Balladur et l'Europe : le sursaut souverainiste d'un ancien premier ministre

Les faits
"L'Europe est nécessaire, la France aussi." C'est le titre complet de la note qu'Édouard Balladur a publié en juin dernier à la Fondapol, selon le débat retransmis par Le Figaro. Un texte qui tranche avec le discours européen dominant.
L'ancien premier ministre — artisan du "oui" à Maastricht en 1992 — dresse un constat sans concession : "L'Europe aux yeux de la plupart des concitoyens d'aujourd'hui, c'est un peu le synonyme de la contrainte, de l'intervention inutile et parfois injuste, de l'éloignement."
Sa proposition phare ? Suspendre tout élargissement de l'Union européenne jusqu'à une réforme profonde des institutions. Balladur dénonce une "fuite en avant" et pointe des déséquilibres criants : "Les trois pays les plus peuplés de l'Europe (Allemagne, Italie, France) ont trois commissaires... tout comme les trois pays les moins peuplés." Un système où "l'Europe s'est attribué la compétence de sa compétence", selon sa formule reprise par Hubert Vedrine lors du débat.
Le contexte
Cette intervention intervient dans un climat de défiance croissante. Comme le rappelle Alain Minc, le traité constitutionnel de 2005 n'avait été approuvé que par 51% des Français. Un rejet qui, pour Balladur, s'explique par "un sentiment de dépossession" face à des institutions perçues comme lointaines.
L'ancien premier ministre ne renie pas son européisme. Il se dit toujours partisan de la monnaie unique, "une vertu positive" selon ses termes repris par France 3 Grand Est. Mais il plaide pour un "code européen" clarifiant strictement les compétences de chaque niveau de pouvoir.
La question nucléaire cristallise ce débat. "La France doit conserver un certain nombre de prérogatives, notamment économique et financière, pour pouvoir maintenir ce pouvoir nucléaire", insiste Balladur. Une position que ne conteste pas Vedrine, pour qui "la dissuasion doit rester crédible" face à des menaces nouvelles.
Ce que ça dit de la France
Derrière les propositions techniques, c'est une vision de la France qui se dessine. Balladur assume une position "souverainiste" — même si le terme le gêne — qui résonne avec les inquiétudes d'une partie de l'électorat.
Le constat est partagé par Vedrine : "On a perdu les peuples en route." Un diagnostic corroboré par les sondages montrant une défiance croissante envers l'UE, comme le rappelle TV Libertés dans son analyse géopolitique.
Pourtant, personne ne propose de "jeter le bébé avec l'eau du bain", pour reprendre l'expression d'Alain Minc. La quadrature du cercle ? Trouver un équilibre entre intégration européenne et respect des souverainetés nationales. Un débat qui, à en croire Balladur, ne pourra plus être éludé : "Le choix que nous avons aujourd'hui, c'est le choix entre l'éclatement de l'Europe ou la réforme de l'Europe."
ET MAINTENANT ?
La balle est dans le camp des candidats aux européennes. Accepteront-ils de rouvrir le dossier des institutions, comme le propose Balladur ? Ou préféreront-ils éviter un débat qui divise jusqu'au sein des familles politiques ?
Un indicateur à surveiller : la position des futurs élus français sur la réforme des traités. Et surtout, leur capacité à traduire en actes ce diagnostic partagé par des Européens aussi différents que Balladur, Vedrine ou Minc.
Une chose est sûre : à l'heure où la guerre en Ukraine relance le débat sur l'autonomie stratégique de l'Europe, la question de la souveraineté nationale n'a jamais été aussi actuelle. Et aussi difficile à trancher.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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