
Un déséquilibre total
À cette époque, la police ne possède aucune automobile. Les sergents de ville — on les appelle ainsi — sont armés d'un sabre baïonnette, vestige des fusils Chassepot de 1870. Pas de pistolet. Pas de véhicule. Et pourtant.
Les journaux s'emparent de l'affaire. Le public est passionné. La presse travaille en parallèle de la police, parfois avec plus de moyens.
La piste anarchiste
Très vite, les enquêteurs orientent leurs recherches vers le mouvement anarchiste. Ce milieu est déjà structuré. Le journal L'Anarchie sert de point de ralliement. Les illégalistes — ceux qui prônent la réappropriation des biens par tous les moyens — y tiennent leurs réunions.
Parmi les participants réguliers : Octave Garnier, déjà soupçonné de plusieurs cambriolages.
Le 28 décembre 1911, le commissaire Jouin apprend qu'une automobile similaire à celle du braquage a été entreposée dans un garage de Bobigny. Il organise une planque. Mais le lendemain, l'information est révélée : la Delaunay-Belleville a été vue chez un certain Detweiler, anarchiste.
Le chef de la sûreté, M. Amart, est atterré. Il envoie ses hommes perquisitionner. Ils découvrent un titre de rente volé. Detweiler est embarqué avec femme et enfant.
La bande se structure
Le 30 novembre 1911, la police lance un mandat d'arrêt contre Jules Bonneau. Il est inculpé du meurtre de l'anarchiste italien Giuseppe Platano. Les deux hommes voyageaient ensemble dans une voiture volée. Près de Lieusaint, Bonneau a tiré sur Platano. Pourquoi ? Le mystère reste entier.
Bonneau abandonne la voiture. Il prend le train pour Paris. On perd sa trace.
Mais son profil correspond à celui des agresseurs du garçon de recette. Il est mécanicien. Il connaît la conduite. Et il a déjà ouvert des coffres au chalumeau — une première en France.
L'arrivée de l'homme de Lyon
Jules Bonneau naît le 14 octobre 1876 à Pont-de-Roide, dans le Doubs. Son père est fondeur. Lui-même devient apprenti mécanicien. Mais il n'aime pas l'école.
Son premier délit : une pêche avec un engin prohibé. Un garde l'interpelle.
En 1901, il épouse Sophie Burdet. Le couple part à Genève. Bonneau milite pour le mouvement anarchiste. Son employeur le renvoie. Personne ne veut plus l'engager. La Suisse l'expulse.
En février 1904, Sophie accouche d'un garçon, Louis-Justin. La famille s'installe à Lyon. Mais Sophie tombe amoureuse d'un autre homme, Besson, secrétaire syndical. Elle retourne en Suisse avec son fils et son amant. Elle abandonne Bonneau.
Jules est seul. Sans travail. Il vit dans la misère. Puis il commence une carrière de cambrioleur.
La mécanique du crime
Bonneau a le moteur dans le sang. Il est le premier à ouvrir les coffres forts au chalumeau. En compagnie de Platano, il commet plusieurs casses. Avec l'argent, il achète un atelier de mécanique à Lyon.
Il décide de fuir vers Paris. Sur le trajet, Platano meurt. Dans la capitale, Bonneau se rend au siège du journal L'Anarchie. C'est là qu'il rencontre Octave Garnier.
Nous sommes fin novembre 1911. Moins d'un mois avant le braquage de la rue Ordonnaire.
La traque s'accélère
Le 27 février 1912, un fonctionnaire nommé Garnier — homonyme d'Octave — est tué. Désormais, Octave Garnier est recherché pour meurtre.
Le siège de Choisy-le-Roi
Le 28 avril 1912, la police localise Jules Bonneau. Il est dans un garage à Choisy-le-Roi. Les policiers organisent un siège.
Bonneau a écrit son testament. Il tire sur les policiers. Finalement, ils le tuent.
La bataille de Nogent-sur-Marne
Le 14 mai 1912, une information arrive au quai des Orfèvres. Octave Garnier et André Valet se trouvent dans une villa de la rue du Viaduc à Nogent-sur-Marne.
La police organise une planque. Le lendemain, Marie la Belge — la maîtresse de Garnier — sort pour faire des courses. Les fugitifs sont bien là.
Les deux hommes se réfugient dans la maison. Ils ouvrent le feu.
Le siège dure. On dynamite la maison. Les corps sont criblés de balles.
Le procès
Le 3 février 1913 s'ouvre le procès devant la cour d'assises de la Seine. Il prend fin le 27 février.
Rirette Maître-Jean, Marie-la-Belge, Leclech et Rodriguez sont acquittés. Caïmin, Soudy, Dieudonné et Monnier sont condamnés à la peine capitale. Medj et Caroui aux travaux forcés. Les autres — des peines de réclusion.
La bande à Bonneau est définitivement démantelée.
L'héritage
Le fils de Jules Bonneau, Louis-Justin, est parti avec sa mère en Suisse à l'âge de 3 ans. Il a pris le nom de son beau-père, Besson. Il a fondé une famille.
Les descendants vivent à Toulouse. Florence et Christiane — les arrière-petites-filles — ont retrouvé une vieille boîte avec des photos de leur arrière-grand-mère Sophie. La seule trace restante : un nom rayé sur un permis de conduire.
« C'est un nom qui devait être dur à porter », dit l'une d'elles. « Il ne devait pas en être fier pour avoir été obligé de changer de nom. Par décision de justice. »
La bande à Bonneau a marqué l'histoire du grand banditisme.
Sources : Archives du musée de la préfecture de police de Paris, journal Le Petit Parisien, journal Excelsior, rapport du commissaire Jouin au juge Gilbert, fiche anthropométrique de Jules Bonneau, récit des descendants.
📰Source :YouTube
Par la rédaction de Le Dossier
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